Rémunération des médecins: inique parité

Il est franchement étonnant de voir Québec solidaire en campagne électorale défendre l’idée d’offrir la parité aux médecins québécois en matière de rémunération par rapport à leurs confrères ontariens. Certes, la formation politique de gauche, qui s’appuie sur une évaluation de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), estime que la parité correspond à une coupe de 12 %, soit 925 millions. Il y aurait donc des économies à faire. Mais c’est le principe même de cette parité qui est vicié.

D’entrée de jeu, il y a lieu de rappeler que cette évaluation est basée sur les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), ajustées pour tenir compte du coût de la vie. Or tant le Conseil du trésor que les fédérations de médecins estiment que la comparaison souffre de problèmes méthodologiques, que les modes et les sources de rémunération ainsi que les tâches confiées à la profession médicale diffèrent entre le Québec et l’Ontario. C’est pourquoi ils se sont entendus pour mener des études qui devraient conduire à dresser un portrait exact des écarts et déterminer dans quelle mesure, après les hausses — pharaoniques, diront certains — consenties par les gouvernements Charest et Couillard depuis dix ans, les médecins québécois sont rémunérés plus grassement.

D’autre part, la situation des omnipraticiens et des spécialistes n’est pas la même. S’il ne fait aucun doute que la rémunération des médecins spécialistes québécois a rejoint, voire dépassé, celle de leurs pendants ontariens, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) avance que le rattrapage n’est pas terminé pour ses membres et que l’État devra casquer davantage. Non sans outrecuidance.

Car la question qu’il faut poser, c’est pour quelles raisons les médecins auraient droit à la parité alors que les autres professionnels de la santé en sont privés. Alors que les enseignants, les fonctionnaires, le président d’Hydro-Québec et même le président de la Caisse de dépôt n’y ont pas droit.

En 2002, quand le ministre de la Santé, François Legault, a accepté d’envisager d’établir la rémunération des médecins sur le principe de la parité avec l’Ontario, on évaluait l’écart à quelque 20 %. Sur la base de quelques cas isolés, les fédérations de médecins brandissaient la menace d’un exode de médecins. Un exode imaginaire. Et même si d’aventure il s’était modestement matérialisé, il aurait été nettement moins cher — moins cher que les milliards de plus consentis annuellement à la caste médicale — de former davantage de médecins ou de délier ses goussets pour la poignée de médecins hyperspécialisés que l’on aurait voulu retenir.

Quoi qu’il en soit, c’est à l’État québécois, au nom des contribuables, de négocier la rémunération et les salaires qu’il paie. En fonction de ses moyens. En fonction de ses critères et de ses objectifs. Et un de ses objectifs devrait être de ne pas creuser les inégalités de revenus, de faire en sorte que le Québec demeure une société moins inégalitaire que l’Ontario.

En ce sens, il est surprenant que le parti le plus à gauche sur l’échiquier politique au Québec prenne l’Ontario en exemple. Ainsi, redresser les salaires des infirmières doit être envisagé, tout comme celui des enseignants — Philippe Couillard promet maintenant d’abolir les échelons inférieurs pour les jeunes enseignants et on se demande pourquoi son gouvernement ne l’a pas fait. Mais l’État peut aussi choisir de leur garantir de meilleures conditions de travail, ce que d’aucuns réclament avant tout. Les comparaisons salariales avec l’Ontario peuvent donner certaines indications, mais elles ne doivent pas devenir une référence. L’État québécois doit rester maître de ses choix.

À sa décharge, QS, propose de revoir de fond en comble le modèle de rémunération actuel, largement basé sur l’acte médical, pour le remplacer par une forme de rémunération mixte qui combinerait le salaire, la « capitation » (le paiement par patient) et la performance. C’est la voie à suivre.

