Permis de détruire

Cédant aux pressions insistantes des municipalités, le gouvernement Couillard a considérablement réduit la valeur des compensations exigées des promoteurs pour la destruction des milieux humides. Ce recul confirme qu’il n’existe pas de volonté réelle de protéger ce type de milieu naturel pourtant essentiel sur le plan écologique.

En juin dernier, les élus adoptaient le projet de loi 132 visant à contrer la destruction des milieux humides. La destruction de ces milieux n’était pas interdite, mais on imposait aux promoteurs l’obligation de verser une compensation permettant de récréer ailleurs ce type d’environnement, suivant le principe « d’aucune perte ». Un régime transitoire avait été instauré.

Déjà, des scientifiques du consortium Ouranos avaient rappelé qu’il était préférable de laisser en l’état les milieux humides au lieu de tenter de les réimplanter, la compensation devant rester une solution de dernier recours.

Comme le rapportait Le Devoir mercredi, la valeur moyenne des compensations est passée de 38 $ le mètre carré à une somme variant entre 2 $ et 8 $.

Dans l’analyse d’impact qu’il a produite au sujet de ces changements réglementaires, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) reconnaît que cette diminution des compensations « est en porte à faux avec la volonté d’aucune perte nette » de milieux humides et hydriques. En clair, le nouveau règlement ne garantit plus le remplacement des milieux détruits, ce qui était pourtant l’objectif central du projet de loi. Il s’agit donc d’un détournement de la volonté des législateurs.

Il faut dire qu’à l’approche des élections, le gouvernement Couillard veut à tout prix éviter d’indisposer les élus municipaux. Leurs pressions ont été fortes, le ministère recevant plus de 300 résolutions de conseils municipaux.

Pour les municipalités, le régime transitoire menaçait leur développement économique. C’est un air connu. Les nouveaux bâtiments ou résidences érigés sur des terrains rendus constructibles par le remblaiement de marais augmentent leur valeur foncière et, de là, leurs revenus.

Le régime transitoire méritait sans doute qu’on y apporte des modifications. Mais la vérité, c’est qu’il a été victime de son succès : il réussissait trop bien, aux yeux des municipalités, à empêcher la destruction des milieux humides, les promoteurs trouvant trop onéreuses les compensations. Malheureusement, les municipalités considèrent encore ces milieux comme des nuisances à éradiquer.

4 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 15 juin 2018 06 h 44

    Je n'ai, en matière de milieux humides, aucune...

    ....connaissance, aucune compétence. La presque seule lecture que je puis faire de votre éditorial monsieur Dutrisac est de regarder le tout sous l'angle du « dollar» dans le genre, oui, encore une fois du « Money talks », « Only money talks ! » ou encore la conscience ou inconscience du dollar et surtout mais surtout de l'usage que peut en faire l'être humain. À plus et mieux y penser, le dollar n'a pas de conscience. Peut-être me demande-t-il d'en avoir une....conscience lorsque je l'utilise ?
    Peut-il y avoir lien, relation entre « dollar » et « milieux humides » ?
    À celles et ceux habilités à y répondre, répondre.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 15 juin 2018 07 h 18

    NOS ÉLU.E.S VERT « PLASTIQUE »

    Encore une belle réalisation de nos représentantEs, nos éluEs. Lâchez pas, vous en n'êtes pas à une incohérence près!

  • Gilles Delisle - Abonné 15 juin 2018 10 h 56

    L'effondrement d'un gouvernement en fin de régime

    Nous assistons à la fin du règne d'un gouvernement parmi les plus "agenouillés" que l'on aura vu depuis fort longtemps, au Québec. A tous les chapitres, les Libéraux ont été les plus corrompus, mais également, celui dont le bilan final est le plus maigre que l'on aura connu. D'ailleurs, à voir le nombre des députés et ministres libéraux annoncant leur départ, on comprend que chacun essaie de quitter le navire avant qu'il ne coule. Triste bilan! Le Québec aura fait du surplace, et même de recul à à bien des chapîtres sous le règne des Couillard et Charest.
    On aurait souhaité que le Québec se lève pour se donner enfin, un gouvernement progressiste, mais ce qui se dessine est bien triste ,avec une poussée d'un autre gouvernement possible qui ressemblera à celui qu'on s'apprête à limoger.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 15 juin 2018 12 h 05

    Fausse croyance

    On a cette tendance au Québec - et même ailleurs - de croire que tout le monde se sent concerné par les diverses problématiques environnementales. Mais force est de constater que cette croyance est fausse. Au diable, l'environnement, lorsqu'il y a de l'argent à faire. Et qu'on cesse de croire que cette attitude négative est uniquement le fait du milieu des affaires. On voit bien ici que les gens des municipalités, comme ceux des gouvernements, ne sont guère mieux. Finalement, faisons notre malheur nous-mêmes, et lorsque les problèmes surgiront, au moins nous saurons qui blâmer.