Le devoir de débattre autour de «SLĀV»

La controverse entourant le tristement célèbre SLĀV offre au moins une certitude, noyée dans un lot de faux pas : le Québec éprouve un besoin criant de tenir une véritable conversation sur les différentes identités qui le composent. En choisissant de s’extraire du dialogue polarisé qui fait rage sur la place publique depuis plus d’une semaine, les créateurs et hôtes du spectacle SLĀV ont lamentablement échoué dans ce qui aurait dû être leur premier rôle, celui d’animateur des consciences.

Que leur faut-il, aux Robert Lepage, Betty Bonifassi et Festival international de jazz de Montréal (FIJM) de ce monde, pour participer à un débat qui sans leur voix essentielle tourne à vide ? Hormis quelques communiqués laconiques et truffés de clichés, un écho ou deux sur les réseaux sociaux, on a eu droit à un silence radio désolant. Ce fut un raté de communication inexplicable.

Les détracteurs de SLĀV ont réclamé à juste titre des explications, outrés qu’on ait pu mettre en scène des femmes blanches personnifiant des esclaves noires au labeur dans des champs de coton. Une erreur qui a conduit le musicien afro-américain Moses Sumney à annuler sa présence au FIJM. Son objection de conscience, relayée sur la planète musique sur un air de très mauvaise publicité, a eu raison, disons-le, de SLĀV. Le FIJM a battu en retraite, et cela est fort dommage. Seules trois représentations auront eu lieu plutôt que les seize initialement prévues.

La sous-représentativité de la communauté noire sur scène est au coeur du problème, bien plus que la possibilité pour un metteur en scène et une musicienne à la peau blanche de présenter une oeuvre plongeant aux racines de l’esclavagisme, ce qu’ils pouvaient tout à fait se permettre.

Ni la maladresse ni l’oubli ne peuvent expliquer que la distribution n’ait compté que deux femmes noires, surtout lorsque l’on sait que certains — l’artiste Aly Ndiaye, alias Webster — avaient pointé ce non-sens. « Ça fait maintenant plusieurs années que les gens de la communauté noire dénoncent un grand manque de diversité dans l’espace médiatico-culturel québécois. Maintenant qu’une pièce à propos d’une expérience traumatique vécue par les Noirs en Amérique est mise sur pied, ce sont des Blancs qui doivent avoir la majorité des rôles ? Voilà ainsi le problème exposé dans son entièreté », écrivait Webster il y a une semaine. Pour expliquer cette distribution, le couvert du « village global » fut avancé, hélas. C’est plus que de l’insensibilité, cela frôle l’insulte. Rien d’étonnant à ce que cela provoque la colère des absents.

Les institutions culturelles — le FIJM, Lepage et Ex Machina — ne peuvent laisser un spectacle parler pour lui-même, surtout lorsqu’il embrasse une matière aussi délicate que l’oppression dans l’histoire de certaines communautés, à commencer par les Noirs. Avec l’acte de création vient un devoir de débattre. La nature des échanges, tantôt explosifs et outranciers, ailleurs posés et nourrissants, a démontré un évident besoin de converser réellement sur ce sujet… d’actualité !

Faute d’un débat véritable, les fossés se creusent. On a vu ressurgir celui entre francophones et anglophones, ces derniers à l’évidence plus aptes à composer avec des réflexions identitaires qui englobent la diversité. On a vu les tenants d’un certain discours sur l’universalisme excuser de boiteux clichés au nom d’une poésie de l’humain. On a aussi vu les détracteurs de l’appropriation culturelle sombrer dans des excès inacceptables en criant au racisme et au suprémacisme blanc.

Si un jour les créateurs brisent le silence, ils pourraient nous renseigner sur une évidence : dans le Québec d’aujourd’hui, marqué comme toutes les nations du monde par des réflexions alliant identité et diversité, comment n’ont-ils pas vu poindre la controverse ?

