ALENA: prendre son mal en patience

Il reste encore quelques semaines avant la date limite de présentation d’un ALENA modifié pour adoption par le Congrès américain, à temps pour les élections de mi-mandat. Mais tout semble indiquer qu’une telle entente n’interviendra pas cette année. Ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour le Canada.

Alors que le président Donald Trump bombait le torse à l’issue d’une rencontre de trois jours entre les négociateurs américains et leurs homologues chinois, la plupart des observateurs, y compris chez les républicains, s’entendaient pour dire que rien de bien concret n’était ressorti de cette rencontre.

Selon le New York Times, le sénateur républicain de la Floride, Marco Rubio, aurait même écrit sur Twitter : « Les Chinois ont gagné », en apprenant que son pays n’avait arraché aucun engagement ferme en échange de la suspension des droits compensateurs décrétés le mois dernier sur plus de 150 milliards de dollars d’importations chinoises.

De son côté, M. Trump y est allé, lundi, de sa propre interprétation voulant que les Chinois aient accepté d’acheter beaucoup plus de produits agricoles américains pour réduire le fossé commercial de 200 milliards qui avantage la Chine : ils vont acheter à peu près tout ce que nos agriculteurs peuvent produire de céréales, a-t-il commenté sur Twitter, en exagérant comme toujours.

Les autorités chinoises se sont empressées de nuancer ces propos, en expliquant que, si les États-Unis acceptaient de lever l’interdiction faite à leurs entreprises d’acheter certains produits militaires et technologiques américains, cela contribuerait certainement à créer des occasions d’affaires. Mais de réduction du déficit commercial lui-même, il n’est pas question dans l’accord-cadre. En somme, M. Trump fait le clown, mais pour l’instant, ce sont les Chinois qui ont le dessus.

Dans le cas des négociations pour le renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), c’est le Canada qui continue de faire preuve d’optimisme, le premier ministre Trudeau allant jusqu’à affirmer, jeudi dernier, à New York, qu’un projet d’entente était sur la table. Ce à quoi le responsable américain, Robert Lightizer, a répliqué ce week-end que « les pays de l’ALENA sont encore loin d’un accord », ajoutant une longue liste de points litigieux et complexes qu’il reste à négocier. Qui dit vrai ?

Si M. Lightizer a raison, la possibilité d’une entente minimale évoquée récemment serait éliminée. Le genre d’entente qui aurait permis à M. Trump de crier victoire à quelques mois des élections de mi-mandat… tout en reportant l’essentiel des discussions à plus tard.

Si nous avions affaire à un gouvernement normal, il y aurait de quoi s’interroger sur les changements de cap répétés et les déclarations contradictoires des responsables jusqu’au sommet de la pyramide. Mais compte tenu du personnage Trump, il n’y a rien d’autre à faire que de constater les virages en épingle dans la politique et la stratégie, et de prendre notre mal en patience.

Les Chinois l’ont compris, eux qui ont choisi de jouer sur les mots pour permettre au président américain de satisfaire ses pulsions d’autoglorification, sans rien concéder sur le fond pour le moment.


 

Parce qu’ils sont plus petits et surtout moins puissants économiquement, le Canada et le Mexique sont, de leur côté, forcés de rester calmes et de prendre leur mal en patience, même si l’idéal serait de mettre un terme rapidement à l’incertitude qui fait fuir les investisseurs.

À plus long terme cependant, le report d’un règlement à l’an prochain permettra peut-être aux négociateurs d’arriver à moderniser l’ALENA dans les détails sans y perdre au change, allez savoir.

Pour cela, il faudra cependant que le gouvernement américain change de ton (encore une fois !) et, pourquoi pas, de responsable des négociations. Ce qui est toujours possible étant donné la lutte de pouvoir qui semble se dérouler au sein même de l’équipe économique du président.

Car lutte de pouvoir il y a, si l’on se fie encore au NYT (fake news ?) entre la faction plus libre-échangiste formée du conseiller économique, Larry Kudlow, du secrétaire du Trésor, Steven Mnuchin, et du secrétaire du Commerce, Wilbur Ross, et la faction très protectionniste du conseiller Peter Navarro et du représentant au Commerce, Robert Lightizer, aussi responsable de la renégociation de l’ALENA.

Pour le moment, régler le dossier de l’ALENA n’est donc plus une priorité parce que le temps manque et que toute l’attention politique se porte sur la rencontre entre M. Trump et le président de la Corée du Nord, Kim Jong-un. Donc vers la Chine, dont M. Trump a davantage besoin que du Canada et du Mexique.