Brexit: brouillard anglais

Entre « durs » et « doux », la première ministre Theresa May navigue à vue dans la négociation avec l’Union européenne (UE) d’un Brexit qui — le « hard brexiter » et démissionnaire Boris Johnson n’a pas tort de le dire — n’en a de plus en plus que le nom. Peut-on même parler de négociations avec Bruxelles pour le moment, tant elles sont piégées par l’incapacité des conservateurs à s’entendre sur la nature du Brexit dont ils veulent et sur les mécanismes de sortie de l’UE ? Le temps presse pourtant : il faut qu’un accord final soit conclu pour octobre prochain, afin de donner aux 27 États membres de l’Union, au Parlement européen et à celui du Royaume-Uni le temps de l’entériner ou non avant la date théorique, officielle et fatidique du divorce, fixée au 29 mars 2019.

Or, les Anglais ne pourraient être plongés dans plus épaisse purée de pois. C’est un brouillard qui tient à la complexité des enjeux, comme les liens tissés pendant des décennies entre Londres et le reste de l’Europe sont forcément difficiles à défaire. Mais c’est un brouillard qui est surtout politique, résultat du référendum de juin 2016 acquis de justesse à la cause du « Leave », une consultation que l’ex-premier ministre David Cameron aura convoquée en commettant l’erreur de penser qu’elle renforcerait son ascendant et clouerait le bec aux militants pro-Brexit.

M. Cameron s’est en fait trouvé à ouvrir une boîte de Pandore. Lui succédant, Mme May s’est rapidement vue piégée par une double négociation. Celle avec un Parlement où son gouvernement est minoritaire, la dame passant son temps à devoir manoeuvrer entre conservateurs anti et pro-européens pour rester au pouvoir. Et celle avec Bruxelles qui s’impatiente mais qui tient son bout, plus opposé que jamais à l’idée d’une Europe à la carte telle que revendiquée par Londres maintenant que les eurosceptiques viennent de prendre le pouvoir à Rome.

Le résultat net de cette saga, c’est que, depuis deux ans, Londres a drôlement perdu de sa hardiesse, rattrapé par d’épineuses implications d’ordre intérieur dont la moindre n’est pas la question de la frontière irlandaise. La Grande-Bretagne défend de plus en plus un projet de rupture marqué au sceau du maintien de liens économiques étroits avec l’UE, alors que surgit l’idée d’un second référendum que ceux qui le prônent voudraient voir défaire le résultat du premier. L’imbroglio est inouï, mais il ne fait au fond que témoigner de l’historique ambivalence du rapport des Anglais au reste de l’Europe.

10 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 19 juillet 2018 03 h 01

    Je crois...

    Je crois que si la tendance actuel se maintien, nous pourrons bientôt dire un grand merci aux Brits...

    Vive le Québec Libre !

    • Yves Côté - Abonné 19 juillet 2018 09 h 02

      "...actuelle...", bien sûr !

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 juillet 2018 03 h 02

    Un pour cent

    Quel est le prix que doit payer la Grande Bretagne pour être membre de l’Union européenne ?

    En raison de sa population et de la taille de son économie, la contribution brute du pays est de 32,3 milliards$ canadiens.

    Pénalisé par la politique agricole commune de l’Union, le pays reçoit depuis 1984 un rabais dont ne bénéficie aucun autre membre de l’Union.

    Estimé à 8,5 milliards$, ce rabais porte la contribution ‘semi-brute’ du pays à 23,8 milliards$.

    Toutefois, Bruxelles verse en retour 7,5 milliards$ à Londres en vertu de différents programmes.

    Par exemple, il reçoit 613 millions$ du Fonds européen de développement régional et 4,1 milliards$ du Fonds européen d’orientation et de garantie agricole, soit des sommes que le gouvernement de Londres distribue ensuite aux acteurs privés du développement régional et aux agriculteurs du pays.

    Ce qui fait que la contribution nette du gouvernement à l’Union est, en principe, de 16 milliards$.

    Toutefois, cela ne tient pas compte des sommes versées directement au secteur privé britannique (c.-à-d. sans l’être par l’intermédiaire de l’État), par exemple aux universités du pays. Ces sommes représentent un autre 2 milliards$.

    Finalement, le ‘billet’ pour appartenir au marché commun européen représente 14 milliards$, soit 1 % du budget de l’État britannique.

  • Yolande Chagnon - Inscrite 19 juillet 2018 06 h 11

    Le Royaume-Uni et le Québec: une comparaison boiteuse.

    Au niveau du rapport de force, le Royaume-Uni du 23 juin 2016 et le Québec du 30 octobre 1995 ont beaucoup en commun, du moins à première vue.