102 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 6 juillet 2018 01 h 26

    Le Devoir, Webster, et le prisme fondamental de la « race »

    Pour comprendre l'univers mental dans lequel baigne à la fois Webster et cet éditorial du Devoir, rappelons cette observation d'une journaliste et auteure Française, Géraldine Smith, à la suite d'une tentative d'acclimatation de son couple aux États-Unis : « J’avais sous-estimé les difficultés de notre propre intégration aux États-Unis…j’ai bataillé pour trouver mes marques. Mes repères bougeaient sans cesse : en Amérique, on abordait les questions d’origine et d’immigration – en fait, de toute forme d’altérité – à travers le prisme de la « race ». Géraldine Smith, auteure du livre « Rue Jean-Pierre Timbault, Une vie de famille entre barbus et bobos. » Stock, 2016.

    La société québécoise d'aujourd'hui étant largement composée de Métis et de « Sang-mêlés », l'irruption au Québec de ce racialisme de type Anglo-américain, avec son obsession de la primauté des « races » et de leur « pureté », risque de s'arrêter dans des gosiers peu réceptifs à cette nouvelle sacralisation du racial.

    • Claude Marc Bourget - Inscrit 6 juillet 2018 09 h 39

      Bien dit. Cet éditorial est lui-même entaché de clichés, ce que n'est pas, en passant, le texte de Robert Lepage. Et parler d'objection de conscience dans le cas de Moses Sumney, alors que c'est une position achi-politique d'activiste, c'est prendre naturellement son parti, mais sans aucun argument de ce côté. L'édito parle d'erreur (des créateurs) sans dire en quoi c'est une erreur, sauf si on considère comme un argument le cliché de la distribution égale. C'est ne rien comprendre des arguments artistiques de Robert Lepage, et c'est croire aux vertus de l’artifice, ici quantitatif. Une quantité plus grande de personnes noires impliquées sur scène ou à la production n'anoblirait ni n'authentifierait davantage l’honnêteté fondamentale de la démarche. On repassera pour l’idée de débattre. Dans ce pauvre édito, les idées sont bloquées sur des poncifs consensuels. Triste.

    • Céline Delorme - Inscrite 6 juillet 2018 13 h 53

      Je suis très décue et surprise de cet éditorial du Devoir qui approuve la censure et applique un jugement injuste envers des artistes respectés.
      Citation: " les créateurs et hôtes du spectacle SLĀV ont lamentablement échoué dans ce qui aurait dû être leur premier rôle, celui d’animateur des consciences."
      Depuis quand le rôle des créateurs n'est plus de créer, mais d'être travailleur social ou animateur citoyen? Certains artistes choisissent de le faire, mais c'est un choix personnel.
      Depuis quand l'artiste n'aurait plus le droit de décider par lui-même s'il veut débattre de son oeuvre en public ou non?

      De quel droit voulez vous l'obliger à sacrifier sa personne et affronter une foule hostile et agressive, (selon les médias) qui n'ont même pas vu le spectacle en question.
      Sans compter que l'artiste principale n'est pas en bonne santé, suite à une fracture de cheville: vous pourriez en tenir compte, avnt de la condamner par vos jugements.

      Nous sommes dans un pays libre, en 2018, et la liberté d'expression artistique est protégée par nos lois, sauf s'il s'agit d'appels à la haine ou à la violence, ce qui n'est pas le cas ici.
      Les opposants à une oeuvre artistique ont tout à fait le droit de demander qu'on la censure, de faire des marches de protestation, ou inciter le public au boycott, c'est leur droit.
      Ils peuvent aussi faire appel aux tribunaux, pour cela: Se rappeler l'épisode "Les fées ont soif" aussi au TNM en 1978.

      Les créateurs artistiques ont aussi le droit de présenter leur oeuvre pour le public qui désire y assister.
      Ce sont des droits citoyens, à ma connaissance protégés par nos lois, jusqu'à preuve du contraire....
      J'ai beaucoup de mal à comprendre que l'éditorialiste du Devoir approuve qu'on bafoue ces droits.

