Les cadres financiers des partis, des documents politiques

Pour une première fois, les quatre principaux partis politiques ont dû élaborer leurs cadres financiers électoraux à partir d’un rapport sur l’état des finances publiques fourni par le ministère des Finances et approuvé par la vérificatrice générale.

C’est un progrès par rapport à la situation antérieure, qui permettait à un nouveau gouvernement de découvrir un « trou » abyssal dont l’ampleur rendait caduc son cadre financier et l’autorisait à renier ses promesses. C’est arrivé en 2003 quand Jean Charest a remporté les élections et c’est arrivé, évidemment, en 2014, avec Philippe Couillard. Cette fois-ci, quel que soit le parti qui prendra le pouvoir le 1er octobre prochain, il ne pourra pas, en empoignant les rênes de l’État, lancer des cris d’orfraie pour mieux ensuite se dérober.

Nous disposons donc d’un portrait objectif des finances publiques, dont l’état est, somme toute, satisfaisant. Or tant le Parti libéral que la Coalition avenir Québec n’ont pas manqué d’y déroger afin de financer leurs promesses.

Pour arriver à remplir leurs engagements — 2,4 milliards pour le PLQ et 2,7 milliards pour la CAQ à terme en 2022-2023 —, les deux formations politiques ont embelli le cadre approuvé par la vérificatrice générale en relevant les prévisions de croissance économique y figurant. Selon le fiscaliste Luc Godbout et l’économiste Yves St-Maurice, les libéraux ont financé 63 % de leurs promesses électorales grâce à cet optimisme douteux. Moins gourmands, les caquistes comptent sur un apport de 26 % en augmentant d’un demi-point de pourcentage la croissance économique des deux dernières années de leur mandat.

De son côté, le Parti québécois a joué franc jeu en ne dopant pas la croissance prévue et, par voie de conséquence, les revenus autonomes de l’État. En revanche, pour réaliser ses promesses totalisant près de 2 milliards à terme, il mise sur le gel de la rémunération des médecins et une réduction du surdiagnostic, une économie annuelle de 1,25 milliard et de 250 millions respectivement, et sur la récupération de quelque 400 millions en luttant contre l’évasion fiscale, notamment avec une taxe sur les profits détournés dans les paradis fiscaux.

Certes, il peut sembler hasardeux de tabler sur un gel de la rémunération des médecins, tandis qu’il est à prévoir que leurs fédérations se lanceront dans une bataille juridique féroce dont l’issue est incertaine. Mais puisque les hausses empochées par les médecins sont indécentes, il faut bien commencer quelque part.

Prudente, la CAQ, qui entend « ajuster » la rémunération des médecins, n’a pas tenu compte de cette marge de manoeuvre. Toutefois, le parti de François Legault n’y va pas de main morte en projetant de réduire de 1,5 milliard les dépenses de l’État… supposément sans affecter les services, alors que 800 millions manquent pour la simple reconduction des programmes, selon le rapport du ministère des Finances. On l’a vu dans un passé récent : une compression de cette envergure ne se fait pas sans heurts.

Quant au cadre financier de Québec solidaire, nous avons déjà souligné en éditorial son caractère idéaliste. Surtout, le parti n’a pas tenu compte des contrecoups économiques possibles de la hausse des taux d’imposition des grandes sociétés et des mieux nantis.

C’est Carlos Leitão qui l’a affirmé avec sa candeur proverbiale : les cadres financiers électoraux sont des documents politiques. Une fois au pouvoir, la réalité budgétaire rattrapera le gouvernement nouvellement élu, d’autant plus que le Québec n’est pas à l’abri d’un ralentissement économique d’ici quatre ans. Il ne faut donc pas prendre ces cadres financiers pour parole d’évangile.

