Soins dentaires: parent pauvre

L’entente entre l’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ) et le gouvernement concernant leur participation au régime public de soins dentaires pour les enfants et les prestataires d’aide sociale est échue depuis plus de trois ans. Les demandes des dentistes ont été présentées en mai 2017. On peut comprendre leur frustration devant ce qu’ils conçoivent comme un blocage de la part de l’impitoyable ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

On peut toutefois douter de la pertinence du moyen de pression qu’ils ont choisi, soit de se retirer en bloc du régime public. Jeudi, 2000 formulaires de retrait ont été envoyés à la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ), qui administre le régime.

Aux dires de l’ACDQ, ce retrait ne surviendra pas. En raison du délai de 30 jours nécessaire pour qu’il soit en vigueur, personne ne devrait être privé des soins dentaires auquel il a droit si les parties se retrouvent, pendant ces 30 jours, à la table des négociations, soutient-elle. Or, lors de la négociation qui a conduit à la dernière entente, signée en 2012, la couverture fut suspendue pendant une semaine.

Cette menace n’aide en rien la cause des dentistes, puisqu’elle permet au ministre de se poser en défenseur de la veuve et de l’orphelin. Plutôt que d’attendre la fin du délai, Gaétan Barrette a pris le taureau par les cornes en imposant un arrêté ministériel, comme le lui permet la loi, afin d’empêcher le retrait des dentistes du régime public.

La couverture publique de certains soins dentaires touche 630 000 personnes, dont 470 000 enfants de moins de 10 ans. Elle a coûté à l’État un peu plus de 140 millions en 2017.

Les dentistes réclament que leurs honoraires payés par la RAMQ, qui sont de 20 % moindres que ce qu’ils exigent de leurs autres clients, s’approchent de la parité et tiennent compte d’une plus grande part des frais généraux de leurs cabinets, notamment le coût de leur équipement. En 2012, le gouvernement avait accepté de réduire l’écart, qui se situait alors à 40 %.

À notre avis, il est normal qu’un écart subsiste, puisque le régime public permet aux dentistes de compter sur un bassin de clients qu’ils ne verraient tout simplement pas, des clients qui n’ont pas les moyens de payer pour leurs services, alors que le coût des immobilisations assumé par les dentistes resterait sensiblement le même. Quant à savoir quel doit être cet écart, c’est par la négociation qu’on doit le déterminer.

Par ailleurs, ce que le présent bras de fer met en lumière, c’est l’insuffisance de la couverture fournie par le régime public. À cet égard, tant l’ACDQ que l’Ordre des dentistes du Québec (ODQ) y sont allés de leurs suggestions. Il faut rappeler qu’auparavant, le régime s’étendait aux enfants de 10 à 15 ans. En 1992, le gouvernement libéral avait aboli la couverture dont ils bénéficiaient afin de réaliser une minable économie de 48 millions.

En outre, les limites de la couverture sont inconséquentes. Ainsi, l’obturation des caries est payée pour les enfants de moins de dix ans, mais pas le nettoyage, le détartrage ou le scellement des fissures des dents, qui sont autant de moyens efficaces d’éviter les caries.

Pour les prestataires de l’aide sociale, c’est tout ce qui relève de la parodontie, c’est-à-dire les maladies des gencives, qui n’est pas couvert. Or, comme le démontrent maintes études, ces maladies ont une incidence sur la santé globale des individus et peuvent contribuer à des troubles cardiovasculaires, à diverses infections et à l’aggravation du diabète.

De plus, il existe un lien direct entre les maladies dentaires et le niveau socioéconomique des individus. Selon une étude citée par l’ODQ, au Canada, la prévalence des caries chez les enfants des familles aux revenus les plus faibles est deux fois et demie celle des enfants des familles aux revenus plus élevés. Au Québec, champion au Canada pour le nombre d’édentés, seulement 50 % de la population a recours aux services des dentistes.

Québec solidaire propose la création d’une assurance dentaire universelle couvrant la totalité des soins pour les moins de 18 ans et pour les adultes, 80 % du coût des nettoyages et 60 % de celui des réparations. La note : près de 1 milliard. Certes, la bouchée est trop grosse, d’autant plus que des besoins criants en santé sont ignorés à l’heure actuelle : on n’a qu’à penser au soutien à domicile des personnes âgées et des enfants handicapés.

Qu’à cela ne tienne, le prochain gouvernement devrait s’atteler à l’amélioration de la santé dentaire de la population. Et cela passe par un régime public axé sur la prévention pour les enfants de 15 ans et moins.

7 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 6 août 2018 06 h 48

    Votre texte oublie ....

    toutes les personnes à faible revenu, qui eux doivent toujours payer pour tout. Vous oubliez aussi les 65 et plus qui n'ont plus les moyens d'aller chez le dentiste, où disons-le franchement les frais sont très exagérés. Alors voyez-vous il ne reste plus d'argent pour tout ceci, car des millions ont été donnés aux bien-nantis, soit les médecins et les spécialistes. Alors la population 'ordinaire' on l'oublie.

  • Mario Jodoin - Abonné 6 août 2018 08 h 12

    Bouchée trop grosse?

