Espagne: «Bim bam boum»

La détermination n’est pas la moindre des qualités de Pedro Sánchez, nouveau premier ministre de l’Espagne — mais premier ministre pour combien de temps ? Aux élections de 2015, face au Parti populaire (PP) pourtant affaibli de Mariano Rajoy, il mène son Parti socialiste (PS) à l’abattoir, ne faisant élire que 85 députés, sa pire performance depuis la fin de la dictature franquiste. Sous sa gouverne, le PS fait pire encore au scrutin anticipé de l’année suivante (84 députés). Très ambitieux, disent ceux qui le connaissent, il échappe ensuite avec habileté à une tentative de destitution de la part des cadres du parti…

Le voici depuis hier chef du gouvernement à la faveur d’une motion de censure autour de laquelle il a réuni une courte majorité disparate d’élus de l’opposition pour renverser, par souci d’« hygiène démocratique », un Rajoy rattrapé par un mégascandale de corruption qui a vu la justice condamner 29 anciens dirigeants du PP à un total de 351 ans de prison. Un bouleversement impensable il y a encore deux semaines. Et de quoi rendre pire encore le tournis qui sévit dans les corridors de Bruxelles, l’Espagne resurgissant sur le devant de la scène — et avec elle, la question catalane, incontournablement — pendant que dans l’Italie d’à côté s’ouvre un nouveau chapitre de son histoire politique avec la formation étourdissante d’un gouvernement dit populiste de la Ligue du Nord et du M5S. Le tout, comme si cela ne suffisait pas, sur fond de déclaration de guerre commerciale de Donald Trump à l’Europe.

Sánchez tient sa revanche sur Rajoy, mais à quel prix ? Le renversement du PP présente le défi de former un gouvernement qui sera forcément « faible et difficile », pour reprendre les mots d’un chef de file du Parti nationaliste basque (PNV), Aitor Esteban, sûr que « tout ça va se transformer en un bim bam boum permanent ». De fait, M. Sánchez a donné l’impression de déjà jeter l’éponge en évoquant dès jeudi la convocation d’élections.

C’est que le défi tient de la quadrature du cercle. Entre la promesse faite au petit PNV, sans lequel la motion de censure aurait été défaite, de respecter les engagements budgétaires faits au Pays basque par le gouvernement Rajoy et les revendications sociales de la gauche radicale Unidos Podemos (67 députés), la conciliation sera compliquée. Entendu ensuite que les deux partis indépendantistes catalans attendront un retour d’ascenseur pour leur soutien. M. Sánchez leur a promis de « renouer le dialogue » et de « retendre les ponts brisés ». Souhaitons pour les Catalans qu’il ne se dédise pas. Car encore là, situation malaisée pour M. Sánchez : le très anti-indépendantiste parti Ciudadanos, profitant de la déconfiture du PP, a le vent dans les voiles à l’échelle nationale. Il faudra encore beaucoup de talent à M. Sánchez pour survivre politiquement.