Dans cette campagne électorale, tous les partis promettent de rouvrir les ententes avec les médecins, sauf le Parti libéral et Gertrude Bourdon. QS veut procéder à cette coupe de 12 % dans les 100 premiers jours d’un éventuel mandat. La Coalition avenir Québec et le Parti québécois se donnent un peu plus de temps. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. En forçant la réouverture de l’entente avant son échéance en 2023, le gouvernement s’exposerait à une contestation judiciaire de la part des fédérations de médecins, associée à des moyens de pression.

Le mal est fait, du moins jusqu’en 2023, et nous en connaissons les responsables.

14 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 31 août 2018 07 h 07

    L'Opinion publique vs la hausse de salaire des médecins

    C'est bien beau de dire qu'il sera difficile, voire impossible, de réduire la hausse de salaire des médecins spécialistes.

    Mais le lobby des médecins va se heurter à une opposition, et de de taille:

    « L'opinion publique »

    Et de la manière dont Québec solidaire présente la chose...

    C'est à dire, de financer l'assurance dentaire publique et universelle à même les augmentations de salaire gargantuesques des médecins spécialistes qui comptent déjà parmi les plus hauts salariés de la société..

    Je pense que comme le disait si bien le Capitaine Bonhomme..

    Les dits médecins se retrouveront...

    « En fort... Mauvaise... Posture.. ! »

    Christian Montmarquette

  • Daniel Ouellette - Abonné 31 août 2018 07 h 13

    Il est un peu tôt...Qs rêve à l'approche de Noêl

    Avec les promesses de réaliser des levés d'impôt de 13 millliards $ en quatre ans et la parité des salaires des médecins avec l'Ontario etc ET etc...nous assistons vraiment à ce qu'est Qs, un parti qui idéalise la réalité.

    Rappellons que ce parti a été créé par la fusion de ce qu'est la gauche de la gauche au Québec, soit les groupuscules tel le Parti communiste du Québec, le Parti de la démocratie socialiste, le Rassemblement pour l'alternative progressiste...

    La majorité des personnes qui l’appuient dans les sondages ne savent ce que contient son programme et ne seraient pas d’accord s’ils le connaissaient. Qs utilise des qualificatifs pour se définir – solidaire, de gauche, féministe, démocratique, altermondialiste, écologique, Il évite soigneusement le terme socialiste.

    La couverture médiatique démesurée que lui accorde certains médias est à la limite de la militance politique. Le temps média dont bénéficie 3 députés est totalement disproportionné en fonction du nombre de députés, de membres du parti et d’électeurs qui ont voté pour eux, versus le temps accordé au parti Québécois et au BLOC. Certains s’étonne qu’après 10 ans de surreprésentation média il ait de bons résultats dans les sondages.

    Je vous suggére un très bon article paru dans le Devoir du 22 août 2013 écrit par Bernard La Rivière, ex-Secrétaire général de QS intitulé ‘’La pseudo-laïcité de Québec solidaire’’.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 septembre 2018 21 h 44

      "Il évite soigneusement le terme socialiste." - Daniel Ouellette

      C'est moi qui a créé le nom Québec solidaire.

      Une création dont je suis particulièrement fier et qui défini très bien notre parti.

      D'ailleurs, je ne sais pas ce que vous avez à jouer les épouvantails à moineaux avec l'appellation "socialiste" comme s'il s'agissait de la pire des calamités, puisque le socialisme démocratique auquel on pourrait associer Québec solidaire est un système économique qui prône la justice sociale et la répartition des richesses et de la production, tout en réduisant les inégalités sociales à l'opposé du libéralisme en favorisant l'intérêt général plutôt que les l'intérêt d'une poignée de particuliers et de l'élite économique.

      Autrement dit QS prône le bien commun.. Ça vous dit quelque chose?

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 septembre 2018 21 h 52

      À Daniel Ouellette,

      "Le temps média dont bénéficie 3 députés est totalement disproportionné en fonction du nombre de député"-
      Daniel Ouellette

      Mais il est loin d'être disproportionné en fonction de ses idées, de son programme et de ses intentions de votes actuelles, puisque le dernier Mainstreet d'aujourd'hui accorde 15,2% des intentions de votes à Québec solidaire soit 800,000 personnes qui considèrent voter pour QS le 1er octobre prochain et qui ont tout aussi le droit que les autres d'être informées sur le parti.

