Paul Gérin-Lajoie, un legs inestimable

Qu’on se rassure : l’existence même du réseau d’éducation tel qu’on le connaît est un obstacle à la mémoire qui flanche. On ne pourra pas oublier Paul Gérin-Lajoie tant l’école du Québec porte partout sa griffe. Murs des « polyvalentes », structures des commissions scolaires, principe de gratuité, tout cela signé à l’encre indélébile par le premier ministre de l’Éducation.

Mais ne nous rappelons pas que les structures, car la pierre témoigne très mal de la passion d’un homme. Jusque dans ses dernières apparitions publiques — toujours sollicité qu’il était pour la finesse de son esprit et la verve de ses discours —, il ne fit jamais l’économie d’un plaidoyer vibrant pour l’importance d’un apprentissage dès le plus jeune âge. « Ma passion pour assurer à tous le droit d’apprendre ne s’essouffle pas », disait-il en 2015 devant un parterre venu l’entendre causer de coopération internationale, un autre de ses combats engagés.

On a souligné depuis lundi l’héritage grandiose laissé par cet authentique serviteur de l’État, père de la première réforme de l’éducation. M. Gérin-Lajoie a inscrit dans la loi le principe d’éducation accessible à tous, partout et en tout temps. « Ce n’est pas tout de dire que l’école n’impose pas de droits de scolarité, encore faut-il qu’il y ait une école ! » disait-il en 1963 à Droit de cité. Ce fut le dénominateur commun de son action à l’Agence canadienne de développement international (ACDI), puis le moteur de création de la Fondation P.G.L., qui promeut toujours l’alphabétisation et la formation professionnelle et technique des jeunes dans les pays en voie de développement.

Dans tout son cheminement, PGL fut un enthousiaste, un « colérique du coeur », comme il le disait parlant de lui. Il fallait certes de la fougue, un corollaire de la passion, pour mettre au monde un réseau d’éducation sous le règne de Jean Lesage. Le journal des débats de l’Assemblée nationale du début des années 1960 a conservé trace d’une certaine capacité d’indignation sous son nom, ce dont il fallait être bien doté pour faire face alors à un clergé courroucé.

PGL a été catalyseur de réformes, doctrines et autres structures pérennes. Ceux qui ont côtoyé ce spécialiste des longs discours enflammés savent qu’il fut, de tout temps, le plus ardent des défenseurs de l’école publique, pour laquelle il n’a jamais baissé les bras. Voilà non seulement un legs inestimable, mais un enseignement qui devrait faire école.

10 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 27 juin 2018 00 h 43

    Vous voulez dire,

    aux vues des résultats et de la pagaille actuelle des réformes des réformes, un héritage gaspillé.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 27 juin 2018 09 h 41

      Le monde de l'éducation devrait relire et relire le message de M. Gérin-Lajoie.

  • Colette Pagé - Abonnée 27 juin 2018 08 h 18

    Un pilier de la révolution tranquille !

    Reconnaissance pour les services rendus. Un grand serviteur de l'État. Un vrai ! Qu'il repose en paix.

  • Louise Melançon - Abonnée 27 juin 2018 08 h 23

    PGL ????

    C'est quoi ce sigle?... Ce grand homme mérite d'être nommé par son nom. Les sigles, cette nouvelle manière d'écrire que je n'aime pas, ne convient pas pour parler de Monsieur Paul Gérin-Lajoie.

    • Louise Collette - Abonnée 27 juin 2018 14 h 21

      Tout à fait de votre avis Madame, c'est quoi ces manières?...
      On parle de lui alors on prend la peine d'écrire son nom au complet, quelle époque nous vivons, tout le monde est pressé, pour faire quoi au juste ensuite ?
      Tellement pressé qu'on ne prend plus la peine de parler en articulant, vous n'avez qu'à écouter les jeunes qui parlent à cent milles à l'heure sans articuler, sans bien prononcer les mots, parfois il n'y a rien à comprendre.
      Abréger tout le temps, l'ère du rapide, de l'abréviation, du très pressé, rien en profondeur.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 27 juin 2018 15 h 56

      Vous avez raison mais c'est une mode à bannir.

  • Solange Bolduc - Abonnée 27 juin 2018 09 h 16

    Bienvenue Madame Marie-Andrée Chouinard ! !

    Plaisir de vous lire!

  • Claude Bariteau - Abonné 27 juin 2018 10 h 07

    Un réformateur et un promoteur de la démocratie.

    Comme vous le soulignez, cet homme a travaillé sa vie durant à transformer le monde de l'éducation au Québec et ailleurs.

    Ce fut un batailleur contre un clergé omnipotent au Québec et des missionnaires plus intéressés à compter les convertis que les gens bien formés qui vont agir dans leur pays.

    il a fait tout ça en luttant pour instituer un système publique de formation. Et il l'a fait parce qu'il étant avant tout un promoteur de la liberté et un défenseur d'un ordre politique qui prône le pouvoir de la démocratie.

    Au PLQ, il a pu faire réformer l'éducation. Il reste dorénavant à suivre ses traces pour revoir la démocratie et un système politique construit pour maintenir en place une élite spécialisée dans la course aux compromis pour survivre dans le Canada.

    Merci de votre témoignage.