Nucléaire iranien: rupture insensée

La décision de Donald Trump de « déchirer » l’accord sur le nucléaire iranien est une tragique erreur : elle va attiser le feu des multiples conflits qui embrase la région et conforter les durs qui tiennent le pouvoir en Iran.

L'accord international de Vienne sur le nucléaire iranien, conclu en 2015, n’est pas parfait, soit, mais s’en retirer sera tout sauf utile à l’apaisement des guerres croisées qui agitent le monde musulman. Donald Trump est trop belliqueux pour le comprendre, lui qui prône depuis son arrivée à la Maison-Blanche le retour à la vaine stratégie de l’endiguement appliquée contre Téhéran dans la foulée de la révolution de 1979.

Tout à son obsession d’effacer l’héritage de Barack Obama, il a dénoncé le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) pour deux raisons principales : d’abord parce qu’il a une durée limitée, ce qui permettrait donc à l’Iran, dit-il, de relancer dès 2025 son programme nucléaire à des fins militaires. Ensuite parce que l’accord laisse Téhéran tout à fait libre de poursuivre le développement de son programme balistique, l’autorisant à mettre au point des missiles capables de transporter d’éventuelles ogives nucléaires.

Ces failles existent en effet. Sauf que le président américain omet de dire que le JCPOA permet aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de surveiller pendant vingt ans les centrifugeuses utilisées dans l’enrichissement de l’uranium et pendant vingt-cinq ans la production de concentré d’uranium. Et qu’à ce jour, tous les rapports de vérification montrent que l’Iran respecte les termes de l’accord, donc que la théocratie iranienne, si divisée soit-elle, ne fait pas preuve de la mauvaise foi dont l’accuse M. Trump. Quant au programme balistique, rien n’excluait que des sanctions additionnelles puissent être appliquées en marge de l’accord international, ainsi que l’ont en vain fait valoir Paris et Berlin.

M. Trump surfe sur l’idée que ses pressions sur la Corée du Nord ont forcé le dictateur Kim Jong-un à s’asseoir à la table des négociations et que la même stratégie va-t-en-guerre pourra faire plier Téhéran. Rien, pourtant, n’a encore été négocié avec M. Kim, si ce n’est le lieu de leur prochain sommet.

Si, du reste, il y a mauvaise foi, il y a lieu de penser qu’elle est américaine. Le président peut bien déchirer sa chemise autour des « milliards de dollars » que ce « deal désastreux » pour les États-Unis a permis à Téhéran de récupérer, il reste que des sanctions américaines sont encore en vigueur et que, la Maison-Blanche mettant partout des bâtons dans les roues au désenclavement international de l’Iran, le pays est loin depuis trois ans d’avoir vécu la relance espérée des investissements étrangers.

L’erreur est grande à plusieurs titres : M. Trump se trouve à rompre avec une démarche multilatérale qui, bien que fragile et incertaine, favorisait le dialogue ; il se soumet sans nuance à la logique d’affrontement de l’Arabie saoudite et du premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou et, ce faisant, invite l’escalade militaire à prendre de l’ampleur à l’échelle régionale, y compris sur le plan nucléaire ; et il nuit au président « modéré » Hassan Rohani face à la lutte de pouvoirs que lui livrent les durs du régime.

En réaction, le président Rohani a dit vouloir maintenir le dialogue avec les Européens, les Chinois et les Russes. Ce qui est heureux. De fait, il est dans l’intérêt du président Rohani que le JCPOA survive en dépit du rétablissement des sanctions américaines. Il en va de sa légitimité, lui qui, réélu en 2016, a promis par cet accord d’améliorer le sort du commun des Iraniens. Or cette embellie est loin de s’être produite. Car, au-delà de la bêtise de M. Trump, les Iraniens paient aussi le prix des décisions d’une théocratie qui, au fond, préfère les aventures militaires (en Syrie, au Yémen, en Irak…) et son rayonnement idéologique à l’amélioration de la qualité de vie de ses citoyens.

7 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 9 mai 2018 03 h 23

    Trump n'est pas pompier

    Ben voyons donc. On ne s'attendait pas à ce que Trump éteigne les feux dans la région. Les États-Unis ont menti et rementi pour y mettre le feu. Y aurait-il du «fracking» de milliards de $ aux É-U sans les ennuis d'ISIS, Iraq, Syrie,...?

