Collusion et corruption: démanteler la pyramide

Les structures d’enquête mises en place pour lutter contre la corruption et la collusion ne sont pas que défaillances. Bien huilées et armées de témoins clés efficaces, elles peuvent trouver des coupables parmi ceux qu’on a pointés comme étant les maillons essentiels d’un système de corruption drainant les fonds publics.

Voilà une pensée qui furète dans l’esprit du tribunal populaire depuis que l’ex-entrepreneur en construction Tony Accurso a été déclaré coupable — cinq fois plutôt qu’une — lundi au palais de justice de Laval. Aux yeux des douze jurés, de tous les chefs il est coupable : complot pour corruption, complot pour fraude, fraude, corruption d’un fonctionnaire et aide à commettre un abus de confiance.

Cette nouvelle, à laquelle succédera bientôt le prononcé d’une peine, vient rétablir un certain ordre brisé. L’acquittement de Frank Zampino, Paolo Catania et quatre coaccusés dans le dossier du Faubourg Contrecoeur ; l’acquittement de Tony Accurso d’une accusation d’abus de confiance à propos de contrats avec la Ville de Mascouche ; le premier procès avorté de M. Accurso au moment où on abordait l’étape des plaidoiries : tout cela avait provoqué la consternation du côté des spectateurs que nous sommes.

Ces déboires instruisent à nouveau sur l’immense difficulté associée à la démonstration « hors de tout doute raisonnable » d’une preuve de corruption, dont les traces sont souvent imperceptibles. Le dernier procès de M. Accurso, qui a toujours nié sa culpabilité, a présenté des témoins clés. Des collecteurs de fonds et entrepreneurs de firmes concurrentes ont réussi à convaincre le jury de l’existence d’un système de partage de contrats sur le territoire lavallois entre 1996 et 2010.

   

Couronne et défense ont plaidé jeudi autour de la peine qui doit découler maintenant des chefs de culpabilité. Le spectre est fort variable, allant de cinq ans à quelques mois à purger dans la communauté. Avant M. Accurso, l’ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt, situé au sommet de la pyramide, avait été condamné à six ans de prison. Le juge devra tenir compte justement de la « place » de M. Accurso dans cette pyramide lavalloise, depuis le maire symbolisant l’âme du stratagème de corruption, bien installé au sommet, jusqu’aux collecteurs de fonds, situés à la base.

La population souhaite que cette peine fasse école, car M. Accurso, qu’il le veuille ou non, est devenu symbole de cette corruption rampante, au gré des multiples filets judiciaires qui furent tendus autour de lui et desquels toujours il se dépêtra, jusqu’à ce que cinq femmes et sept hommes en décident autrement. « Je pense que dans un dossier de collusion de cette ampleur-là, oui, on va vouloir qu’il y ait une exemplarité, mais ce ne sera pas l’exemplarité que le tribunal populaire va vouloir lire ou entendre », a d’ailleurs réagi jeudi la juge retraitée Nicole Gibeault, fournissant un éclairage pertinent.

Qu’ils donnent lieu à des acquittements ou à des verdicts de culpabilité, les procès ne sont pas le seul passage pour enrayer la corruption organisée prélude au désabusement du public. Dans les organismes publics, où elle continue de s’étendre, cette gangrène des plus sournoises doit être stoppée en amont, avec des systèmes de vigilance et de transparence à toute épreuve, tant du côté des processus décisionnels que de celui des systèmes d’octroi des fonds.

4 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 juin 2018 03 h 55

    Arrêtons de dorloter la cupidité!

    Tant que l'idéologie de la croissance et de l'accumulation de l'argent demeure intacte, la corruption et la collusion vont survivre. Il faut démolir dans l'esprit de tous nos dirigeants que l'argent ne fasse pas le bonheur.
    Ça ne prend pas un génie en sciences pour comprendre que toute la société est au service de l'argent, en commençant par la fiscalité qui favorise les entreprises avec un fardeau fiscal allégé. Elles bénéficient d’échappatoires fiscales, de crédits d’impôt, de reports d’impôts et de paradis fiscaux. Ensuite, le crédo des entreprises, la maximisation de profits et la rémunération scandaleuse des PDG avec des millions de dollars,129 fois, au moins, plus que le travailleur moyen, ne sont pas propices à l'honnêteté. Et il ne faut pas oublier la largesse de l'état avec des subventions de milliards de dollars de l'argent des contribuables aux entreprises privées, qui délocalisent leurs usines aux tiers-mondes pour une main-d’œuvre à rabais. N'oublions pas, de plus, la porte tournante entre nos dirigeants qui succombent aux charmes des entrepreneurs en accordant leurs désirs, pour ensuite trouver un emploi alléchant avec ces mêmes entreprises.

  • Gaston Bourdages - Abonné 29 juin 2018 08 h 49

    Connaissons-nous, membres du public lecteur...

