Nunavik: plates excuses

Il y a de ces excuses face auxquelles on reste de marbre, car elles tombent à plat : trop peu, trop tard. Ainsi en est-il de l’acte de contrition du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, au sujet de ses propos malheureux à saveur de préjugés portant sur les évacuations aéromédicales en partance du Nunavik.

Un échange avec un citoyen éclairé capté à l’insu du ministre a permis de croire que de détestables relents de colonialisme pouvaient expliquer — en partie, du moins — pourquoi des années après les premiers hauts cris, des enfants transportés en avion-ambulance étaient encore privés de la présence rassurante d’un parent ou d’un proche à leurs côtés.

Le ministre a raison bien sûr d’invoquer des préoccupations d’ordre sécuritaire et de mettre en avant les modifications techniques nécessaires à apporter à l’avion Challenger. Mais ô comme il a tort d’insinuer sitôt après, comme en fait foi la conversation rapportée par Le Devoir et CBC, que, malgré ces efforts, des parents intoxiqués seront toujours interdits de séjour dans l’avion. « Je peux vous garantir qu’il y aura au moins un cas dans les prochains six mois où quelqu’un ne sera pas admis dans l’avion. […] Et ça arrive tout le temps. »

En ces temps où l’heure est au dialogue et à la pénitence face aux peuples autochtones, quel magnifique travail de sape ! On peut crier à la citation déshabillée de son contexte, mais cette fois le contexte est plutôt nourrissant : ce citoyen qui interpella Gaétan Barrette au détour d’une activité publique savait de quoi il causait. Pourquoi avoir laissé perdurer cette situation 15, 20, 30 ans ? demanda-t-il.

N’en déplaise au ministre qui plaida l’ignorance, cette iniquité de traitement propre au Québec est décriée par des médecins, des communautés autochtones et des groupes de défense des droits de la personne depuis le début des années 1990. Ils soulignent la cruauté de cette déficience, dénoncent le fait que cela bafoue toutes les conventions relatives à la protection des droits des enfants, et ne manquent pas de remarquer le terrible rapprochement avec une discrimination inscrite dans l’histoire de séparation des familles autochtones au Canada.

De guerre lasse, nous voici arrivés aux tout premiers pas de réconciliation et d’écoute véritable. Il n’y a donc plus d’espace pour la perpétuation des stéréotypes, surtout dans les discours d’officiels. Après des décennies d’aveuglement, l’excuse de façade ne réussit pas le test de la sincérité pour ceux qui devraient ouvrir la voie.

6 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 26 juin 2018 07 h 15

    Quelle image puis-je me faire de ces êtres...

    ...humains, vivant plus au nord, à partir de ce que vous, gens des médias, en rapportez ? Se peut-il que vous n'en rapportiez que meurtres, problèmes d'alcoolisme, de problèmes de logement et de consommation de drogues ? Très rares sont les occasions où j'y ai lu quelque chose de beau. Vraiment dommage !
    Monsieur Barrette s'est enfargé...très maladroitement. Il a à demander pardon. Aura-t-il l'humilité pour ce faire ?
    Félicitations à vous madame Chouinard pour cette nomination, porteuse de nouvelles responsabilités.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Lise Bélanger - Abonnée 26 juin 2018 09 h 19

    Je ne sais qu'une chose avec certitude: il est dangereux, dans un avion spécialisé pour ce genre de transport ou autre de transporter un enfant malade avec à bord une personne droguée ou en état d'ébriété. Cela peut mettre en péril la vie de l'enfant, du pilote, du médecin ou professionnel accompagnant l'enfant. Il ne s'agit pas de Boing 707, ce sont de petits avions et la présence d'une personne avec les facultés affaiblies ou droguée peut être fatale pour tous les occupants.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 juin 2018 12 h 27

      Que ce soit pour un vol commercial ordinaire ou un vol transportant une personne malade, il est hors de question qu’un accompagnateur ivre soit admis dans un avion. Ceci est hors sujet.

      Ce dont il s’agit, c’est d’un traitement colonial infligé aux peuples autochtones. Un traitement cruel autant condamnable que les politiques migratoires américaines qui consistaient à séparer les familles.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 juin 2018 14 h 23

      Mme Bélanger...la rationalité (concept) n'a jamais bonne presse...il se trouve toujours de mères thérésa pour nous le laisser savoir.
      On devrait,ici, relever le sens de rationalisme...(doctrine) dans cet article.
      Autant du côté ministériel que journalistique.

      Rapporter les faits et les décrier c'est bien beau... depuis 1990.
      Mais journalistes et politiciens...qu'avez-vous fait par après?
      (Je sais que certains journalistes et politiciens ont déjà fait avancer des dossiers tels: Anticosti, Énergie Est, etc. etc..... parce qu'ils n'ont pas lacher le morceau.)
      C'est ce qui manque le plus dans ce monde-ci...journalisme et politique confondus.
      Donner du sens et du suivi à un dossier .
      Les chiens écrasés...on peut s'en passer.

  • Cyril Dionne - Abonné 26 juin 2018 17 h 19

    Les éternelles victimes

    Le plus comique dans ces discours philosophiques existentiels, c’est que ceux qui lancent des pierres ne connaissent absolument rien de la situation de ses réserves et n’y ont jamais mis les pieds. Même si le docteur Barrette n’est pas un champion de la communication, il y a un fond de vérité dans ce qu’il a dit. Évidemment, ceux qui communient à l’autel de la très Sainte rectitude politique de l’UQAM et qui prêchent que l’homme blanc est méchant et que l’indien est bon en faisant fi de la réalité, seront sur un sentier de guerre.

    Et pourquoi en sommes-nous « à l’heure du dialogue et à la pénitence face aux peuples autochtones » ? Les gens ordinaires qui payent tous ses services ne sont aucunement responsables des pensionnats et de toute la saloperie colonialiste. Ils paient des milliards aux autochtones sans qu’on leur demande leur avis. C’est le gouvernement du Canada aux accents de constitution monarchique et la monarchie anglaise, « reine oblige », qui en sont les seuls responsables. J’ai du sang autochtone qui coule dans mes veines et je ne me suis jamais senti comme une victime. Bien au contraire.

    C’est beau la réconciliation mais il faudra un jour que les autochtones commencent à contribuer à l’ensemble de la richesse. L’abolition des réserves ainsi que la Loi sur les Indiens seraient un premier pas. Encore une fois, les autochtones font face à trois choix : le premier est le statu quo, le deuxième est l’émancipation par la création de leur propre pays et la dernière, l’assimilation tout court.

    Jouer les victimes éternelles, ça suffit. Ils peuvent revendiquer la démission du ministre Barrette mais il faudra un jour, qu’il crée leur propre leur propre infrastructure et gouvernement ou qu’ils nous rejoignent au 21e siècle. Nous en sommes déjà à la 4e révolution industrielle et ils n’ont même pas quitté la 1ère. Et ça, c’est la faute de qui ?

  • Sylvain Lavoie - Abonné 26 juin 2018 21 h 36

    Le mot est dit...

    «En ces temps où l’heure est au dialogue et à la pénitence face aux peuples autochtones, quel magnifique travail de sape !»

    Pénitence, enfin le chat sort du sac. Faire pénitence, quoi de plus chrétien et religieusement chargé que cette expression, on croyait s'être débarassé des curés pour vivre enfin libre mais ils sont revenus sous de nouveaux oripeaux.