Une présidentielle de mi-mandat

Les résultats extrêmement serrés de l’élection partielle tenue mardi dans la circonscription rouge foncé de l’Ohio sont un autre signe probant que la majorité républicaine à la Chambre des représentants est menacée. Les démocrates s’en frottent les mains, et nous avec eux. Encore que le verre n’est qu’à moitié plein : il se trouve après tout qu’en dépit de ce président qu’est Donald Trump, les républicains ont quand même réussi à décrocher quelque 50 % des votes. Suivant le mantra de feu Tip O’Neill — « All politics is local » —, le Parti démocrate aura intérêt à faire en sorte que son électorat demeure alerte et mobilisé. Il serait dangereux et peu porteur à long terme pour eux de se fier au seul effet de repoussoir qu’exerce M. Trump.

Une partielle ne fait pas une générale, bien entendu. Reste que, pour l’heure, les démocrates ont le vent en poupe. Il leur faudra faire aux législatives de mi-mandat du 6 novembre prochain un gain net de 23 sièges pour reprendre la Chambre aux républicains. Or, selon le Cook Political Report, les sortants républicains sont en péril dans 68 circonscriptions. Le paysage électoral est mathématiquement très favorable aux démocrates. La configuration de ce paysage changeant montre en outre, d’après une analyse du New York Times, que l’avantage structurel dont se sont dotés les républicains s’est érodé depuis un an. Comprendre par « avantage structurel » : la longueur d’avance automatique dont bénéficient les députés sortants, combinée au pouvoir de « gerrymandering » dont dispose le GOP à l’échelle des États pour dessiner à sa guise les comtés.

Tout cela paraît d’autant plus se vérifier qu’en temps normal, le candidat républicain l’aurait très facilement emporté mardi dans le 12e district de l’État de l’Ohio, « swing state » par excellence. Or, que Troy Balderson l’emporte officiellement, une fois terminé le dépouillement tardif des votes par correspondance, et il gagnera par la plus mince des majorités (0,9 %, aux dernières nouvelles). Ce qui revient à avoir perdu, de toute façon.

La circonscription en question, une grande banlieue aisée et bien blanche de Colombus, la capitale de l’État, n’a pas été représentée par un démocrate depuis plus de 30 ans. M. Trump l’a remporté par 11 points en 2016 contre Hillary Clinton. La poussée démocrate n’en est que plus extraordinaire.

Au reste, les électeurs habitant les secteurs plus urbanisés de la circonscription ont pris la peine d’aller voter en nombre substantiellement plus élevé que ceux provenant de ses régions plus rurales, et donc plus conservatrices, ce que certains ont vite fait d’interpréter en cette saison électorale capitale comme un symptôme de démobilisation partisane, une indication que les affinités des électeurs républicains pour leur parti ne vont pas forcément jusqu’à tolérer n’importe quoi de la part de l’homme auquel ils ont confié le contrôle de la Maison-Blanche.

     

Contre ces forces contraires, les rivaux du démocrate Danny O’Connor n’ont rien trouvé de plus nuancé à faire que de s’en tenir au discours trumpiste de base, le dépeignant comme un « libéral » favorable à l’idée d’« amnistier les illégaux ». C’est dire à quel point une large frange du GOP juge encore utile pour rester au pouvoir de défendre des positions ouvertement intolérantes et anti-immigrantes.

Qu’ensuite M. Trump soit allé faire campagne dans la circonscription la fin de semaine dernière concourt inévitablement à faire en sorte que cette élection constitue, en partie du moins, un référendum sur sa présidence. Il n’est pas en position aujourd’hui de dire que le résultat est concluant, ce qui ne l’empêchera évidemment pas de prétendre le contraire. Vu le climat politique exceptionnellement divisif dans lequel vivent les Américains à l’heure actuelle, les prochaines législatives vont en ce sens constituer une sorte une présidentielle de mi-mandat — avec inévitables poussées de provocations partisanes à la clé, comme M. Trump, en populiste dangereux, aime en allumer parmi ses partisans.

Pour les démocrates, le défi demeure : dépasser les déchirements provoqués par la montée de la gauche emmenée par Bernie Sanders et la défaite de Mme Clinton à la présidentielle. L’électorat démocrate restera mobilisé à condition que le parti soit capable de coaliser les forces progressistes, du modéré O’Connor à la plus radicale Alexandria Ocasio-Cortez, élue en juin dernier candidate démocrate dans le 14e district de New York. Auquel cas, on peut imaginer que le vent qui a commencé à le porter ne tombera pas.

5 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 9 août 2018 06 h 59

    Une chaude lutte en perspective

    mais au fond que des républicains l'emport par quelques dixièmes de pourcentage ou par 10, 15 ou 20 points qu'importe, ils gagnent et Trump triomphe avec 0,5% ou 15% d'avance...

