Parité à l’Assemblée nationale: vers une avancée spectaculaire

Reprenant à notre compte une célèbre formule associée aux élections, si la tendance se maintient… se présenteront au scrutin du 1er octobre prochain presque autant de femmes que d’hommes, un sommet inégalé dans l’histoire politique québécoise. En date de dimanche, les dernières données de la Vigie parité menée par Le Devoir depuis le 8 mars montrent en effet que 45,7 % de candidates défendront les couleurs des quatre principaux partis dans la joute électorale qui commence jeudi. En nombre absolu, c’est un record de tous les temps, et ce, même si toutes les places ne sont pas encore pourvues.

Partis politiques, chapeau ! Mettant fin à des décennies d’une culture de recrutement plus portée vers les hommes que les femmes, vous êtes passés de la parole au geste. De tous les obstacles recensés pour expliquer la stagnation qui colore la présence des femmes en politique, c’est le recrutement effectué à la base par les formations qui fut de tout temps considéré comme le maillon le plus faible. Ceci entraînant cela, comment assurer une députation comprenant au moins 40 % de femmes, un pourcentage associé à la zone paritaire, quand dans les faits les partis peinaient lors des derniers tours à présenter au plus 170 femmes sur un bassin de 500 candidats ? Le bond franchi cette année est de l’ordre de l’avancée spectaculaire.

En effet, 78 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, une société qui n’arrive même pas à faire élire un tiers de femmes à l’Assemblée nationale, et qui recule et stagne depuis 15 ans plutôt que d’avancer, ne peut que s’inquiéter. Les débats des deux dernières années sur la question cruciale de la sous-représentation des femmes en politique expliquent sûrement une part du tout récent déblocage. Les partis politiques ont saisi qu’est révolue cette époque où l’on pouvait invoquer le bassin de recrutement pas assez généreux : les femmes sont plus éduquées que jamais — et que les hommes ! — et elles abondent dans les sphères menant traditionnellement vers la politique. Ne leur restait qu’à effectuer leur propre changement de culture.

En outre, partout sur la planète, la tendance est aux gains des femmes en politique. Début juillet, Souad Abderrahim devenait la première femme à occuper la mairie de Tunis, une victoire symbolique dans un pays où les luttes féministes se mènent dans un environnement islamique réputé conservateur. Aux États-Unis, où le président américain, Donald Trump, multiplie les salves et les grossièretés à l’endroit des femmes en général et de certaines en particulier, la course aux prochaines élections montre qu’un nombre record de femmes ont remporté les primaires, plus spécifiquement dans le camp des démocrates. Cela pourrait changer le paysage de la prochaine course présidentielle.

Pour chaque petite victoire, certains reculs agissent toutefois comme des appels à l’éternelle vigilance. En Ontario, le premier ministre conservateur, Doug Ford, a nommé 7 femmes sur son conseil de 21 ministres (33 %), alors que sa prédécesseure libérale, Kathleen Wynne, en comptait 13 sur un conseil de 29 personnes (45 %). Rien n’est gagné.

Au Québec, le test de la parité au sein des mises en candidature semble réussi. Nous espérons maintenant que le prochain gouvernement du Québec adoptera le principe de la parité véritable au moment de constituer son Conseil des ministres, ainsi que s’y sont engagés QS, la CAQ et le PQ. Cela est plus que réaliste : en son temps, le premier ministre Jean Charest avait la parité parfaite dans son cercle des ministres. Alors, et alors seulement, commencera l’ultime examen de la parité : que la présence des femmes à l’Assemblée nationale se traduise par des changements dans les politiques publiques en faveur de l’intégration et de l’équité, et ce, par pur respect d’une société diversifiée comptant… 50,6 % de femmes.

Les chantiers où les retards s’accumulent sont nombreux : qu’on pense aux dernières données de l’ISQ sur l’équité salariale révélant qu’à profession égale, même dans les métiers et professions traditionnellement féminins, et malgré le fait qu’elles sont plus scolarisées, les femmes empochent un revenu nettement inférieur à celui des hommes. Pour qu’elle ne soit pas que façade, la parité parlementaire devra aussi s’arrimer à une parité dans les fonctions (leader, présidence de commissions, etc.). Elle devrait s’accompagner d’un changement dans la culture politique, plus sensible aux questions de discrimination et de harcèlement, et de conciliation travail-famille.

C’est la toute première première ministre du Québec, Pauline Marois, qui appelait récemment à un « basculement » en matière de partage du pouvoir politique, espérant voir autant de femmes que d’hommes diriger le Québec. À trois jours du déclenchement des élections, tous les espoirs sont permis.

2 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 20 août 2018 06 h 34

    En terme

    de candidatures: bel effort, mais attendons les résultats et de voir combien d'élues il y aura.

    Bon et puis par les temps qui courent et les «genrés» de tout bord qui s'agitent l'indécision perpétuelledu moi mouvant, la question de la représentation féminine n'est-elle pas dépassée? Allez plongeons dans la représentation à géométrie variable!

  • Jacques Patenaude - Abonné 20 août 2018 08 h 55

    Belle réussite cette vigie

    Je ne suis pas contre les quotas mais il me semble que cette méthode de vigie basée sur une information continue de la population représente une façon de faire plus intéressante. Les quotas c'est une façon mécanique de régler le problème mais ça ne favorise pas l'adhésion de la population au concept. La vigie a fait en sorte que la population soit impliquée par une information constante sur la démarche visant une représentation équitable des femmes en politique.
    Bravo voilà une façon de faire qu'on devrait répéter. Mettre la population dans le coup c'est préférable à une méthode juridico-bureaucratique qui par son coté autoritaire suscite la méfiance de la population plutôt que son adhésion.