Écoles vétustes, ou mal à mon école

L’école peut-elle rendre malade ? À cette question, Luc Gélinas, un conseiller d’orientation employé par la Commission scolaire Marie-Victorin, répond assurément oui. Après cinq ans de bataille acharnée, il n’est maintenant plus seul à le dire : un jugement du Tribunal administratif du travail vient de confirmer que ce sont les moisissures trouvées sur son lieu de travail, le Centre d’éducation aux adultes Le Moyne-d’Iberville, qui ont causé sa rhinite non allergique, et donc empoisonné son existence.

Ce jugement rapporté jeudi dans Le Devoir fera école. Ce n’est pas pour rien qu’il fut qualifié de victoire par ceux qui gravitent autour du tristement célèbre dossier des écoles vétustes : établir de manière satisfaisante aux yeux du tribunal le lien entre une santé chancelante et des murs qui pourrissent est généralement complexe. Le versement de prestations pour « lésions professionnelles » en vertu de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, ainsi que M. Gélinas y aura droit, est donc plutôt rare.

Les administrations de l’ensemble des commissions scolaires du Québec doivent frémir, car des écoles aux parois qui champignonnent, il y en a ! Selon les analyses récentes produites par Québec après un processus d’inspection qui s’est raffiné, la moitié des écoles primaires affichent un « mauvais » ou « très mauvais » état. Aussi bien dire que le parc immobilier scolaire du Québec va à vau-l’eau. « Une école sur deux a besoin d’amour au Québec », affirmait ce printemps le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. De l’amour au prix fort : 2,7 milliards de dollars en « déficit de maintien des actifs » pour les quelque 4000 établissements primaires et secondaires.

Et c’est ainsi qu’on voit désormais défiler dans le lot des promesses électorales la remise à neuf des écoles qui ont sombré dans la désuétude. Les partis politiques ont pris acte de l’état des écoles et promettent que leur éventuel gouvernement s’affairerait à leur remise à neuf. C’est une attitude responsable. Néanmoins, qu’il est navrant de voir qu’un engagement pour des murs qui tiennent et des toits qui ne coulent pas côtoie désormais sans gêne des intentions destinées à donner un autre souffle à la diplomation ! Éducation fourre-tout ?

Sur le territoire de la Commission scolaire de Montréal, 88 % des bâtiments sont dans un piètre état, ce qui entraîne toute une série de projets de rénovation et d’agrandissement. Après les casse-tête pédagogiques, les directions d’école gèrent des chantiers. Le déficit d’entretien est évalué là à un milliard de dollars. Voilà ce qu’entraîne la politique de l’autruche, malheureusement trop longtemps pratiquée. Les administrations scolaires risquent de payer chèrement des années de mauvaises évaluations, d’entretien déficient et d’inspections désuètes.

On consacre beaucoup d’énergie à disséquer le dossier des écoles délabrées sous l’angle de la reconstruction coûteuse. Au risque d’en oublier une des épines dorsales : celui de la santé publique. Le jugement du Tribunal du travail le rappelle avec force démonstrations, et les suites ne sauront tarder : dans ces cloisons qui moisissent, des enfants étudient, des professeurs enseignent, et des employés travaillent. Ils ont droit à un climat sain.

4 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 7 septembre 2018 05 h 06

    Vicieux de construction ?


    À l’époque des collèges et couvents érigés alors que régnait la supposément Grande Noirceur, on n’entendait jamais parler de problèmes de moisissures qui auraient affecté ce type de bâtiments. Leurs architectes savaient que, sous notre climat, des édifices chauffés en hiver et destinés à héberger quantité de mammifères largement composés d’eau ne doivent pas – au nom de la conservation de l’énergie – être construits aussi étanches que des bouteilles thermos.

    • Nadia Alexan - Abonnée 7 septembre 2018 10 h 51

      Pourquoi se surprendre du laissez-faire des gouvernements néolibéraux successifs qui ne s'intéressent, selon eux, qu'aux de «vraies affaires» c'est-à-dire le commerce et l'entrepreneuriat. Toutes autres questions de santé et du bien-être de la population s'en vont sous le tapis.
      Il faudrait se débarrasser de ces gouvernements néolibéraux qui s'enfichent carrément du bien commun.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 7 septembre 2018 07 h 01

    LA MALADIE PUBLIQUE AU POUVOIR ET NON « SANTÉ PUBLIQUE »

    Voilà ce qui arrive quand « la santé » est dans les mains d'une riche caste, comme celle des médecins, qui ne tient même pas compte de leur propre littérature « médicale » concernant les déterminants sociaux de la santé et du bien-être (logement, revenu, milieu de vie, éducation, alimentation, etc.).

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 septembre 2018 10 h 12

    PQI

    L'entrain avec lequel les partis politiques (PLQ compris) se porteront à l'avant-scène ne doit pas faire oublier que des sommes de 400 millions étaient déjà dédiées à la correction des défauts d'infrastructure responsables des moisissures dans les écoles dès le Plan québécois des infrastructures de 2017-2027, en plus de l'argent prévu pour l'agrandissement des écoles existantes ou la construction de nouvelles écoles, un autre 400 millions.Par aileurs, il est assez amusant de voir l'éditorialiste trouver le moyen de déplorer que des travaux n'aient pas été effectués... et qu'ils le soient maintenant ! Si les causes de cette précipitation l'inquiètent, elle peut à bon compte se rabattre sur les politiques austéritaires du PLQ... ou bien remonter jusqu'à Saint Lucien et à la salutaire obsession du déficit zéro.