  • Gilbert Talbot - Abonné 9 août 2018 08 h 34

    Il faut battre Trump

    Trump est un danger ambulant pour l'humanité. Il faut s'en débarrasser au plus vite. Deux pistes d'évacuation s'offrent aux États-uniens : la piste électorale ou l'impeachment. La piste électorale est longue et tortueuse, les démocrates peuvent aussi y déraper, s'ils ne réussissent à faire l'unité. L'"IImpeachment est plus radicale et nécessite l'entente du Congrès, donc rallier des Républicains á la cause et il y en a plusieurs et pas seulement John McCain, qui risque de décéder avant que cela n'arrive. Un tel procès s'avère de plus en plus possible grâce à l'enquête efficace de Mueller, et surtout si les Démocrates remportent la chambre des représentants en Novembre. Toutefois, il ne faut pas s'attendre à la d'emission de Trump, comme l'avait fait Nixon. Trump va se battre jusqu'au bout et même après. Je suis sûr qu'il continuera de propager ses "fake news" sur twitter qui seront repris par les médias américains et du monde entier. Cet homme est un poison dont l'antidote n'est pas encore trouvé. Et il s'infiltre aussi chez nous, comme en Ontario, avec l'élection de Ford. On verra bientôt comment il affectera les élections québécoises et l'an prochain, les fédérales. Alors oui il faut battre Trump dans le cœur aussi des Québécois et des Canadiens.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 août 2018 11 h 57

      Cher monsieur Talbot,

      Donald Trump ne sera ni destitué ni mis en accusation. En plus, il sera réélu en 2020. Il faudrait s’enquérir du système politique américain avant de répéter ce que les gauchistes aux accents d’appropriation culturelle espèrent à haute voix. La destitution d’un président est un processus politique long et tortueux qui aboutit au Sénat américain. Il faut qu’une majorité des deux tiers des sénateurs (67 sur 100) votent pour la destitution après qu’un officier principal a émis des accusations graves entérinées par la Cour suprême des États-Unis.

      Robert Mueller n’a pas reçu l’aval du Congrès américain et donc, il n’est pas considéré comme un officier principal, mais comme un conseiller spécial. Les officiers principaux, selon la Cour Suprême, doivent être nommés par le président et confirmés par le Sénat. Or, ce ne fut pas le cas de M. Mueller. C’est une enquête au sein du ministère de la justice. Et c’est seulement le Congrès qui peut décider si le président est au-dessus de la loi dans le cas présent.

      La clause de nomination fait partie de l'Article II, Section 2, Clause 2 de la Constitution des États-Unis, qui habilite le Président des États-Unis à nommer, avec l'avis et le consentement du Sénat des États-Unis, des fonctionnaires. Bien que le Sénat doive confirmer certains officiers « principaux », seulement le Congrès peut déléguer le rôle de conseil et de consentement du Sénat aux officiers « inférieurs ». M. Mueller n’a pas été confirmé par le Congrès américain et n’est même pas un officier inférieur.

      Pour l’Ontario, c’est le même réflexe des gens ordinaires qui sévit partout dans le monde présentement qui a élu Doug Ford en Ontario. Le même réflexe qui a conduit à l’élection du Donald et du BREXIT. Personne ne s’est infiltré; bien au contraire comme dans le cas des partis politiques qui promettent mer et monde pour se faire élire. Comme ils le disent si bien partout : « it’s the economy, stupid! ».

  • Gaston Bourdages - Abonné 9 août 2018 09 h 23

    Que nous voulions ou non le reconnaître...

    ...monsieur ( je crois que la dignité l'habite encore ) Trump répond à un besoin. Comme évidente preuve, il a été élu et vise à l'être de nouveau. Trump est digne ( sic....) représentant d'un pourcentage d'êtres humains, celles et ceux l'ayant élu, portant les mêmes valeurs que lui. Oui, il existe une société composée d'individus qui en sont « rendus là » Un abonné du « Le Devoir » décrit très bien, à mon humble avis, notre climat politique ambiant avec sa lettre ouverte titrée « Le vide politique »
    Je conclus avec deux questions : « Pourquoi Trump a-t-il été élu ? » « Monsieur Trump est au service de qui ? »
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Pierre Fortin - Abonné 9 août 2018 12 h 14

    Merci de préciser votre préférence

    Il est honnête de déclarer votre subjectivité comme vous le faites d'entrée de jeu dans cet éditorial : « [...] la majorité républicaine à la Chambre des représentants est menacée. Les démocrates s’en frottent les mains, et nous avec eux ». Qui peut se dire tout à fait objectif dans le débat politique US ?

    Vous voyez juste lorsque vous déclarez que « L’électorat démocrate restera mobilisé à condition que le parti soit capable de coaliser les forces progressistes, du modéré O’Connor à la plus radicale Alexandria Ocasio-Cortez [...] », mais n'est-ce pas précisément cette coalition que le Parti démocrate s'est évertué à combattre en nuisant à la campagne de Bernie Sanders afin de faire élire Hillary Clinton ? Les courriels publiés par Wikileaks qui ont fuité de l'intérieur du parti (et non piratés de l'extérieur) ont clairement démontré le noyautage de l'état-major du DNC en défaveur des éléments plus progressistes et plus fidèles aux racines traditionnelles du parti.

    Or depuis l'élection perdue de novembre 2016, le DNC a ignoré avec entêtement les révélations factuelles découlant de ces fuites sans assumer sa responsabilité frauduleuse vis-à-vis de ses membres. Jamais il n'a reconnu sa faute ni engagé de révision de son programme. Je crains fort que le parti soit confronté au même dilemme à la prochaine présidentielle si les "radicaux", comme vous les qualifiez, ne réussissent pas à remettre le Parti démocrate sur ses rails. On verra comment ceux-ci se comporteront aux législatives de novembre prochain.