Le dilemme canadien

Le Canada n’accélérera pas la croissance de ses dépenses militaires, mais il continuera de prendre fait et cause pour l’alliance transatlantique. Qu’importent les cris de victoire du président américain, Donald Trump, à l’issue du sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le premier ministre Justin Trudeau a maintenu le cap jeudi, au risque de braquer son puissant voisin.

Le Canada a pourtant signé le communiqué final du sommet qui reprend l’engagement de tous les pays membres, pris en 2014, de consacrer 2 % de leur PIB à leurs dépenses militaires d’ici 2024. Cet enjeu s’est imposé sous la pression du président Trump, qui s’est présenté au sommet le mors aux dents, s’en prenant aux pays membres incapables de respecter l’objectif de 2014.

Le Canada fait partie du lot, ce dont M. Trudeau ne s’excuse pas cependant. Selon lui, cette cible de 2 % du PIB est importante, mais elle n’est pas la seule pertinente pour juger de la contribution d’un pays. Il n’est donc pas question pour le Canada de doubler son budget militaire d’ici 10 ans, a-t-il répété jeudi, mais de s’en tenir à l’augmentation annoncée l’an dernier de 73 % d’ici 2024 (1,4 % du PIB).

En conférence de presse, il a répété que l’engagement de l’OTAN était d’abord de renverser le déclin des budgets militaires et ensuite de « travailler » vers cette cible de 2 %. « L’étalon de mesure le plus important », selon lui, demeure la réponse soutenue des pays aux besoins des missions de l’OTAN, ce que le Canada a toujours fait depuis 69 ans.

Les coups de gueule de M. Trump ont quand même eu un effet puisque M. Trudeau a cru nécessaire d’étoffer ses propres arguments en annonçant de nouvelles contributions aux missions de l’OTAN. Le Canada assurera pendant quatre ans de plus le commandement de la mission en Lettonie et le nombre de militaires canadiens y passera de 455 à 540. En Irak, 250 militaires canadiens se joindront dès cet automne, et pendant au moins un an, à une nouvelle mission de formation de l’armée locale.

L’absence de signaux annonciateurs de ces engagements contraste avec les tergiversations autour de la participation de 250 militaires canadiens à la mission des Nations unies au Mali. Les risques de cette dernière n’expliquent pas à eux seuls la lenteur du Canada à s’engager et, au-delà de l’opération malienne, à déployer le reste des ressources promises aux Nations unies, en particulier en Afrique où les besoins sont criants.

Justin Trudeau ne souhaite pas se faire dicter ses choix militaires par les Américains, mais ces derniers les influencent fortement. Cette mobilisation rapide pour les missions de l’OTAN alors que les Nations unies attendent en témoigne éloquemment. Le plus triste est que, si ce choix avait pour but de calmer Donald Trump, ce pourrait fort probablement être en vain, le président n’ayant de yeux que pour la cible de 2 %. En paraphant à nouveau cet engagement pour rester solidaire de ses alliés et ensuite l’interpréter à sa manière afin de respecter sa propre politique, M. Trudeau a choisi de prendre un risque, celui de braquer à nouveau le président.

7 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 13 juillet 2018 09 h 33

    Justin et les autres

    tout sourire et falbala (regardez Teresa May se comporter en perron de porte) de façade devant le butor et chacun y va de sa remarque amère faussement bravache hors de sa présence. Justin, la linote, va tenir combien de temps - même la teutone Merkel est rentrée dans sa coquille... La meilleure preuve que Putine manipule Trump est le résultat de cette présidence ubuesque qui détruit les forces vives de l'Occident.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 juillet 2018 21 h 29

      Le problème avec l'Occident, c'est qu'il a toujours surestimé la Russie et maintenant son dictateur à vie, Vladimir Poutine, parce qu’il a besoin d’un « Bogeyman » pour justifier la présence du complexe militaro-industriel et des dépenses militaires surréels. Poutine ne manipule pas plus Donald Trump que Trump le manipule. Poutine aimerait jouer dans la cour des grandes puissances économiques et c’est son talon d’Achille. C’est l’Empire du milieu, la Chine, qui est le véritable problème pour l’Occident.

