Régionalisation de l’immigration: un échec avéré

En 1990, le gouvernement du Québec, jugeant qu’une trop forte proportion d’immigrants s’établissait à Montréal, faisait de la régionalisation un des objectifs stratégiques de sa politique d’immigration et d’intégration. Presque trente ans plus tard, nous devons constater que la situation n’a pas changé ; les divers plans d’action gouvernementaux furent des échecs.

Cette semaine, le premier ministre Philippe Couillard, flanqué du ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a dévoilé la Stratégie nationale sur la main-d’oeuvre 2018-2023. Le Québec à l’ère du plein-emploi, qui prévoit un investissement considérable — 1, 3 milliard en cinq ans — dans un bouquet de 47 mesures. On apprenait que le gouvernement libéral prévoit que les nouveaux arrivants occuperont 22 % des quelque 1,3 million emplois créés au cours de la prochaine décennie. C’est donc dire l’importance qu’il accorde à l’apport des immigrants dans ce contexte de plein-emploi.

Le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, David Heurtel, qui a annoncé qu’il quittera le navire à la faveur des prochaines élections, brillait par son absence. Mais en décembre dernier, il annonçait la réouverture de bureaux régionaux du MIDI, doublés d’« antennes » du ministère en région. Le gouvernement les avait tous fermés dans un élan d’austérité. À ce jour, ces bureaux et antennes ne sont pas fonctionnels.

Ce fut évidemment une bourde de fermer ces points de service et de planification alors qu’on ne pouvait ignorer que les entreprises en région, bien davantage que celles de la grande région métropolitaine, seraient aux prises avec des pénuries de main-d’oeuvre, et que les régions, d’une façon générale, étaient lourdement touchées par le déclin démographique. Les difficultés actuelles n’ont rien d’accidentel : elles étaient clairement prévisibles.

Or le gouvernement libéral n’en est pas à une incohérence près ; il a aboli les centres locaux de développement (CLD) qui auraient été fort utiles dans les circonstances actuelles. La majorité des nouveaux emplois à pourvoir seront situés à l’extérieur de la région de Montréal.

Depuis trente ans, plusieurs familles d’immigrants se sont établies en région, surtout dans des villes de moyenne taille comme Sherbrooke, Trois-Rivières ou Gatineau ; on ne parle pas de petits villages isolés. Certaines de ces familles sont restées — environ 30 % à Sherbrooke, par exemple, selon l’évaluation d’un organisme de soutien de ces nouveaux arrivants —, les autres sont retournées à Montréal ou ont déménagé leurs pénates dans d’autres provinces.

Se voir offrir un emploi est certes essentiel, mais il est crucial que les besoins familiaux et sociaux de ces travailleurs soient pris en compte par le milieu et par l’État. Ce qui n’est pas le cas.

Un exemple parmi d’autres : les commissions scolaires en région, empêtrées dans des règles budgétaires inadaptées, n’arrivent même pas à franciser correctement les élèves issus de l’immigration. La base, quoi !

De nombreuses études montrent que c’est une erreur d’adopter une approche strictement économique quand il est question d’attirer — et surtout de retenir — des immigrants en région. Une approche humaniste s’impose.

Ce n’est pas l’argent qui manque : Québec peut compter cette année sur 112 millions de plus de la part d’Ottawa. Mais voilà, telle une poule sans tête, le gouvernement libéral, qui excelle à se fixer des cibles de tout ordre, ne suit pas un plan cohérent en matière de régionalisation de l’immigration.

3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 26 mai 2018 09 h 31

    Des chevreuils pas de tête

    Les seuls gestes de "planiification" des Libéraux sont ceux qui dressent le calendrier électoral.

    Les coupes sur deux ans ont fait si mal. Pourquoi ne pas les étaler sur 4 ou 5 ans si elles devaient être une "correction" ?
    Et si c'était une correction, pourquoi les Libéraux font exactement le contraire en cette dernière année de mandat ?

    Ce qui me reste dans la gorge, c'est ce trou d'un milliard et demi "découvert" par Leitao au premier coup d'oeil (début juin 2014) en début de mandat, suivi de ce milliard et trois-quart miraculeux que la "saine gestion" des Libéraux a dégagé au début de l'année électorale.

    Faut prendre les électeurs et les journalistes pour des idiots.

    Ça, oui, ça a été calculé. On reconnait bien les méthodes de politicailleurs et de gérants de petite succursale du PLQ depuis l'arrivée triomphale de Charest. Pas la moindre subtilité, on fesse dans le tas de la stupidité.

    Quand ils ont fermé des CLD je hurlais. C'était carrément la déclaration que seuls les investissements étrangers intéressaient ces valets.
    L'esprit d'initiative innhérent aux Québécois ? À la poubelle, toé! Calv...

    Pour faire à leur guise, il fallait d'abord écoeurer le gens de la politique, juste assez pour créer le silence. J'ai entendu Charest dire mille fois "Faites-nous confiance"... et ne rien ajouter par la suite.
    Couillard, lui, se gonfle de rodomontades ronflantes et tourneboulantes. De quoi s'assoupir dans un très inconfortable attentisme.

    La réalité est que ces gens sont de mauvais gestionnaires et de bons vendeurs de chars usagés.
    Leitao est incompétent à diriger les finances publiques et pas qu'un peu.
    Couillard est incompétent à ouvrir des débats sociaux et encore plus à en tirer la moindre conclusion sensée : tout passe par l'équipe de marketing, la seule qui décide.

    L'échec de l'intégration est voulu.
    Il est nécessaire au PLQ que les immigrants se sentent mal à l'aise pour continuer à voter "du bon bord".
    Ça, c'est la réalité,

    • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 26 mai 2018 11 h 36

      Ô combien vrai..

    • Christiane Gervais - Abonnée 27 mai 2018 17 h 11

      Quel désolant et bien condensé état de la situation au Québec sous ce gouvernement Charest-Couillard. Votre conclusion est on ne peut plus claire et juste.... malheureusement.