5 commentaires
  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 18 septembre 2018 02 h 32

    Pas parfait mais utile

    Sans la publication des cadres financiers, les embellis des partis politiques auraient été encore plus grandes et il aurait été plus difficile des comparer la taille de revenus, des dépenses et des soldes budgétaires.
    Jean-Pierre Aubry
    Économiste

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 septembre 2018 07 h 11

    Si j'avais à voter pour un parti fedéraliste

    ce que je ne ferai pas mais à choisir entre Couillard et Legault ,j'irais avec Legault meme avec ses incohérences
    et surement pas avec l'hypocrite ,le menteur,le sauveur qui sait tout ,la perfection fait homme ,le "donneur de
    leçons qui manipule les mots et les chiffres ,qui n'a pas coupé rien à ceux qui ont le plus besoin en éducation,en santé pour le donner à ceux qui en ont le moins besoin.....
    Quinze ans de ploucrates ,c'est trop,ces magouilles indécentes à répétition ,ces promesses faramineuses pour berner le peuple et les média,c'est tout simplement nauséabond.

  • Robert Bernier - Abonné 18 septembre 2018 08 h 10

    Surtout que ...

    Vous concluez en écrivant: "Il ne faut donc pas prendre ces cadres financiers pour parole d’évangile."

    J'ajouterais que c'est d'autant plus le cas qu'on n'a prévu aucune réserve pour contrer les effets du réchauffement climatique. Il y a quelques années à peine ( 5 avril 2016: http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom ) des économistes avaient estimé à au moins 2 500 milliards de dollars la valeur des infrastructures mises à risque en raison du réchauffement climatique. Une partie de celles-ci se trouvent ici au Québec, dans le grand nord en raison du dégel du pergélisol ( hier: https://www.journaldemontreal.com/2018/09/17/la-fonte-du-permafrost-menace-la-lutte-contre-le-rechauffement-climatique ), et tout le long de la côte gaspésienne en raison de son érosion. Ça va coûter combien? On apprenait récemment ( 27 août 2018: https://www.ledevoir.com/politique/canada/535408/ottawa-s-interesse-aux-changements-climatiques-dans-le-canada-atlantique ) que le gouvernement fédéral s'adresse présentement aux compagnies d'ingénierie pour leur demander "d’évaluer comment les changements climatiques et les conditions météorologiques extrêmes affecteront certains des principaux aéroports et gares maritimes du Canada atlantique, en plus du pont de la Confédération."

    Et c'est sans compter les dépenses pour les inondations qui se multiplieront, ou les dépenses publiques en santé pour les canicules, qui se multiplieront aussi. Lors de la canicule de cet été, on a compté 80 morts causées par celle-ci, on a vu une augmentation de la fréquentation des salles d'urgence et un débordement du service téléphonique Info Santé. Ça va coûter combien tout ça? Et lesquels des bonbons annoncés va-t-on nous retirer?

    Est-ce qu'on va bientôt se réveiller, cesser de parler d'immigration et talonner nos politiciens-ennes pour savoir ce qu'ils en pensent?

  • Christian Labrie - Abonné 18 septembre 2018 09 h 56

    Cadre financier du PQ et les médecins spécialistes

    En relisant les articles sur l’entente survenue entre les spécialistes et le gouvernement Couillard en février, le cadre financier du PQ ne semble si irréaliste. L’augmentation accordée en février était un montant déjà négocié antérieurement qui avait été rapporté dans le temps au début du mandat du gouvernement Couillard. Il n’y avait pas d’autres sugmentation de prévue, l’arrimage des augmentations accordées sur celles de la fonction publique était abandonné. Pas d’autres augentation, donc, dans les prochaines années. La suite dépendra de l’étude qui a été demandée pour comparer le revunus des médecins du Québec avec le reste du Canada, qui devrait être finalisée en 2019. Comme les partis politiques de l’opposition et les journaux, y compris le Devoir, sont convaincus que les médecins québécois sont mieux payés que ceux de l’Ontario, ce qui risque d’arriver ensuite, c’est une baisse des revenus des médecins spécialistes du Québec.

  • Réjean Martin - Abonné 19 septembre 2018 10 h 47

    QS = nier le système capitaliste

    est-ce que je comprends bien ? avec QS, il s'agit de nier le système capitalisme et l'économie de marché ?