      On ne gagne, ni ses élections, ni l'estime du public en cherchant à bâillonner ses adversaires.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 septembre 2018 21 h 59

      "Avec les promesses de réaliser des levés d'impôt de 13 milliards $" - Daniel Ouellette

      C'est complètement faux, puisque les hausses d'impôts (des riches, des banques et des grandes corporations) ne constituent qu'une partie de l'ensemble des moyens qu'entend utiliser QS pour augmenter les revenus du Québec :

      - Notamment, par la création de nouvelles sociétés d'État comme Pharma-Québec, la création d'une banque d'État et les augmentations de redevances sur les ressources naturelles.

      - CQFD

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 31 août 2018 09 h 48

    Éviter soigneusement de dire que...


    Il n'y aura aucune base de comparaison entre la rémunération médicale au Québec et en Ontario tant que ces derniers ne se seront pas entendus avec le gouvernement Ford ou qu'un arbitrage n'aura pas autrement réglé leur interminable et profond litige. Ce qui n'empêche pas notre valeureux éditorialiste de dire que la parité serait inique, la main sur le coeur...

    • Raymond Labelle - Abonné 31 août 2018 13 h 03

      QS cherche un moyen de revenir sur l'entente et dégager du revenu sans trop entamer le principe d'honorer les engagements antérieurs de l'État. Puisque les spécialistes et le gouv. du Québec se sont entendus pour revoir à la hausse au Québec pour rattraper l'Ontario - de façon conséquente, si on conclut qu'au contraire, les spécialistes ontariens sont moins payés, toutes choses étant égales par ailleurs, les spécialistes québécois devraient accepter une baisse. Cette évaluation de ce 12% de moins de rémunération actuelle des spécialistes ontariens est peut-être contestable mais le principe même de revoir à la baisse ici si c’est plus bas en Ontario semble conséquent avec le principe de l'entente de revoir à la hausse si c’est plus haut.

      M. Dutrisac a raison de mentionner qu'il est dangereux d'appliquer le principe de la parité avec l'Ontario - que ce principe pourrait contaminer les négociations avec d'autres professions - que le Québec ne devrait pas se définir par rapport à l'Ontario, même s'il doit en tenir compte, bien entendu. Pente glissante. Ça commence déjà avec les omnis.

      Par contre, dans la mesure où ceci ne serait vu que comme un ajustement conséquent à cette entente particulière déjà existante et y limité et qu’à moyen terme, on revoit complètement le mode de rémunération pour les fins du Québec, ça peut se jouer.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 31 août 2018 15 h 39

      Bien sûr, si on pose en principe une parité strictement arithmétique parce qu'elle aurait pour effet de baisser la rémunération de 12%, le même principe pourrait être invoqué pour l'augmenter de 20% en 2023, le cas échéant. QS donne ici dans un populisme électoraliste qui n'a rien à voir avec une réelle défense des intérêts populaires, lequel n'est pas mieux ou mien bien servi selon que les docs gagnent six ou sept fois plus et trois fois plus que le salaire moyen des autres employés du réseau. Les gens de QS savent très bien que l'équité de traitement des médecins spécialistes et omni du Québec se mesure à bien plus de paramètres. Mais la discussion n'ira pas très loin. On est en pleine bullshit d'élections et QS peut en produire des tonnes, étant donné qu'il n'a aucune chance de gouverner et que même s'il devait avoir la balance du pouvoir, il n'y a aucun moyen légal ou légitime d'ouvrir les ententes et qu'il se contenterait, oppportunément, de faire accélérer le processus d'examen des comparables... une fois le cas de l'Ontario réglé, condition préalable à l'exercice.

