Trump contre tous

La guerre commerciale est désormais bien enclenchée entre les États-Unis et le reste du monde, à commencer par la Chine. À cause de l’ampleur du conflit et de ses répercussions en sol américain, le président Trump doit éteindre rapidement les feux qu’il a lui-même allumés dans la cour de ses voisins, le Canada et le Mexique.

Contrairement à leur habitude, les autorités chinoises ont répliqué rapidement aux deux salves successives de tarifs tirées par les États-Unis. Deux répliques de la même ampleur totalisant près de 60 milliards en biens importés des États-Unis qui seront frappés d’une surtaxe chinoise de 15 à 25 %, mais dont les conséquences politiques risquent de faire plus de mal à l’électorat de M. Trump qu’à celui du président Xi Jinping. Acier, aluminium, aéronefs, vins, bourbon, noix, soya… La liste est longue et concerne surtout des États républicains.

Même si le Canada n’est pas touché directement par les dernières attaques américaines, plusieurs producteurs agricoles subiront les effets des mesures de représailles chinoises. On pense aux producteurs de porc et de céréales, dont les revenus diminueront à cause d’une chute des prix si les Américains inondent les marchés de ce qu’ils ne peuvent plus vendre en Chine.

Rappelons que le Canada a aussi subi les foudres protectionnistes du gouvernement Trump dans les secteurs du bois et du papier journal, et qu’il profite seulement d’un sursis conditionnel à la signature d’un nouvel accord de libre-échange dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium.

 

De façon paradoxale, il se pourrait que cette guerre entre les États-Unis et la Chine ait un effet positif sur les négociations en cours pour le renouvellement de l’ALENA. L’hypothèse circule depuis quelques jours déjà, malgré les sorties menaçantes du président contre le Mexique et le Canada. C’est que le temps manque d’ici les élections de mi-mandat, en novembre.

Pour le moment, il reste bien des points litigieux à discuter, des demandes américaines pour la plupart, comme l’abolition du tribunal indépendant de règlement des différends (chapitre XIX) et la gestion de l’offre en agriculture.

Compte tenu des effets négatifs de la guerre contre la Chine, il semble que les conseillers du président Trump réalisent l’importance de régler rapidement le dossier de l’ALENA. Il s’agirait toutefois d’un accord de principe dont les nombreux détails resteraient à négocier. Voilà une rare bonne nouvelle dans le chaos indescriptible qui entoure la présidence américaine.

Cela dit, il ne faudrait pas que le gouvernement Trudeau accepte n’importe quoi. Dans le dossier de l’automobile, par exemple, Trump a raison de dire que l’ALENA a été rentable pour l’industrie, mais pas pour les ouvriers américains. Ni pour les Canadiens et les Mexicains, faut-il ajouter. Le prochain accord devra contenir des clauses au sujet des conditions minimales de travail pour le Mexique.

De même, il faut abolir ou à tout le moins modifier le chapitre 11, qui permet à une entreprise étrangère de poursuivre un gouvernement sous prétexte que celui-ci a adopté des mesures qui nuisent à la rentabilité. Le gouvernement Trump est-il prêt à accepter de telles modifications ?

 

La Chine mérite depuis longtemps d’être rappelée à l’ordre pour ses pratiques déloyales en matière commerciale. Trump a encore raison de critiquer l’obligation faite aux sociétés étrangères de partager leur savoir technologique comme condition pour s’installer en Chine, une pratique interdite par l’OMC.

Tous les pays développés ont été victimes, et le sont encore, d’espionnage industriel et de piratage de propriété intellectuelle. Quant à la neutralité des tribunaux chinois, on n’en parle même pas. Tout cela méritait qu’on s’y attaque. Mais pas de la façon guerrière et unilatérale qu’a choisie M. Trump.

Au lieu de tirer dans toutes les directions et de frapper les alliés traditionnels des États-Unis au passage, le gouvernement Trump aurait très bien pu élaborer une stratégie commerciale d’avenir en s’appuyant sur ses alliés objectifs que sont l’Union européenne, le Canada, l’Australie et bien d’autres pays victimes d’une Chine hégémonique. Mais non !

Donald Trump disait qu’une guerre commerciale était facile à gagner. Il n’avouera jamais le contraire, mais la réalité le fera peut-être pour lui.

