Taux d’intérêt: quel optimisme!

Pour la quatrième fois depuis un an, la Banque du Canada augmente son taux directeur d’un quart de point de pourcentage. À 1,5 %, ce taux auquel les banques se prêtent entre elles pour des périodes de 24 heures sert de référence pour les prêts à court terme ou à taux variables dans l’ensemble de l’économie.

Malgré cette nouvelle hausse, les taux canadiens sont encore très bas, voire plus bas que les taux américains. La Banque du Canada devait profiter du fait que l’économie canadienne s’approche de son plein potentiel de production, sans surchauffe inflationniste, pour ramener progressivement son taux directeur à un niveau plus neutre qu’elle situe entre 2,5 % et 3,5 %. Il faut donc s’attendre à de nouvelles hausses au cours des prochains trimestres.

Depuis la crise de 2008-2009, la presque totalité des banques centrales avaient stimulé le crédit en adoptant des politiques monétaires expansionnistes allant de la réduction des taux d’intérêt à la mise en circulation de quantités phénoménales de liquidités par le rachat d’obligations. Le mécanisme a bien fonctionné, de sorte qu’on se retrouve aujourd’hui avec le taux de chômage le plus bas des quarante dernières années.

Grâce à ces bas taux d’intérêt, l’industrie de la construction a connu des années exceptionnelles. En contrepartie, le prix des maisons et le niveau d’endettement des ménages ont explosé, au grand dam des jeunes ménages.

    

Il aura donc fallu dix ans pour revenir à une situation économique plus normale, et voilà qu’une guerre commerciale lancée par le président des États-Unis menace de « casser le party ».

Pour la Banque du Canada, l’imposition de tarifs douaniers sur le papier, l’acier et l’aluminium canadiens réduira la croissance de nos exportations d’environ 0,6 %, et la réplique canadienne aura un impact équivalent sur les importations. Dans l’ensemble, le PIB serait affecté négativement dans la même proportion d’ici 2020. En somme, rien de très dramatique.

Le premier objectif de la politique monétaire de la banque centrale est d’assurer la stabilité des prix. Depuis plusieurs années, la cible d’inflation se situe autour de 2 %, soit précisément ce qu’on prévoit pour cette année et l’an prochain en tenant compte des tarifs douaniers et d’un prix pour le pétrole assez stable.

Cela dit, la situation pourrait se dégrader rapidement si le président américain mettait à exécution sa menace d’imposer des tarifs élevés sur les importations de voitures. Une telle décision aurait d’abord pour conséquences d’affecter les exportations canadiennes et l’emploi, mais aussi d’augmenter le prix des véhicules qui constitue une partie importante des dépenses des ménages nord-américains.

Malgré le fait que nous n’ayons connu aucun ralentissement d’importance depuis dix ans, le scénario de la Banque du Canada ne prévoit pas de récession. Au contraire, tout baigne ! Et s’il faut s’inquiéter, ce serait davantage de la pénurie de main-d’oeuvre que de la chute des investissements ou d’un quelconque choc causé par une guerre commerciale planétaire pourtant bien lancée.

Trop optimiste, la banque centrale, ou seulement confiante en la résilience de l’économie canadienne et mondiale ? Une chose est certaine, il était temps qu’elle hausse ses taux, meilleur moyen d’inciter les ménages, dont toutes ces jeunes familles endettées qui n’ont jamais subi une récession, à la prudence.

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 juillet 2018 10 h 24

    Les "jeunes" familles endettées...

    dites-vous...mais elles ne savent plus ce qu'est un budget. L'achat facile, prôné par une technologie qui semble penser que "le ciel est la limite" (sic), n'aide pas au problème. Cette même "techno" qu'ils ont crée et adoptée, sans balises, sera leur perte ou leur déconfiture. (Qu'en sera-t-il de milléniaux? Je n'ose y penser.)
    Il faut y voir aussi l'inconscience gouvernementale qui leur promet "mer et monde" . Là, également, on leur "facilite"... la chute dans le fond du baril... un jour.
    Propos d'une grand-mêre...pas besoin d'un doctorat pour en venir à cette conclusion. Je suis peut-être à côté du sujet d'aujourd'hui mais...parfois l'espace nous manquant pour dire ce qui nous préoccupe...voilà, c'est dit.