    • Serge Lamarche - Abonné 6 juillet 2018 14 h 00

      L'erreur est d'annuler les spectacles de Slav. Le FIJM n'a pas d'épine dorsale. Si le FIJM peut être boycotté pour présenter Slav, il peut l'être dix fois plus pour l'annuler. L'interdit ne va nulle part. Il s'enferme.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 6 juillet 2018 14 h 23

      Tout à fait M. Bourget et j'aurais aimé que Marie-Andrée Chouinard nous explique en quoi les anglophones sont «plus aptes à composer avec des réflexions identitaires qui englobent la diversité.» que les francophones. Sur quoi se base-t-elle? Parmi les identités identifie-t-elle l'identité québécoise? Et qui est cette communauté Noire dont elle parle? Cette communauté est-elle uniforme? N'y a-t-il pas plusieurs communautés noires? Comme il n'y aurait pas qu'une communauté musulmane (une autre commaunauté qu'on a tendance à mettre dans le même panier par les temps qui courent!)?

    • Jacques Houpert - Abonné 6 juillet 2018 16 h 18

      Après une semaine de débat enflammé, voilà qu’enfin Le Devoir, sous la plume de son éditorialiste M.-A. Chouinard, nous livre son point de vue avec ce même retard à réagir qu’elle reproche au FIJM, à Robert Lepage et à Betty Bonifassi.
      Le Devoir pourfend les créateurs de SLĀV pour n’avoir pas jouer leur rôle « d’animateur des consciences ».
      Était-ce leur rôle ?
      N’était-ce pas bien plus au Devoir de jouer ce rôle ? Promptement. Courageusement.
      Contrairement à ce que pense Le Devoir sous la plume de son éditorialiste M.-A. Chouinard, il se tient actuellement un véritable débat sur les composantes qui forgent l’identité du Québec à l’heure de la mondialisation.
      N’en déplaise au Devoir, les tenants et aboutissants de ce débat sont archiconnus.
      Le temps est venu pour Le Devoir de prendre position. D’assumer son leadership.
      Douze autres chroniques de Christian Rioux n’ajouteront rien au débat.
      Un éditorial de Brian Myles par contre......

    • Claude Bariteau - Abonné 7 juillet 2018 07 h 56

      M. Houpert, Le Devoir ne joue même pas à l'animateur de consciences. Avec cet éditorial, il éteint la conscience et le débat pour prôner la vision de Trudeau-père repris par Trudeau-fils et faire du Québec un petit-Canada en appuyant des tireurs d'élite qui ont pour cible au Québec ce qui ne s'harmonise pas avec les vues du Canada sur le Québec, comme le faisaient hier les Britanniques.

      J'y fais écho en commentant le texte sobre et puissant intitulé « Je suis Betty » d'une personne, M. Luc Courchesne, qui connaît très bien son parcours et a su décoder son message qu'a mis en scène M. Lepage. Aussi en rappelant que les Sudistes, qui voulaient maintenir les noirs en esclaves, avaient l'appui des blancs britanniques dans les provinces d'Amérique du nord alors que les blancs du Québec, alors la section-est du Canada-Uni, supportaient l'armée américaine et le président Lincoln.

      Mme Chouinard et la direction du Devoir, avec messieurs Myles et Ryan, tirent sur Betty, sans le dire, et Lepage, sa tête de Turc, comme hier tirait sur les Patriotes et les gens de différents horizons, le clergé pour tirer des avantages de l'autorité britannique, ce qu'il fit sur les membres du Parti rouge qui comprenaient aussi des gens de différents horizons qui ne partageaient pas les vues britanniques véhiculées par Cartier, Brown et MacDonald.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 7 juillet 2018 10 h 00

      Les propos de Betty Bonifassi dans La Presse+ ce matin: «Et pourquoi pas plus de personnes de couleur noire dans le show ?

      Car l’histoire du spectacle ne raconte pas que l’esclavagisme du peuple africain déporté aux Amériques.

      Mais aussi, l’esclavagisme subi par les Slaves des Balkans, celui des Irlandais, celui des Asiatiques d’aujourd’hui.

      Donc, il me semblait normal de représenter tout le monde, correctement.» ...

      La liberté d’expression a été bafouée, mercredi dernier. Chez nous.

      Est-ce que ça veut dire que cela va recommencer sur une autre production ?

      Allez-vous changer les cours d’histoire de la musique, alors qu’elle nous explique bien que notre musique moderne vient probablement des work songs ?

