Désalliances

Les Européens voulaient faire croire jeudi à un sommet de l’OTAN tenu sous des auspices « constructifs et positifs ». Qui les croira ? Donald Trump est arrivé mardi soir à Bruxelles en accusant ridiculement l’Allemagne d’être « captive » de la Russie pour cause de dépendance pétrolière et en qualifiant ses alliés de l’Alliance de délinquants pour l’inadéquation de leurs dépenses militaires. Il en est reparti jeudi pour Londres à l’issue d’un sommet à l’ambiance lourde en prétendant triomphalement avoir obtenu du Canada et des pays européens l’engagement d’augmenter plus rapidement leurs contributions afin qu’elles atteignent 2 % de leur PIB en 2024 — ce qui n’arrivera pas dans les faits —, non sans affirmer au passage qu’il ne lui avait finalement pas été nécessaire de recourir à la menace de quitter l’OTAN.

Ainsi va la vie dans le monde tel qu’on le subit sous Donald Trump — où les États-Unis font jouer pour tout et pour rien leurs rapports de force en se présentant comme les victimes d’un ordre mondial qui a pourtant fait leur fortune et leur supériorité militaire depuis la Deuxième Guerre mondiale. En chahutant leurs alliés traditionnels et en se faisant amicalement voir avec des dictateurs.

Dans le cadre de sa tournée européenne, le président américain est ensuite allé rencontrer Theresa May, égratignant au préalable la première ministre britannique en prenant la liberté de dire que le « Brexit doux » qu’elle préconisait n’était peut-être pas ce pour quoi l’électorat britannique avait voté lors du référendum de juin 2016. En clôture de tournée, il prendra l’avion dimanche pour Helsinki, où il sera en « sommet » le lendemain avec le dictateur élu Vladimir Poutine, un sommet conçu autour des ressorts de la téléréalité qu’il aime tant appliquer en relations internationales. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler la chronologie par laquelle il a répandu son fiel au Sommet du G7 de Charlevoix, en juin dernier, avant de se rendre à Singapour pour un face à face objectivement historique avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un.

Le sommet de l’OTAN aura au moins eu le mérite de reconfirmer la constance avec laquelle M. Trump défait l’idée d’un monde multilatéral composé d’alliés à part entière. La légèreté avec laquelle il se prononce pour un « Brexit dur » à la Boris Johnson et met ainsi à mal la vieille « relation spéciale » anglo-américaine en dit long à ce sujet. « Les Européens sont condamnés s’ils pensent que la question est maintenant de savoir comment rescaper leur alliance avec les États-Unis, affirme le chroniqueur Ivan Krastev, auteur d’After Europe. Le défi pour les dirigeants européens consiste maintenant à apprendre à vivre dans un monde où les Américains sont sans alliés. » Du moins tant que durera cette présidence.

Défi d’autant plus compliqué que l’Europe, du reste déchirée par ses crises politiques internes, se voit coincée entre deux diplomaties de l’intimidation : celle de Trump d’un côté, celle de Poutine de l’autre. Autant de dynamiques réelles et potentielles d’affrontements contre lesquelles on aura intérêt à s’armer de patience et de courage.

5 commentaires
  • Michel Pasquier - Abonné 13 juillet 2018 07 h 50

    Les ennemis d'hier et ceux d'aujourd'hui

    Les ennemis d’hier ne sont pas forcément ceux d’aujourd’hui, et inversement. Alors qu’une partie de la presse américaine, et par voie de conséquence, une partie de la presse internationale pointe la Russie comme le grand vilain ayant porté Trump au pouvoir; personne ne parle de Cambridge Analytica, société britannique qui a tout autant contribué à l’élection de Trump malgré un déficit de plus de 2 millions de voix.
    Retour en arrière : pendant des années les USA ont approuvé avec enthousiasme la création de l’Union Européenne jusqu’à ce qu’ils réalisent qu’ils avaient dorénavant un compétiteur économique sérieux. Le temps où les USA étaient la seule superpuissance économique est révolu, aujourd'hui ils doivent composer avec l'Europe, la Chine, l'Inde et Trump a le grand talent, malgré sa réthorique simpliste (où grâce à elle ?) de faire croire aux américains que l'âge d'or reviendra. Et qui sait ? car comme le disait, voilà une vingtaine d'années, un dirigeant d'une importante entreprise québecoise 'les américains sont des prédateurs'.

  • Tristan Roy - Abonné 13 juillet 2018 09 h 03

    Détermination absurde?

    C'est au contraire très cohérent avec la stratégie de collusion avec la Russie que Donald Trump semble poursuivre depuis le début de la campagne électorale présidentielle américaine de 2016. L'enquête Muller devrait nous éclairer là dessus très bientôt. J'espère que ses conclusions vont être publiées deux semaines avec les élections américaines de mi-mandat.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 juillet 2018 10 h 40

      M. Roy,

      Si vous pensez pour une seconde que l’enquête du procureur spécial, Robert Mueller, aboutira à la démission du président, eh bien, on vous souhaite bonne chance. Donald Trump est là pour encore un autre six ans. Il sera réélu en 2020.

      Le ministère de la Justice avait nommé M. Mueller, l’ancien directeur du F.B.I., en tant que conseiller spécial pour superviser l'enquête sur les liens entre la campagne du président Trump et les responsables russes. C’est le procureur général, Rod J. Rosenstein qui en avait fait l’annonce. Trump pourrait faire l'objet d'une enquête pour obstruction à la justice mais cela met M. Rosenstein dans une situation difficile, parce que Mueller se rapporte à lui, et il était un joueur important dans le renvoi du directeur du FBI James Comey. Il avait écrit un mémo décrivant les raisons de renvoyer Comey, que Trump à plusieurs reprises a cité dans sa décision. Alors, Rosenstein devrait se récuser de l’affaire.

      Ceci étant dit, tous les officiers principaux selon la Cour Suprême doivent être nommés par le président et confirmés par le Sénat. Or, ce ne fut pas le cas de M. Mueller. C’est une enquête au sein du ministère de la justice. Et c’est seulement le Congrès qui peut décider si le président est au-dessus de la loi dans le cas présent.

      La clause de nomination fait partie de l'Article II, Section 2, Clause 2 de la Constitution des États-Unis, qui habilite le Président des États-Unis à nommer, avec l'avis et le consentement du Sénat des États-Unis, des fonctionnaires. Bien que le Sénat doive confirmer certains officiers « principaux », seulement le Congrès peut déléguer le rôle de conseil et de consentement du Sénat aux officiers « inférieurs ». M. Mueller n’a pas été confirmé par le Congrès américain même comme officier inférieur.

      Et pensez-vous sincèrement que les autres pays n’espionnent pas tous les autres? Donald Trump n'est que l'émissaire d'une fronde populaire qui ne se laissera pas faire.

  • Gilles Bonin - Abonné 13 juillet 2018 09 h 36

    Vive Poutine

    et je verse une larmes pour les futures ex-états baltes et l'encrassement très profond de la Pologne. Quant à l'Ukraine oublion-en l'appelletion indépendante.

  • Serge Lamarche - Abonné 13 juillet 2018 23 h 30

    Démocratie, la vilaine

    Quand on pense que les États-Unis faisaient les grosses demandes pour répandre la démocratie. Ils prouvent bien avec Trump que la démocratie est un terrain vaseux, mou, en glaise dirais-je, haha! Quelle vilaine démocratie!