5 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 5 avril 2018 01 h 58

    Quand les indices...

    commenceront vraiment à passer au rouge et commenceront vraiment à montrer la porte à Trump, ce matamore ignare et vulgaire qui assume la présidence rétrograde et belliqueuse de nos voisins américains? à temps pour rattrapper le coup ou trop tard pour ne pas reculer de 50 ans sur tous les fronts?

  • Gilles Bonin - Abonné 5 avril 2018 09 h 14

    Ajout...

    Oh! que ça patine dans la gadoue à la Maison-Blanche devant la réplique si rapide de la Chine (tout comme a surpris la réplique européenne qui a fait reculer l'administration trumpienne) - Trump et cie pensaient-ils avoir affaire à un voisin aussi docile et frileux que le Canada?. Les USA et beaucoup d'autres pays souhaitent des réformes et l'arrêt de pratiques irrégulières de la part de la Chine... ce qu'ils ont réussi à faire en partie par des méthodes intelligentes et surtout par l'inclusion de la Chine dans les mécanismes commerciaux internationaux. C'est la voie à poursuivre, mais il semble que l'ignare président américain ait décidé de bousiller tous ces efforts et veuille recommencer ce que les USA ont toujours fait: «buldozer» les autres et imposer leurs monopoles ce qui est tout aussi condamnable que certaines pratiques chinoises douteuses.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 avril 2018 18 h 36

      « L’ignare » président va gagner son pari. Les États-Unis sont le pays le plus puissant économiquement et militairement de la planète, et ceci, depuis que l’homme est sur la Terre. Les mêmes qui avaient prédit le Krach boursier sont les mêmes qui prennent pour une dictature de l’Empire du milieu qui ne fait que nous appauvrir.

      « Deux répliques de la même ampleur totalisant près de 60 milliards en biens importés des États-Unis… »

      500 milliards et plus contre 60 milliards. Cherchez l’erreur. Les Chinois ne peuvent pas gagner cette guerre économique, Wal-Mart, Apple et combien d’autres obligent. Les Chinois vendent et les Américains achètent, mais pas pour longtemps.

      N'en déplaise à nos libre-échangiste, le renouvellement de l’ALENA ne viendra pas. Dans moins de deux semaines, nous serons fixés et nous allons perdre. L’ALENA n’existait plus lorsque Trump a été élu. Celui-ci sera remplacé par des accords économiques bilatéraux.

      Pardieu, est-ce que nos mondialistes, libre-échangistes, néolibéralistes, néocolonialistes de tout acabit et nos élites de l’establishment pourraient le laisser tranquille? Il ne parle pas la langue fourchue de la très Sainte rectitude politique. Il parle aux gens ordinaires et c’est rafraîchissant.

      Même si son discours est un peu impoli, celui-ci n’a causé aucune guerre, n’a envahi et n’a déstabilisé aucun pays. Pire encore, il amènera probablement la paix en Corée et dans le Moyen-Orient. Les deux tiers des pays dans le monde ne connaissent que la force. Pour eux, la démocratie est une faiblesse.

      Juste pour dire et non pas pour rire, il vous reviendra en 2020 pour un autre quatre ans. Habituez-vous. Le monde aura changé dans moins de 7 ans, et ceci, pour le meilleur ou pour le pire.

      C’est « ben » pour dire.

  • Clermont Domingue - Abonné 5 avril 2018 10 h 32

    Transferts technologiques.

    Quand l'OMC interdit les transferts technologiques ,elle paralyse le développement des pays pauvres.Elle favorise la misère dans de nombreux pays. Elle stimule les déplacements des populations. Elle provoque d'importants conflits.

    Trump a raison. La guerre commerciale, les USA l'ont déjà perdue et c'est tant mieux. Quand réaliserons-nous que la terre est toute petite et qu'il faut jeter les clôtures par terre? Le système qui enrichit le 1% doit tomber. Il faut passer à un meilleur partage pour préserver la paix.

  • Gilles Bousquet - Abonné 6 avril 2018 08 h 38

    Après Obama...Trunp

    Après Obama le poète, Trump, l'air bête. Pauvres Américains qui avancent en arrière sauf pour les très très riches.