      Allons-nous bloquer l’accès au savoir et à l’information des personnes qui ne sont pas ressortissantes de la connaissance qu’elles étudient ?

      Allons-nous interdire à une jeune fille haïtienne d’étudier du Bach comme a pu le faire Nina Simone ?

      La musique, c’est la maison du partage des cultures.

      Où l’on célèbre la vie et l’humain.

      L’art, c’est savoir se mélanger.

      Alors, au-delà de nos maladresses et erreurs de création, que je reconnais, je veux simplement affirmer deux ou trois choses.

      Tout ceci n’est qu’un spectacle. Et nous n’avons jamais mérité autant de haine.»

  • Mario Jodoin - Abonné 6 juillet 2018 01 h 43

    Merci!

    Après avoir lu six textes sur le sujet dans la section opinion allant dans le même sens, je suis heureux de lire cet éditorial plus nuancé. Il demeure que Le Devoir d'aujourd'hui me déçoit sur ce sujet et m'inquiète sur la clientèle qu'il tente d"attirer.

    • Louise Melançon - Abonnée 6 juillet 2018 08 h 45

      Je suis très choquée de cet éditorial du Devoir... Non. madame Chouinard, vous n,avez pas encore suffisamment réfléchi à cette problématique avant d'écrire ce texte... Que Radio-Canada TV ne fasse pas beaucoup de place aud diverses positions dans le débat, c'est décevant... mais quand ça vient du Devoir et de son éditoraliste... là, je ne suis plus.... je suis une abonnée et donatrice du Devoir... mais pour combien de temps?....

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juillet 2018 09 h 29

      Vraiment M. Jodoin?

      Encore une fois, on parle de sous-représentativité comme si dans les œuvres d’art, les quotas raciaux ou ethniques devraient être de mise. L’acte de création parle par lui-même et n’englobe pas le concept d’appropriation culturelle parce qu’on ferait preuve de racisme systémique. Ce qui est risible, on parle de racisme, d’apartheid et d’exclusion et les tenants de la vertu multiculturaliste réduisent l’équation à la race, la couleur et l’ethnie. Un apartheid volontaire, n’est-ce pas un oxymore? Oh ! Obscure clarté quand tu nous tiens.

      Si on réduit l’appropriation culturelle à sa plus simple expression, alors le vaccin contre la polio, la radio, les moteurs à combustion ou électrique, la relativité, les rayons X, la fixation de l’azote, la pénicilline, les trous noirs, l’avion, la fusion et la fission nucléaire, le transistor semi-conducteur, l’électricité, l’ADN, le concept de la gravité, l’ordinateur, la classification des groupes sanguins, l’Internet, les couches atmosphériques, la théorie quantique, les accélérateurs de particules, l’effet Doppler, le tableau périodique, le modèle du système solaire, la radioactivité, l’oxygène comme élément, la vaccination, la pasteurisation, la télévision, l’anesthésie, le clonage, l’imprimerie, l’ampoule électrique, l’automobile, l’horloge, le téléphone, la réfrigération, la photographie, le cinéma, la découverte des bactéries et j’en passe, sont tous d’exclusivité caucasienne. La culture n’englobe pas seulement les pièces de théâtre, mais de l’ensemble des phénomènes matériels et idéologiques. Ridicule, n’est-ce pas?

      L’unité dans la diversité vient d’en prendre un coup. Les bien-pensants et donneurs de leçons qui prient à l’autel de la très Sainte rectitude de l’UQAM et de Concordia réduisent l’acte de création par une censure abjecte. Pourquoi n’avoir pas laissé les gens formulés leurs propres opinions dans un état de droit? Peut-être que c’est un rêve trop beau pour ce bas monde.

  • Jérôme Faivre - Inscrit 6 juillet 2018 04 h 12

    Inversion

    La chronique d'aujourd'hui de M. Christian Rioux aurait dû être l'éditorial du Devoir d'aujourd'hui. La ligne éditoriale aurait été claire.

    À l'inverse, l'éditorial que propose Mme Marie-Andrée Chouinard aurait pu se trouver en page «Idées». À part de détecter un problème de «sous-représentativité d'une communauté» (on se lancerait dans les pourcentages ?), la proposition principale est celle d'un «débat véritable». Mais c'est ce que le Québec fait depuis plusieurs jours et malheureusement, ne semblent respectables que les voix des groupuscules qui importent au Québec ce débat pure laine américain.