    • Micheline Gagnon - Abonnée 9 mai 2018 10 h 54

      C'est sans compter que l'armement est une de leurs «richesses nationales», autant au point de vue local (NRA) qu'international (armement de guerre).

  • Gilles Bonin - Abonné 9 mai 2018 04 h 51

    Je ne sais pas

    si on en est rendu là, mais peut-être que oui: les USA vont peut-être commencer à apprendre qu'ils ne mènent plus le monde eux seuls. Il y avait bien des fous en actions sur le plan international (dont bien sûr les théocrates iraniens), voilà que se confirme qu'en effet un autre dérangé confirme son entrée en scène. Mais à ce jeu dangereux, il y des acteurs (Nétanyahou, le Prince saoudien, Poutine, KIm, etc..) qui me semblent plus «brillants» quet le nouveau. On entre dans la zone de tous les dangers pour la stabilité mondiale. Depuis un certain temps, on gardait quelque peu la bride sur le cou des trop énervés malgré des irruptions locales; là on entre dans le débridé total.

  • Michel Lebel - Abonné 9 mai 2018 06 h 26

    Un dangerux ignorant

    Une décison américaine fort prévisible d'un ignorant président qui ne comprend rien aux relations internationales. En espérant toujours que ce dangereux inapte quitte le plus tôt la présidence.

    M.L.

  • Pierre Fortin - Abonné 9 mai 2018 07 h 34

    Pression sur l'Europe

    Donald trump vient de renouer avec la doctrine de George W. Bush « Vous êtes avec nous ou contre nous », message qu'il adresse cette fois aux Européens qui ont profité de l'accord de 2015 pour lancer des investissements en Iran. La française Total s'étant engagée à hauteur du milliard de dollars dans l'exploitation du gaz iranien du Golfe persique, consentira-t-elle à s'en retirer parce que le Donald l'ordonne ? Et les entreprises allemandes ?

    La décision d'hier fera subir à l'alliance euro-atlantique (et à l'hégémonie US) un véritable "stress test" qui révélera sa cohésion. Après les sanctions infligéees à BNP Paribas et à Alstom, on peut douter que la soumission des partenaires européens soit assurée.

    En ce qui concerne les menaces militaires sur l'Iran, on ne devrait pas oublier que les Iraniens ont déjà acheté le système russe de missiles défensifs S-300 et qu'ils sont à étudier l'achat des S-400. La Russie a même précisé qu'en cas de rejet de l'accord, elle fournirait à l'Iran ce qu'il lui faudra.

    Donald trump et les néocons ont beau jouer les durs, mais quand on crache en l'air ...

  • Colette Pagé - Inscrite 9 mai 2018 09 h 05

    Le roi du chaos !

    L'auteur de l'art du deal ou comment vous arnaquer, cet homme aux haines sordides, vénal, vaniteux et creux comme le qualifie Naomi Klein dans son récent essai "Dire Non ne suffiut plus " ou ce voyou selon Philip Rooth et l'éditeur du New Yorker se fait une fois encore le complice de l'Arabie saoudite avec ses dirigeants corrompus avec lesquels il a partagé la danse du sabre et Israël, un pays va-t-en-guerre qui possèderait, selon les plus récentes estimations plus de 200 ogives nucléaires, et qui s'oppose à ce que l'Iran en fasse pareille, comme si ce pays ne pouvait pas se défendre contre les menaces de ses ennemis.

    Mais ce que cherche avant tout le Président américain et ce quelque soit les conséquences de ce retrrait ? C'est de faire oublier ses problémes internes reliés notamment à l'affaire Stormy Daniels, sa participation à des orgies scatalogiques avec des prostitués russes sur le lit ayant été jadis partagé par le couple Obama sans oublier l'enquête Mueller qui avec ses 30 procureurs étoilés et autant d'enquêteurs chevronnés du FBI accouchera, si la tendance se maintient et de préférence avant l'élection de novembre d'accusations de complicité de l'équipe Trump avec la Russie, d'ingérence dans les enquêtes en cours, de conflits d'intérêts voire de corruption, de blanchiment d'argent, de placement dans les paradis fiscaux pouvant entraïner la destitution de ce vulgaire, inculte et népotiste Président dont la cupidité et la seule valeur.

    Il ne reste qu'à souhaiter que l'élection de novembre puisse enfin débarraser l'Amérique de ce narcissique et menteur pathologique dont le but arrêté, une véritable fixation, est de mettre à mal l'héritage du Président Obama.