Plastique: timide stratégie

Dans cette nouvelle tradition du grand déballage avant les élections à date fixe, le gouvernement Couillard a dévoilé récemment la Stratégie québécoise de l’eau 2018-2030 et le plan d’action qui l’accompagne. Une des intentions décrites dans cette stratégie, c’est de s’attaquer au fléau, car il s’agit bien d’un fléau, de l’utilisation de contenants de plastique à usage unique. Or, les mesures annoncées s’avèrent bien timides.

Sur une stratégie qui promet des investissements de 550 millions de dollars en cinq ans, trois millions seulement seront consacrés au sérieux problème environnemental que représente la prolifération des contenants, emballages et sacs de plastique. Avec cette modeste somme qui ne peut financer que quelques initiatives de sensibilisation, le gouvernement entend « promouvoir la réduction de l’utilisation et le rejet de plastique à usage unique » et lancer « un programme de mobilisation à la réduction de la pollution de l’eau par le plastique ».

Pourtant, le gouvernement reconnaît dans sa stratégie que la pollution des océans par le plastique constitue un « enjeu majeur sur la scène internationale » et qu’au Québec, la gestion des matières résiduelles permet de limiter la pollution de l’eau et des écosystèmes par les plastiques, mais « à condition que les consommateurs en disposent de façon appropriée », ce dont on peut douter quand on sait que du milliard de bouteilles d’eau en plastique à usage unique produites chaque année, seulement 40 % sont recyclés, selon le ministère de l’Environnement, et c’est sans compter les sacs et les emballages. En tout, seulement 18 % des matières plastiques au Québec aboutissent dans les bacs à recyclage.

Les plastiques ne sont pas vraiment biodégradables puisque même en se dégradant, ils persistent sous forme de microparticules et de microfibres, instillant dans l’environnement des composés dangereux dont certains sont des perturbateurs endocriniens ou des cancérigènes. Au-delà des matières plastiques qui, bien visibles, traînent un peu partout, c’est le plastique qu’on ne voit plus qui constitue la pire menace pour la santé.

Le gouvernement Couillard mise avant tout sur la sensibilisation pour convaincre la population de changer ses comportements. Certes, il s’est dit prêt à « examiner plus attentivement » le recours à des instruments économiques comme une redevance sur les bouteilles d’eau pour réduire la production de plastique.

Mais nous sommes loin d’un plan d’action concret et énergique.

La stratégie ne contient aucun engagement ou cible touchant là les contenants de plastique à usage unique alors que, pour bien des experts, il importe de réduire de façon draconienne la quantité de plastique qui se retrouve dans l’environnement.

L’inaction du gouvernement québécois est d’autant plus incompréhensible que le gouvernement canadien, de son côté, a signé en juin avec quatre autres pays du G7 — le Japon et les États-Unis s’y étant refusé — une charte sur le plastique qui les engage à récupérer et à recycler au moins 55 % des emballages de plastique d’ici 2030 et qui vise la récupération de tous les produits de plastique d’ici 2040. En outre, Ottawa a agi en interdisant les microbilles de plastique qui entrent dans la fabrication de produits cosmétiques.

On peut certes critiquer le gouvernement fédéral pour le retard qu’il accuse sur l’Union européenne qui, elle, a présenté une proposition de directive prônant l’interdiction d’une foule d’objets de plastique à usage unique. Mais ce n’est pas une excuse pour la passivité qu’affiche le gouvernement québécois devant cet enjeu.

Un des moyens efficaces d’accroître la récupération serait d’instaurer une consigne sur les bouteilles d’eau en plastique. Mais ne nous leurrons pas. Il ne s’agit pas seulement de ramasser et de recycler le plastique, mais d’en diminuer considérablement la consommation pour les usages éphémères qui se sont répandus.

On comprend que l’industrie du plastique exerce un lobby puissant et que de grands intérêts financiers — et des emplois — sont en jeu. Mais les fabricants d’emballages naturels et biodégradables vont aussi créer des emplois. Leurs produits sont peut-être plus chers à l’heure actuelle mais leur généralisation en fera diminuer le coût. Et si on tenait compte des coûts indirects — des externalités négatives — qu’impose le plastique à la société, l’équation comptable serait différente.

On entrevoit aujourd’hui la fin de l’ère du pétrole à des fins de transport, ce qui apparaissait inconcevable il n’y a pas si longtemps. Il faut aujourd’hui de la même façon imaginer la fin de l’ère du plastique ubiquitaire et de la préparer.