    Par exemple, on en débat en effet à Radio-Canada, mais comme le mentionne un autre chroniqueur d'un autre journal, haï généralement de nos grands défenseurs de l'Altérité et de l'Ouverture, M. Mathieu Bock Côté: «Dans un monde normal, on se serait fiché de ces militants qui confondent l’histoire du Québec avec celle des États esclavagistes du sud des États-Unis. Mais nous ne vivons pas dans un monde normal. Et l’extrême gauche racialiste a beau être groupusculaire, elle a accès à tous les micros».
    La chanson dominante est celle de la grande écoute des «communautés» de la «province» de Québec (on appuie bien sur le mot «province» SVP). Le micro y est en effet très déséquilibré.

    Je me suis déja demandé si le Devoir n'étirait pas un peu trop la sauce sur le sujet.
    Le communautarisme exacerbé de ce débat importé des États-Unis mérite-t-il autant de place dans un journal qui essaie de diversifier son lectorat au Québec?

    Cet éditorial semble répondre dans le sens «chacun ses opinions qui se valent toutes, faut se parler». Oui, mais une fois cela dit, pas de ligne éditoriale ?

    Ne donnons pas trop de crédits gratuits à leur prêches, homélies et autres fatwas sources de divisions inutiles au Québec. Dans cette histoire, le « Québec bashing » est déjà largement à l'œuvre dans le ROC et au sud de notre frontière.

    • Claude Marc Bourget - Inscrit 6 juillet 2018 09 h 40

      J'appuie ce commentaire.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 6 juillet 2018 14 h 01

      Les méchants multiculturalistes noient la différence culturelle québécoise dans un grand tout homogène, mais les méchants communautaristes font ressortir des différences culturelles là où on devrait célébrer l'homogénéité, c'est bien ça?

    • Alain-Martin Richard - Inscrit 6 juillet 2018 16 h 25

      Tout à fait d'accord. Je viens de lire cet éditorial et je croyais m'être trompé de journal auquel je suis abonné depuis des années. Plutôt indécent. Le seul reproche recevable est celui, quand même comptable, de représentativité. Beaucoup d'attaques gratuites pour des artistes qui sont du côté de l'humanité et qui veulent combattre la «pureté», ce vice de procédure des néomoralistes, ces sectaires qui sont tenants du replis sur soi. Comme si la mixité et l'appropriation n'était pas l'élan naturel de tout ce qui vit.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juillet 2018 19 h 21

      Les méchants solitaires multiculturalistes qui se disent indépendantistes mais qui appuient des anciens Rhodésiens de Westmount et des Américains qui ne parlent pas français. On aura tout vu. Se vendre pour quelques votes. N'est stupide que la stupidité. Mais il a une méchante surprise qui les attend le 1er octobre 2018. ;-)

  • Patrick Daganaud - Abonné 6 juillet 2018 05 h 19

    Inconcevable

    Malgré toutes les réactions virginales offusquées sur les droits des créateurs et sur la censure, ce qui, somme toute, est un faux débat, il est et demeurera indécent que la distribution n'ait pas considéré que des rôles d'esclaves noirs doivent être tenus par des personnes noires.

    Ce n'est pas la création « blanche » qui est inconcevable, c'est la distribution, dans le sens précis de « qui ne doit pas, qui ne peut pas être ainsi conçu. »
    La licence artistique n'autorise pas toutes les indécences.

    Pour faire image, projetons un film sur Mandela, produit et scénarisé par Denys Arcand, avec Rémy Girard dans le rôle de Nelson dans la soixantaine et Stéphane Rousseau, le représentant dans la quarantaine.
    Ce serait le cas de crier aux « Invasions barbares » !

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 6 juillet 2018 08 h 39

      Pour suivre votre logique, il faudrait s'assurer que dans toutes les représentations de Madame Butterfly données chaque jour partout dans le monde, le rôle principal soit tenu par une soprano japonaise. Bonne chance!