    ...une personne du monde médiatique qui, dans un travail de rédaction ou de recherche, a déjà soulevé la question du « Pourquoi la corruption ?» et du « Pourquoi la collusion ? » en y ajoutant cette autre touche, je dirais, de conscience en demandant aussi : « Comment, en vient-on à la corruption et à la collusion ? » Il existe tout un processus en la matière. C'est d'une telle fine, perfide, fourbe et insidieuse subtilité. Je vous en témoigne. Comment « démanteler une pyramide » en s'abstenant d'attaquer ses racines, ses origines, ses causes, ses incitatifs ? Ses conséquences, nous les connaissons, nous les vivons, nous les avons payées. Pour une des preuves : les 44.3M$ que nous à coûté, à nous payeurs de taxes et d'impôts, la tenue de la Commission Charbonneau.
    En faisant fi du pourquoi, la « pyramide » se reconstruira. J'en suis plus que convaincu.
    Corruption et collusion sont aussi affaires profondes de conscience ou de conscience « pas trop » profondes, selon...
    Un fait m'est assuré. Dans corruption et collusion s'y trouve aussi toujours une grande, très grande perdante : la dignité. Asseyez pour voir à la même table, corruption-collusion et dignité. Les deux premières seront gênées, déconcertées, désemparées, la deuxième grimacera, ira peut-être même jusqu'à pleurer.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux.Qc.

  • Jean-François Trottier - Abonné 29 juin 2018 09 h 43

    Rampante ?

    Vous dites corruption rampante ? Je dirais triomphante!

    Le PLQ continue à fonctionner avec des fonds issus de l'époque de Charest, et l'opacité absolue du gouvernement Couillard ne peut pas rassurer qui que ce soit.
    "Ne pas pouvoir prouver", comme le dit si bien Couillard dès qu'il en a la chance, n'est pas laver une réputation.

    Les coupables de corruption ont, en général deux peines : l'un est la prison pour quelques années. L'autre est l'opprobe publique qui par la suite empêche le coupable de reprendre ses activités précédentes en tout ou en partie, Cette seconde peine est pas mal pour la vie.

    Où sont les peines pour le PLQ ? 18 mois dans l'opposition devant un gouvernement minoritaire ??

    Les fonds issus de l'époque Charest sont encore là, actifs, présents et malfaisants. Ils peuvent donner un coup de main à untel pour caler l'autre, et ainsi le candidat Libéral peut passer. Ils peuvent payer les bonnes personnes pour influencer l'opinion publique. ils peuvent fopurnir des inflitrateurs dans chaque groupe ou parti selon les besoins, pour manipulation ou provocation. Ils permettent des études détaillées de l'électorat, qui vont jusqu'à chaque adresse sur chaque rue. S'il peuvent, devinez s'ils le font.

    La pourriture est là, omniprésente. Sa puanteur a disparu sous l'habitude.

    Le nettoyage des municipalités est, selon ce qu'on voit, relativement facile. Les machines sont trop petites pour bien camoufler ce qui dépasse un peu partout.

    L'immense machine du PLQ n'est jamais inquiétée.

    Une autre démonstration que le pouvoir exécutif doit être examiné à la loupe chaque jour. Et aussi qu'il faudrait, si c'était possible, sortir définitivement le PLQ du Québec.

    Et encore, je ne parle que de la machine québécoise. Les partis fédéraux sont sûrement bien pires, sans exception : ils ont le droit, eux!

  • monique deslauriers - Abonnée 29 juin 2018 12 h 09

    La population est corrompue

    On déplore souvent l'apathie de la population pour contrer la corruption. Il faut comprendre que la construction, les concessions et les contrats publics qui sont l'antre de la corruption impliquent de larges pans de la population. Étant liée au système d'affaire en place, celle-ci préfère garder le silence. Des avocats, des comptables, des urbanistes, des gestionnaires, des architectes, des ingénieurs, des fonctionnaires, des travailleurs, des constructeurs, banquiers, agents d'immeuble, professionnels de services et milieux d'affaires sont impliqués aux différentes étapes de la planification et de la réalisation des projets de collusion. Cette population ne fait pas de vague. Non pas parce qu'elle est nécessairement favorable à la corruption mais parce qu'elle risque de ne plus faire partie de l'économie qu'elle sait corrompue. Les groupes communautaires largement subventionnés gardent aussi le silence au-delà de leur mission pour ne pas perdre leurs avantages. C'est l'eutrophisation d'une société! L'application de contrôles pourrait au contraire sécuriser et envoyer un signal courageant à l'honnêteté à cette population qui demeure sensible à la lutte à la corruption que mène l'État. La criminologie a en effet depuis longtemps statué que le fait d'être vu et d'être pris constitue la plus grande dissuasion au crime alors que la richesse en est sa plus grande motivation. Mais qui a entendu parler de la récente Loi omnibus 155 du gouvernement libéral où dans un sac fourre-tout on a mis la vérification des municipalités (où s'exécutent les contrats de construction) par les municipalités, la fin des appels d'offre sous les 100 000$ (un bar ouvert), la protection (un leurre) du citoyen participatif qui dénonce, l'immobilier de l'État (SHQ) dans un même projet de loi pour donner l'illusion que la prévention est bel et bien opérante. Madame Chouinard, la police, UPAC ou autre ne peut tout faire (et d'ailleurs on s'arrange pour la priver de moyens) face à la pyra