Plan d’action pour les aînés, ou un ramassis sans substance

C’est la saison, pour le gouvernement Couillard, du dévoilement des plans d’action, des stratégies nationales, des politiques. Le dernier en lice, c’est le plan d’action 2018-2023 Un Québec pour tous les âges, qui malgré son intitulé est destiné aux aînés. Il s’agit avant tout d’un exercice de marketing politique, une manifestation des effets pervers des élections à date fixe.

On n’en a pas beaucoup entendu parler à l’échelle nationale. C’est que les stratèges libéraux ont choisi de rendre public ce plan d’action à Trois-Rivières, en Mauricie, une des régions cruciales pour la réélection du Parti libéral. Il faut également souligner que le vieillissement de la population est particulièrement marqué en Mauricie.

Étalés sur une longue période, les plans d’action permettent d’afficher de grosses sommes et de mélanger allègrement les dépenses déjà engagées avec celles que l’on promet pour les années à venir.

À cet égard, le plan d’action Un Québec pour tous les âges fait miroiter un montant particulièrement impressionnant, soit 12,3 milliards en cinq ans, dont 800 millions proviennent de nouvelles initiatives annoncées dans le budget. Le plan d’action ne viserait que les aînés actifs, a-t-on indiqué au cabinet de la ministre responsable des aînés, Francine Charbonneau.

Le plan d’action est particulièrement touffu. Il comprend 3 orientations, déclinées en 11 « choix stratégiques », et pas moins de 85 mesures, dont 63 seraient nouvelles. Évidemment, il s’agit souvent d’actions pointues, voire d’intentions, accolées aux verbes « favoriser », « promouvoir », « faciliter ».

Malgré sa profusion, le plan d’action manque de substance et d’une véritable vision. Il ratisse dans plusieurs ministères les mesures qui pourraient toucher les aînés. Aucune ventilation des dépenses n’est fournie : savoir de quoi est composée cette somme de 1,2 milliard est strictement impossible. On remarque dans ce fatras des éléments concrets comme le crédit d’impôt remboursable pour les aidants naturels, le financement du programme d’appui qui leur est réservé, ainsi que le programme Municipalités amies des aînés (MADA), qui soutient des politiques et des aménagements adaptés aux aînés.

Mais ce qu’il y a d’étonnant dans ce plan d’action, c’est ce qu’on n’y retrouve pas. Bien qu’une de ses trois orientations soit coiffée du titre « Vivre en santé dans sa communauté », aucune mesure ne porte sur un des éléments qui contribueraient à permettre aux personnes âgées de vivre plus longtemps chez elles, c’est-à-dire des soins et du soutien à domicile qui ne seraient plus dispensés au compte-gouttes.

Le gouvernement Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ont mis tous leurs oeufs dans le complexe médicalo-hospitalier, sans toutefois, faut-il le rappeler, régler le problème des urgences, dont les personnes âgées, au premier chef, font les frais. Surtout, après quatre ans au pouvoir, le gouvernement libéral n’a pas développé une véritable stratégie en matière de maintien à domicile des personnes âgées. La raison en est fort simple : l’argent est allé ailleurs.

De nos jours, le gouvernement Couillard multiplie les plans d’action et les stratégies en utilisant les moyens de l’État à des fins de propagande électorale. Mais pour ce qui est de son dernier opus, il aura sans doute du mal à marquer des points, même auprès de cette clientèle qui lui est traditionnellement acquise.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 juin 2018 07 h 59

    Le cha-cha-cha libéral a assez duré

    Devant tous ces beaux plans d’action libérale, la question qui me vient toujours à l’esprit est la suivante : en présumant que ces mesures soient bonnes, pourquoi ne les ont-ils pas adoptées plus tôt ? Ils sont au pouvoir depuis 16 ans. Ils ont eu l’occasion de faire tout cela.

    Parce qu’ils devaient d’abord ‘mettre de l’ordre dans les finances publiques’ ? Quelle belle excuse.

    Ils ont hérité des péquistes d’un budget équilibré en 2003. Ils l’ont rendu déficitaire sous Jean Charest et ont mis des années à revenir à un budget équilibré. Si bien le Québec fait du surplace depuis 16 ans.

    Il est temps que ça change.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 10 juin 2018 06 h 17

      Ils sont même les premiers responsables de la crise de 2007. Et dire que le PQ avait réussi à atteindre le déficit zéro, en cessant d'investir dans le béton il est vrai, mais bon, avec de l'eau de javel, le moisi, ça part et le reste on patche.

  • Nadia Alexan - Abonnée 9 juin 2018 10 h 11

    Le machiavélisme crasse des Libéraux!

    Félicitations, monsieur Dutrisac, pour votre perspicacité. Vous avez bien compris la poudre aux yeux électoraliste des Libéraux. De la propagande pour faire croire qu'ils s'occupent vraiment des aînés. C'est du machiavélisme crasse de la part de ce parti qui s'enfiche carrément des citoyens que ce soit les jeunes, les adultes ou les aînés!

  • Claude Bariteau - Inscrit 9 juin 2018 10 h 37

    La réponse est simple.

    Avant de de paraître des sauveurs, il leur fallait déconstruire le Québec avant 1995. Ils s'y sont appliqués en élèves dociles du Canada, leur pays leur amour, et sont devenus des lieuteants choyés de ce pays qui, dès 1966, a décidé de mettre au pas le Québec, ce qu'il fit en 1982 et ce qu'il poursuivit bassement en 1995.

    Comme lieutenants, Charest s'affirma en endettant le Québec et en finançant ses réélections avec le retour d'enveloppe brune. Couillard poursuivit en sapant dans les sercices et en faisant des ouvertures à tout ce qui ressemblait à une entreprise libérale, les deux en s'accoquinant avec des multinationales pour développer le nord comme la'avaient fait Taschereau et Duplessis avec l'aide du clergé.

    Aujourd'hui, l'aide vient des médias qu'entendent financer les gouvernements du Québec et du Canada avec leur imprimatur.

    Si le Québec fait du sur place, c'est que l'idée d'indépendance n'est pas mise en relief, encore moins les contours d'un Québec indépendant ans les médias. Tout se passe quasi en dehors de l'actualité alors que cette actualité s'impose.