Une ouverture d’apparat pour les demandeurs d'asile

Ottawa doit donner suite rapidement à l’appel du Québec dans le dossier des demandeurs d’asile. Il en va non seulement de la capacité d’accueil du Québec, mais surtout du sort qui attend ces migrants et même des conséquences sur la vie politique québécoise à quelques mois des élections.

Au rythme où vont les choses, le Canada de Justin Trudeau poussera des centaines, sinon des milliers de migrants à vivre dans la clandestinité faute d’avoir obtenu le précieux statut de réfugié.

Depuis un an, près de 30 000 personnes sont passées par le fameux chemin Roxham, en Montérégie. La plupart des arrivants des dernières semaines semblent venus du Nigeria en passant par les États-Unis, sans qu’on sache qui leur a fait connaître l’existence de ce portail magique où des policiers vous aident à porter vos bagages au lieu de vous matraquer.

Pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres. Selon la loi canadienne, il ne devrait pas s’écouler plus de 60 jours entre le moment où un requérant est intercepté et celui où il est entendu par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié. Or, l’arriéré dépasse 30 000 cas à l’heure actuelle. Cela signifie que les demandeurs de 2017 pourraient ne pas être entendus avant deux ans, sans compter les délais d’appel en cas de refus.

Dans son dernier budget, Ottawa a ajouté 173 millions pour la sécurité aux frontières et le traitement des demandes. Ce qui a suffi pour faire dire au ministre de l’Immigration Ahmed Hussen qu’« on en fait déjà beaucoup ». Beaucoup, peut-être, mais certainement pas assez.

De son côté, Québec demande à Ottawa de lui rembourser 148 millions puisqu’il s’agit d’un dossier de compétence fédérale exclusive. Et compte tenu du fait que la moitié de tous les demandeurs d’asile arrivent par le Québec, le gouvernement Couillard souhaite qu’Ottawa répartisse les cas de façon plus équitable entre les provinces.

Ottawa tient à respecter ses engagements internationaux, et c’est bien qu’il en soit ainsi. Mais l’entrée irrégulière de centaines de migrants par le chemin Roxham ne pourra pas se poursuivre indéfiniment si les citoyens ont l’impression que le gouvernement Trudeau a perdu le contrôle.

Des quelques dizaines de milliers de demandeurs d’asile, la moitié au moins verront le statut leur être refusé après une attente de deux à trois ans. Années pendant lesquelles ils auront reconstruit leur vie. Tous n’accepteront pas cette décision et certains choisiront la clandestinité. Phénomène pour le moins prévisible qui provoquera des pleurs et des grincements de dents chez les victimes, certes, mais aussi parmi les citoyens canadiens.

Il n’y a pas qu’au Québec que les gens sont sensibles aux questions d’immigration. La plupart des pays asiatiques y sont réfractaires, pour ne pas dire fermés. En Europe, le phénomène des migrants a enflammé les dernières campagnes électorales au point de favoriser partout la montée de l’extrême droite. Quant aux États-Unis…

Le Canada ne fait pas exception, et on aurait tort de minimiser le sentiment d’insécurité qui affecte l’électeur moyen. Ce qui explique les sorties récentes des ministres du gouvernement Couillard, menacés sur leur droite par la CAQ à quelques mois des élections.

Contrairement au rêve exprimé par des organisations militantes, le Canada n’est pas un pays sans frontières. Il serait cependant malheureux que des milliers de demandeurs du statut de réfugié en soient réduits un jour au statut de sans-papiers à cause de l’inefficacité d’un gouvernement fédéral d’apparat.

8 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 18 avril 2018 07 h 01

    le p.m. kanadien a perdu ....

    depuis longtemps le contrôle de l'immigration et franchement il s'en fout complètement et d'après lui c'est aux provinces de s'organiser avec cela. Malheureusement pour le Kébek, les immigrants arrivent ici et sont bien pris en main par la communauté, alors pourquoi iraient-ils ailleurs? Comme vous écriviez M. Sansfaçon plus haut, l'extrême droite risque de faire des gains très satisfaisants dans les prochaines années, grâce à une immigration incontrôlée, soulevant la colère et l'inquiétude de la population déjà en place.

  • Colette Pagé - Inscrite 18 avril 2018 08 h 06

    Fédéralisme à sens unique !