    • Gilles Théberge - Abonné 6 juillet 2018 09 h 10

      Si vous aviez pris la peine de lire avec attention à la déclaration de Robert Lepage, vous vous seriez abstenu de faire ce commentaire absurde...

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juillet 2018 09 h 35

      Cher M. Daganaud,

      En démocratie, si vous n'aimez pas, vous ne regardez ou écoutez point. Le reste, suivra son cours. Comme le disait si bien Voltaire: "C'est le propre de la censure violente d'accréditer les opinions qu'elle attaque".

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 juillet 2018 09 h 41

      D'accord avec vous pour dire que c'était une erreur de ne mettre que seulement deux artistes noires dans la distribution . C'était mal habile mais votre exemple d'une représentation biographique de Mandela en blanc me semble faux. Nous étions dans une œuvre de fiction. On a vu des acteurs noirs jouant Othello et personne n'a crié à l'appropriation culturelle et c'est tant mieux. C'est la virulence de la réaction où on traitait de racistes les créateurs et les artistes y compris les artistes noirs qui est exagéré. Mais si Rémy Girard jouait le rôle de Mendela je serais d'accord avec vous pour crier aux "invasions barbares" tout comme de représenter René Lévesque dans une oeuvre biographique par un acteur noir.
      Je constate d'ailleurs que nous en sommes rendu à débattre en terme d'identité de race dans cette histoire.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 6 juillet 2018 10 h 05

      "La licence artistique n'autorise pas toutes les indécences."

      On croirait entendre un curé du temps de Duplessis. C'est le retour en force des punaises de sacristie.

    • Raymond Aubin - Abonné 6 juillet 2018 10 h 05

      On ne peut pas gagner sur les deux tableaux. D'un côté, on reproche aux productions théâtrales de confiner les acteurs «noir» à des rôles de personnages «noirs». Ne pourraient-ils pas jouer n'importe quel rôle, comme Monsieur Jourdain dans Molière? De l'autre, on refuse à des acteurs «blancs» de jouer des rôles de personnages «noirs». Ne pourraient-ils pas jouer des rôles d'esclaves afro-américains?

    • Pierre Desautels - Abonné 6 juillet 2018 12 h 50


      Vous avez raison, Monsieur Daganaud. Cela fait des années que les représentants des minorités visibles dénoncent leur sous-représentativité dans l'espace culturel non seulement Québécois, mais Canadien aussi. Depuis trop longtemps, des metteurs en scène préfèrent que tout se passe "entre nous" et l'éditorial de Madame Chouinard met le doigt sur le bobo en dénonçant cette situation et le fiasco de relations publiques du FIJM, de Robert Lepage et de Betty Bonifassi.

      Certes, les accusations de racisme concernant cette pièce sont totalement injustes, mais un jour ou l'autre, il faudra parler du fond du problème, au lieu de tourner la tête ou de hausser les épaules. Un autre texte sur le sujet résume bien la situation :

      https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/531643/robert-lepage-s-est-trompe

    • André Joyal - Abonné 6 juillet 2018 18 h 02

      On fait quoi si, pour jourr ce role, deux meilleurs acteurs disponibles sont precisement ceux que vous nommez? Cet éditorial est tres décevant. Mme Chouinard ne convainc pas les lecteurs hésitants comme moi à renouveler leur abonnement.

  • Raynald Rouette - Abonné 6 juillet 2018 06 h 28

    Un manque évident d’objectivité du Devoir


    Votre texte est en fait, un procès d’intention à Robert Lepage. Très décevant!

    Un des plus grand humaniste de la colonie artistique, reconnu à l’échelle mondiale.

    Cette tempête dans un verre d’eau, montée en épingles, fait ressortir clairement l’échec autant de la diversité, de l’interculturalisme que du multiculturalisme.

    Un dur coup pour le vivre ensemble! Tout est politique...

    • Claude Marc Bourget - Inscrit 6 juillet 2018 09 h 42

      Déception partagée.

    • Lise Bélanger - Abonnée 6 juillet 2018 09 h 57

      M. Rouette,

      Vous décrivez très bien la situation! Et j'ajoute: l'éditorial de madame Chouinard est une insulte à l'intelligence! Où va Le Devoir?