      Vous sous-estimez Trump comme la plupart des gens le font à cause de ses comportements inorthodoxes et de son insouciance avec la rectitude politique, et c’est ce qui fait sa force. Il a réduit au silence, Angela Merkel, Theresa May, Emmanuel Macron, Shinzō Abe et Justin Trudeau est retourné dans sa tanière la queue entre les deux jambes.

      En parlant d’acteur, il semble que notre ancien prof qui a enseigné l’art dramatique à temps partiel pour un gros deux ans, Justin Trudeau, a trouvé son maître. Et l’étudiant ne dépassera jamais le maître. Les citoyens canadiens vont dire à notre petit prince en 2019 : « You’re fired ».

  • Michel Lebel - Abonné 13 juillet 2018 10 h 57

    À quand la bonne réplique?


    Il faudra bien un jour que quelqu'un donne la réplique à Trump. Celui-ci dit n'importe quoi, insultes comprises, et les gouvernements font le dos rond et son show personnel continue. Justin Trudeau va-t-il bientôt faire la leçon à l'histrion de la Maison Blanche? J'en doute, mais il me semble sur la bonne voie... À suivre.

    M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 juillet 2018 13 h 06

      M. Lebel,

      Tous savaient que le petit prince, Justin Trudeau, allait se faire manger tout rond par Donald Trump. Lorsqu’on élit un premier ministre qui se comporte comme un adolescent sans expérience professionnelle avec une éducation limitée, il ne faut pas être surpris du résultat. Des gens comme M. Trump ne respectent que la force. Il a traité Justin Trudeau d’être faible et hypocrite lors du dernier G7 devant la planète entière. Et c’est notre petit Justin qui négocie présentement avec les États-Unis.

      Même si tous les conservateurs ne sont pas sur ma liste de cartes de Noël, il n’en demeure pas moins que Stephen Harper aurait été plus apte à négocier avec un président intransigeant et sans scrupule. Maintenant, si le Canada n’augmente pas ses dépenses à 2% pour l’OTAN, et ceci, dans une brève échéance, Trump lui fera payer et c’est nous qui écoperons. Il faut rappeler que 75% de nos exportations prennent la route des États-Unis.

      Il semble que les lendemains ensoleillés, licornes et dragons inclus, ont pris fin. Et ce ne sera plus des déficits de l’ordre de 30 milliards, mais bien de 50 milliards et plus par année. Alors, pour la bonne réplique de Trudeau, oubliez cela. Misère.

  • Gilles Théberge - Abonné 13 juillet 2018 12 h 21

    Voyons Trudeau a tout intérêt à s’opposer au président Trump. C’est cousu de fil blanc, Trudeau prépare sa campagne électorale qui se tiendra l’an prochain..

    Rien ne l’avantagerait davantage qu’une bonne cohésion négative, envers Trump de la part du « peuple canadien ».

    Entourloupette made in Canada.

  • Gilbert Troutet - Abonné 13 juillet 2018 17 h 37

    Pourquoi encore des dépenses militaires ?

    Ce qui m'indigne, c'est que nos journalistes (comme Mme Cornellier) ne dénoncent pas plutôt l'augmentation des dépenses militaires, au Canada comme ailleurs. Un lecteur du Devoir mentionnait dernièrement que les augmentations déjà prévues au budget fédéral correspondaient à 2 000 $ d'impôt par an pour une famille de quatre personnes.

    Les milliards $ gaspillés pour acheter des armes et payer des installations militaires devraient être investis ailleurs. Or, les besoins ne manquent pas : services de santé et d'éducation, transport en commun, etc.

    À l'échelle mondiale, il se dépense actuellement presque 1 800 milliards $ par an pour les armements et les armées. Par comparaison, un organisme de l'ONU comme le HCR coûte 7.5 milliards $ par an.

  • Serge Lamarche - Abonné 13 juillet 2018 23 h 22

    On se fait fourrer

    Forcer les dépenses militaires me semble un gaspillage. Est-ce que ça aidera la paix?