    «Certes, la bouchée est trop grosse»

    Pourquoi? Tout l'éditorial porte sur l'insuffisance de la couverture des soins dentaires et quand on aborde la solution pour régler cette insuffisance, la somme d'un milliard $ semble trop élevée aux yeux de l'éditorialiste, alors que cette somme correspond à la rémunération qu'on verse à nos médecins au-dessus de la moyenne canadienne et que le gouvernement a terminé l'année 2017-2018 avec un surplus de 4,7 milliards $ que le gouvernement actuel compte utiliser pour baisser les impôts. On voit donc que le choix n'est pas entre des soins dentaires acceptables et le soutien à domicile des personnes âgées et des enfants handicapés comme le dit l'éditorialiste, mais entre des soins dentaires acceptables et des médecins surpayés, et entre des baisses d'impôts et le soutien à domicile des personnes âgées et des enfants handicapés.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 août 2018 08 h 48

      @Mario Jodoin

      Vous m'enlevez les mots de la bouche M. Jodoin.

      Il semble que M. Dutrisac ait encore une dent contre Québec solidaire.

      Car ce n'est pas l'argent qui manque, quand on sait que le Québec donne plus d'argent aux l'entreprises que l'ensemble des provinces canadiennes réunies (IRIS)*, soit plus de 6 milliards par année.

      Il serait plus que temps que les fonds publics servent à financer les services publics et non l'entreprise privée.

      Christian Montmarquette

      Référence :

      « Le Québec donne plus de subventions aux entreprises que l'ensemble des provinces canadiennes réunies » - IRIS

      https://iris-recherche.qc.ca/blogue/les-entreprises-et-leur-dependance-a-letat

      .

  • Sylvain Rivest - Inscrit 6 août 2018 11 h 26

    Le privé et la gratuité

    « Au Québec, champion au Canada pour le nombre d’édentés, seulement 50 % de la population a recours aux services des dentistes. »

    Et pour cause, ça coût un bras les dents.

    Vouloir assurer des services à la population comme le propose QS, sans tenir compte de l'industrie qui tourne autour et qui vampirise les budgets alloués à la santé, c'est comme faire un chèque en blanc directement au privé. L'argent injecté en santé, quel que soit le domaine, se perd pas juste dans le salaire des professionnels mais surtout dans le commerce médical, l'équipement, le mobilier, l'informatique et autre service reliés à la pratique et qui s'en donne à cœur joie pour faire grimper la facture. Une industrie que nous ne contrôlons pas.

    C'est ce qui est déplorable avec certains partis. Ils font miroiter des promesses sans pousser leurs réflexions plus loin. Question d’avoir des votes?

  • Réjean Martin - Abonné 6 août 2018 12 h 30

    le Québec donne plus d'argent aux l'entreprises que l'ensemble des provinces canadiennes réunies

    le Québec donne plus d'argent aux l'entreprises que l'ensemble des provinces canadiennes réunies , dites-vous Monsieur Montmarquette? Ici au Québec, il y a un chantage à l'emploi, chantage à la création d'emplois que nos gouvernements ne peuvent pas hélas ignorer. Voilà une chose que tous savent mais dont personne ne parle...

  • François Beaulé - Abonné 7 août 2018 07 h 57

    Le coût exorbitant des soins dentaires

    M. Dutrisac révèle que 50 % des Québécois se passent des services des dentistes. Il est plus que temps d'y voir un peu plus clair dans ce système anarchique des soins dentaires qui oublie la moitié de la population tout en coûtant une fortune. Il s'agit ici de soins de santé privés avec tout ce que cela implique d'iniquités sociales.

    Dans ce système abandonné à l'entreprise privée, il n'y a pas de réelle concurrence sur les prix. La plupart des dentistes chargeant les prix recommandés par leur association professionnelle. La concurrence étant pourtant un élément essentiel de la régulation des prix dans le système capitaliste.

    J'ai une amie qui a passé 30 ans de sa vie en Ontario et bénéficie de l'assurance dentaire de l'université d'Ottawa. Elle habite maintenant au Québec et doit payer de sa poche l'excès des prix pratiqués au Québec par rapport aux prix demandés par les dentistes ontariens. Le coût de la vie est inférieur au Québec mais les dentistes québécois facturent davantage pour leurs actes que leurs collègues ontariens.

    Combien coûtent globalement les soins de santé dentaire au Québec ? Tout probablement une somme énorme... qui n'accorde de soins qu'à la moitié de la population. Il est plus que temps de revoir ce monopole privé injuste et sans réelle concurrence. Il n'est pas normal que seul Québec Solidaire se préocuppe de cette importante question de santé publique. Qu'est-ce que les autres partis proposent pour réduire les coûts de la santé dentaire tout en offrant les soins à l'ensemble de la population ?

    Une suggestion: le Québec devrait développer des cliniques de soins publiques avec des hygiénistes dentaires pour faire de la prévention.

    • Brian Monast - Abonné 7 août 2018 12 h 38

      Je vais chez la dentiste. Je lui dit : il y a une carie en arrière de cette dent. Je ne cherche pas un examen de mes dents, ni une radiographie. Elle "examine" la dent en question... 1 minute, et annonce qu'il y a une carie en avant aussi. Finalement, cette doit être toute "reconstruite". 5 surfaces. La facture : 302 $ *plus 40 $ pour frais d'examen*, pour moins d'une heure dans la salle. Que vient faire ce 40 $ sur la facture, pour ne rien dire du 302 $ ?

      Voilà comment on fait, quand rien ne nous empêche de faire comme on veut. Voilà pourquoi la moitié des Québécois ne se présentent tout simplement pas chez les dentistes (suivant les dire de M. Dutrisac), avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur leur qualité de vie.