Succès préoccupant

L'été est toujours une saison faste pour les musées. En 2015 particulièrement. Quelque 80 000 visiteurs ont déjà goûté l’exposition Rodin au Musée des beaux-arts de Montréal. Pointe-à-Callières annonce une hausse de 30 % de sa fréquentation. Au Musée d’art contemporain, l’exposition David Altmejd a vu le nombre de visites augmenter de 71 %. À Québec, même phénomène : hausse de 16 % de fréquentation aux Musées de la civilisation, qui présentent une superbe exposition sur l’Égypte. Au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), dont le nouveau pavillon n’est pourtant pas encore terminé, on évalue à 25 % l’augmentation du nombre de visiteurs, entre autres pour Inspiration Japon.

Il faut s’inquiéter de tels chiffres. Pourquoi ? Parce que les ministres qui décident des subventions à accorder à ces institutions pourraient bien en venir à la conclusion que les compressions continuelles dans le réseau muséal, depuis une décennie, n’ont pas eu vraiment d’effet. Privément, ils pourraient se dire : « On coupe et ils réussissent quand même à attirer plus de monde ! Continuons ! »

Il ne faudrait pas nier une part d’effet météo dans ces succès. Les directeurs de musées eux-mêmes le disent ! Ce type d’été bipolaire avec alternance de pluies et de temps très chaud aide les musées climatisés. La ministre Hélène David peut donc dire merci à… El Niño.

Plus sérieusement, les hausses d’achalandage observées cet été sont aussi dues à une excellente programmation. En 2015, le MBAM a obtenu la palme de la fréquentation au Canada ; il est carrément le plus fréquenté du Dominion dans sa catégorie. À Pointe-à-Callières, on insiste : la hausse de fréquentation n’est pas limitée à la saison estivale ; l’exposition sur la Grèce a beaucoup aidé.

C’est un tour de force que les organisations muséales obtiennent de tels succès malgré toutes les coupes qu’elles ont subies. Le rapport Corbo, en 2013, avait recommandé qu’on cesse de comprimer, qu’on indexe les budgets. Certains musées n’ont pas vu leur subvention augmenter (en chiffres absolus) depuis 25 ans ! Comme si les musées n’étaient pas un facteur de démocratisation fondamental de la culture. Comme s’ils n’étaient pas un facteur important d’attraction de visiteurs de choix dans les villes. On invoque des chiffres mirobolants de retombées pour des « événements » bien moins importants. Une idée : pourquoi ne pas offrir aux musées un congé, partiel ou total, de taxes municipales ? Lorsqu’un musée la paie, il ne fait au fond que transférer à la ville une partie de la subvention venant de Québec. Dans le pacte Québec-municipalité en négociation, il faut examiner cette possibilité.

1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 1 août 2015 11 h 55

    Non, ce n'est pas juste la météo!

    J'ai personnellement visité Rodin à Montréal et l'Égypte à Québec et dans les deux cas l'exposition est excellente, les explications sont simples mais fort instructives. Dans le cas de Rodin, on suit vraiment la progression de son art, on voit des dessins de départ, on identifie les étapes de la sculptures, on voit différents essais, jusqu'à l'oeuvre final. J'ai particulièrement apprécié les explications sur «les bourgeois de Calais». À Québec, même approche pédagogique. On y voit pas les pyramides, mais on pénètre dans les origines de la magie égyptienne. De plus le prix d'entrée est fort abordable, ce qui les différencie des autres spectacles des grandes vedettes beaucoup plus chers.