    Le OUI au Brexit a été acquis par 51,9% des votes, quelque chose qui aurait bien pu se produire au Québec en 1995.

    Et pourtant, le Québec proposait une souveraineté qui n'en avait que le nom: libre circulation des biens. des capitaux et des personnes.

    Pas de frontières, pas de monnaie québécoise, pas d'armée; bref, une souveraineté à la monégasque.

    Ce dont on n'a à peu près pas été parlé pendant la campagne référendaire, c'est que pour gérer tout ce que le Canada et un Québec devenu indépendant auraient eu en commun, il aurait fallu une superstructurre du type de celle évoqué par Robert Bourassa lors de son exil en Europe après sa défaite de 1976 et particulièrement à Bruxelles, site des institutions européennes.

    Le Québec n'aurait pu se contenter d'un rôle d'observateur comme à l'Unesco et aurait voulu être partie prenante aux décisions l'affectant.

    Il relève de la pensée magique de croire que dans un rapport de 1 contre 3 (le Québec aurait cinstitué moins de 25% de la population de l'espace économique canado-québécois), ces institutions supranationales aient pu être paritaires.

    Les suites d'un OUI au référendum de 1995 auraient manifestement amené une refondation du Canada comme en 1791, en 1840 et en 1867.

    Au mieux une souveraineté culturelle limitée par les forces économiques.

    Le Royaume-Uni, quant à lui, possédera le contrôle de sa politique monétaire avec la Banque d'Angleterre, de ses frontières, de son immigration et de sa politique étrangère.

    Que le Brexit soit soft ou hard est plutôt accessoire; si l'UE tient la dragée haute, on se retouvera le 29 mars prochain sans accord entre Londres et les 27 de l'UE et de facto, ce sera un hard Brexit.

    À côté de la situation du Québec de 1995, la situation du Royaume-Uni est enviable.

    On peut par ailleurs comprendre la position dure des Jean-

  • Michel Lebel - Abonné 19 juillet 2018 06 h 33

    Un second référendum


    Avec le résultat si serré du premier référendum et voyant maintenant toutes les conséquences du Brexit, je crois bien qu'un second référendum est de mise. De fait, on constate maintenant qu'une majorité de Britanniques ne veut pas quitter l'Union européenne. Cette aventure référendaire, décidée par un premier ministre(Cameron) sans envergure et politicien à courte vue, a été une grave erreur. Il est encore temps de recoller les pots cassés. Seuls des populistes à la Trump et des machiavéliques à la Poutine applaudissent le Brexit. C'est tout dire.

    M.L.

  • Cyril Dionne - Abonné 19 juillet 2018 08 h 49

    Respecter la volonté du peuple britannique

    Les gens ont voté en majorité pour sortir de l’UE. Point à la ligne. Il ne peut avoir de Brexit « soft » et on doit respecter la volonté du peuple britannique et non celle des mondialismes, libre-échangistes et néolibéralistes aux souliers cirés de la Cité de Londres. Ceux qui ne parlent que des sommes perdus ou gagnés passent à côté l’argument-massue qui a poussé les Anglais à dire au revoir à l’EU : la libre circulation des personnes.

    Theresa May ne s’éternisera pas au pouvoir. Elle risque d’être remplacée par Boris Johnson très bientôt.

    • Michel Lebel - Abonné 19 juillet 2018 10 h 54

      @ Cyril Dionne,

      Les choses ne sont pas aussi simples. Il y a sans doute plusieurs raisons pourquoi le Brexit l'a emporté et je crois que le populisme, la peur de l'immigrant et le repli sur soi qui en suit, ont beaucoup joué. L'arrivée du populiste Boris Johnson n'apporterait rien de bon au Royaume-Uni, à moins de croire, comme Poutine et Trump, que l'éclatement de l'Union européenne serait un progrès. Au contraire, je crois que ce serait une grave régression pour l'Europe et le monde.

      M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 juillet 2018 14 h 36

      M. Lebel,

      L'Europe est en régression depuis le siècle dernier. Présentement, elle vit sur ses lauriers. Comme l'autre dit si bien, il n'y a rien de nouveau sous le soleil dans le vieux continent depuis fort longtemps.

      Les accords de libre-échange vont prendre fin avec plusieurs pays notamment les États-Unis. Sans l’énergie de la Russie, la plupart des pays riches de l’Europe ne pourrait pas fonctionner. C’est un sauve-qui-peut qui va se produire bientôt avec les pays européens, eux, qui ont tant volé des autres pays, colonialisme oblige.

      Non M. Lebel, l’Angleterre a tout à perdre et rien à gagner en demeurant dans l’EU.