    • Raymond Labelle - Abonné 31 août 2018 16 h 04

      Quant à la comparaison elle-même - prématuré de conclure à une surrémunération de 12% pour ce moment- ci, néglige beaucoup de facteurs. Juste regarder les revenus bruts ne suffit pas - il y a les heures de travail, le mode de rémunération, le coût de la vie, les coûts d'opération, la fiscalité et bien d'autres facteurs - lesquels interagissent en plus. Pas pour rien que les parties à l'entente avec les spécialistes se sont entendues pour attendre le rapport de l'ICIS pour conclure. Si l'CIS, un organisme crédible et spécialisé, doit travailler pendant des mois pour tirer ça au clair... je sais, argument d'autorité. Pas un argument d'autorité: le calcul implique sans doute beaucoup de variables et leur interaction, alors que le 12% n'en indique qu'une seule.

      Il est vrai qu'il vaudrait mieux attendre de voir ce que seront les conditions en Ontario avec Ford avant de faire une comparaison valable, si on pense que de nouvelles conditions sont possibles dans un relatif court terme. Par contre, si on ne prévoit pas de changement dans un terme suffisamment court, le rapport de l'ICIS quant aux conditions actuelles pourrait être utilisé.

      Ou encore, pour être conséquent, accepter comme moment d'évaluation, celui sur lequel les parties se sont déjà entendues pour accorder une hausse, s'il y avait lieu. Si, ô surprise, pour ce même moment X, on arrivait plutôt à une plus basse rému en Ont.

      Petit malaise: même si conséquent avec l'entente, il s'agirait malgré tout d'une modification rétroactive - ça vient jouer avec des engagements antérieurs. On devrait pouvoir se fier à une signature de l'État sans craindre de modification rétroactive. De plus, à considérer, l'effet d'une modification rétroactive sur le climat de travail et les autres aspects où serait requise la collaboration des médecins.
      Regardons plutôt vers l'avenir et réexaminons en profondeur le régime de rémunération - de façon prospective - pas rétroactive.

    • Raymond Labelle - Abonné 31 août 2018 20 h 07

      Hmmm. D'une autre manière, Si plus payés en Ontario, moi aussi, si moins payés en Ontario, pas moi - ressemble à 'face je gagne, pile tu perds' changer la règle de ce jeu pour une plus conséquente se défend aussi. J'hésite.

  • Claude Gélinas - Abonné 31 août 2018 18 h 57

    Le règne de la démesure !

    Si les médecins spécialistes que certains associent à de cupides capitalistes guidés exclusivement par l'appât du gain souhaitaient rétablir leur réputation le seul geste à faire serait de renoncer à leur scandaleuse et démesurée augmentation consentie par leurs collègues décideurs médecins spécialistes.

    Quant au non respect du contrat cela se discute puisque jadis malgré une entente signée l'État avait décidé de geler le traitement des fonctionnaires.

  • Benoît Landry - Abonné 31 août 2018 21 h 18

    Changement du mode de rémunération

    «À sa décharge, QS, propose de revoir de fond en comble le modèle de rémunération actuel, largement basé sur l’acte médical, pour le remplacer par une forme de rémunération mixte qui combinerait le salaire, la « capitation » (le paiement par patient) et la performance. C’est la voie à suivre.»

    Cet extrait du texte aurait dû être comprise comme étant au coeur de la négociation, plutôt qu'une négociation parallèle. La comparaison avec l'Ontario ne fait qu'illustrer le déséquilibre qui coûte cher à la population québécoise

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 septembre 2018 06 h 56

      « de fond en comble » ? Comme si on n'avait jamais évoqué nulle part dans le réseau, appliqué nulle part non plus le principe de la rémunération mixte. Blabla.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 septembre 2018 09 h 14

      @ Richard Maltais Desjardins

      "Appliqué nulle part non plus le principe de la rémunération mixte. Blabla."- Richard Maltais Desjardins

      Je vous ai connu des heures plus respecteuses.

      C'est assez décevant venant de votre parti.

      Peut-être échangez-vous trop souvent avec des "Angry péquistes" pour commencer à prendre ce mauvais plis.

      Reprenez-vous.

      Christian Montmarquette