    Il est facile pour Otttawa de se montrer accueillant lorsque c'est le Québec qui assume les frais de cette ouverture. Dans ce dossier qui porte sur la défense des intérêts du Québec le Gouvernement libéral doit montrer les dents. Ce qui n'est pas le type de négociation privilgié par le PM qui avec Ottawa préfère la main tendue quitte à se faire rouler dans la farine par crainte d'apporter de l'eau au moulin des souverainistes.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 18 avril 2018 15 h 46

      Très bon point, surtout pertinent, que vous soulevez là : en effet, plusieurs, dont le gouvernement fédéral en l’occurrence, seront toujours preneurs lorsqu’il s’agira de se montrer publiquement généreux en faisant la charité sur le bras des autres. C’est probablement cet aspect de ‘’prétendue générosité’’ qui est le plus rebutant pour bon nombre de personnes, car ça ressemble trop à de l’hypocrisie.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 avril 2018 09 h 01

    Hello goodbye

    En gros, il y a deux types d’immigrants au Québec.

    Il y a les ‘travailleurs qualifiés’. Ce sont les immigrants que le gouvernement du Québec choisit selon ses propres critères.

    Et il y a les réfugiés qui relèvent du fédéral. Après une étude subjective — qui prend des mois ou des années et qui aboutit à un taux d’acceptation extrêmement variable d’un fonctionnaire à l’autre —le requérant finit par apprendre la décision fédérale.

    Le premier ministre Couillard n’est que l’intendant régional du pouvoir colonial canadien. S’il voulait forcer la main d’Ottawa, il lui suffirait d’offrir gratuitement aux réfugiés l’aller simple facultatif vers Toronto, la grande capitale économique du pays, ou vers nos belles montagnes Rocheuses, où les réfugiés nigériens (en général anglophones) n’auront pas à faire semblant d’apprendre le français pour rien.

    Et puisque le Québec n’est pas une prison, nul doute que ce voyage gratuit risque d’en séduire plus d’un.

  • Paul Gagnon - Inscrit 18 avril 2018 10 h 23

    Une gauche droite ou une droite gauche?

    Face à une gauche folle, comment ne pas être attiré à droite?
    Les termes "gauche" et "droite" étant pris dans leur sens habituel, c'est-à-dire vague (la gauche de ma gauche est elle plus à gauche que votre gauche? et vice versa pour la droite).

  • Michèle Lévesque - Abonnée 18 avril 2018 11 h 17

    Les gros poissons

    "Venez les Bénis de mon père!"... Oups, moi je ne sais pas multiplier les petits pains - juste les gros poisons.

    En 2017, Lisée a eu raison avec ses sobres énoncés qui lui ont pourtant valu les volées de tomates habituelles, soit A) l'expression des "invités de Justin Trudeau", promoteur de l'utopie d'un Canada post-national sans frontière qui s'avère de plus en plus une véritable boîte de Pandore, mais sans même les balais de l'apprenti sorcier pour faire le ménage; B) le traitement humanitaire, d'abord par l'information et ensuite par la gestion, qui sont le devoir premier et concret du Canada envers les vrais demandeurs d'asile et le peuple canadien; C) la demande expresse de soutien financier, logistique et administratif de la part du Fédéral de la juridiction de qui ce dossier relève, contrairement à l'immigration économique ordinaire.

    La grosse erreur, voire le gros mensonge, que M. Sansfaçon appelle (je cite) le "rêve exprimé par des organisations militantes" et qui est avalisé sans discernement ni mesure par notre grand chef à Ottawa, il est là d'abord. Maintenant, outre le ridicule d'un pays développé qui savait ce qui s'en venait et n'a rien fait pour s'y préparer, nous sommes devant une sorte de transmutation, soit de vrais demandeurs d'asile devenus une sorte de chair à canon pour le racket planétaire de passeurs profiteurs financiers sans conscience, au mieux.

    Il est temps de tracer la ligne-limite-frontière à l’utopie post- des Trudeau, laquelle risque bien, à terme, de virer en contre-utopie. Et la considération du (je cite) "sentiment d’insécurité qui affecte l’électeur moyen" ne doit surtout pas être vue comme une concession populiste et/ou électoraliste car il participe autant de l'instinct de survie que de ce véritable humaniste qui est encore la couleur profonde du Québec, du Canada et de tout l'Occident.

    Surtout: rappeler à Justin Trudeau n’a pas inventé (pêché tout seul) les grandes valeurs dont il se gargarise.