5 commentaires
  • René Pigeon - Abonné 9 juillet 2018 12 h 16

    Il y a toujours un emploi ou un autre geste à poser quelque part :

    Le paragraphe final expose des raisonnements, incomplets, qui reviendront dans le traitement de d’autres enjeux de société dans d’autres éditoriaux :
    « On comprend que l’industrie du plastique exerce un lobby puissant et que de grands intérêts financiers — et des emplois — sont en jeu. Mais les fabricants d’emballages naturels et biodégradables vont aussi créer des emplois. Leurs produits sont peut-être plus chers à l’heure actuelle mais leur généralisation en fera diminuer le coût » sinon ce sera le prix à payer pour protéger notre santé et celle des animaux marins (particules, fibres & molécules toxiques), ce que vous exprimez dans l’affirmation suivante, je suppose. « Et si on tenait compte des coûts indirects — des externalités négatives — qu’impose le plastique à la société, l’équation comptable serait différente. »
    Les « externalités négatives » ne sont pas le seul critère pour agir plus sainement. Quelle que soit la solution de remplacement retenue par le citoyen consommateur, il y a presque toujours des emplois créés, dans une industrie ou une autre, au Québec ou ailleurs. Et si le consommateur achète une bouteille en acier réutilisable à perpétuité fabriquée à l’étranger ou s’il n’achète rien et qu’il n’y a aucun emploi créé par la fabrication d’un objet, il lui restera l’argent qu’il dépensera sur un autre objet ou sinon qu’il épargnera pour effectuer des achats ultérieurs ou durant sa retraite.
    Les emplois dans « l’industrie du plastique » pétrolier ne sont pas plus utiles et respectables que la myriade d’autres emplois possibles. Vos éditoriaux pourront exposer ces raisonnements sans avoir à rappeler que l’économie est une science de la substitution fondée sur un préjugé favorable à l’examen raisonnable et libre des substituts.
    Merci d’avoir rappelé les effets toxiques des particules, fibres & molécules résultant de la dégradation.

  • Christian Roy - Abonné 9 juillet 2018 21 h 11

    Pas fou le gouvernement

    Écoutez, je suis un p'tit nouveau. J'arrive peut-être trop tard. Tous les débats ont déjà eu lieu et la cause est entendue. Je me rends compte que des sujets font l'objet de discussions enflammées alors que d'autres...sont pas mal plus tranquilles (on peut presque y entendre chanter les crickets en cette belle soirée de juillet). Puis-je faire un lien entre les "bien timides' mesures annoncées par le gouvernement pour s'attaquer au fléau de l’utilisation de contenants de plastique à usage unique et le peu de commentaires qui se trouvent dans cette page alors que "nous sommes loin d’un plan d’action concret et énergique." ? Qui se préoccupe de la passivité du gouvernement en matière de protection de l'environnement ? Boucar ? Oh ! j'oubliais, tu es à la Presse.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 9 juillet 2018 22 h 40

    "Pas fou le gouvernement "

    Je ne sais pas, mais pas brillant en tout cas. Alors que la protection de l'environnement est ce qu'il y a de plus important pour notre survie, nos deux ministres médecins essaient de nous faire la démonstration qu'il est bien plus important d'investir toujours et toujours en santé. Imaginez, si nous avions investi en éducation, tout ce que le gouvernement a misé dans la santé . On en serait pas là, et les gens, éduqués qu'ils seraient, auraient tout de suite un comportement de respect envers l'environnement...

  • Serge Lamarche - Abonné 10 juillet 2018 02 h 42

    La solution

    Les plastiques ne peuvent pas être suffisamment recyclés pour empêcher leurs déversements dans la nature. Il faut des plastiques biodégradables ou digestible. Il en existe déjà. Et des interdictions. Les 3/4 des rejets dans l'océan viennent de l'Asie. L'Amérique en rejette peu.

    • Christian Roy - Abonné 10 juillet 2018 11 h 44

      Heureux de savoir qu'il y a encore un intérêt pour la "cause" environnementale. J'ai bien peur que la prochaine campagne électorale en fera peu de cas. Le sujet est "out" au Québec. Je ne sens pas dans la population (malgré des décennies de sensibilisation) un changement d'attitude. On parle de plus en plus d'adaptation aux dérèglements climatiques à titre de vision politique. Plus de climatiseurs, plus de voies rapides, plus d'étalement urbain. Des plasters comme solutions. Les grands sommets ? Une opération de relations publique sans conséquences. Dois-je me faire une raison ? En tous cas, j'espère me tromper.