Nuances de gris

Le gouvernement libéral serait-il devenu un modèle de non-intervention de l’État en matière économique ?

En entrevue à La Presse canadienne, le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, a soutenu que la stratégie de son gouvernement « n’est pas de faire du capitalisme d’État »,mais de « créer un climat favorable aux entreprises ». Selon le ministre, c’est la loi du marché qui doit choisir les gagnants, et non le gouvernement. Ce qui est vrai. De toute façon, ajoute-t-il plus naïvement — il s’en est même excusé mercredi —, les entreprises au bord de la faillite sont souvent mal gérées. « [Une faillite], ça fait surtout mal à l’ego en région, parce que quand vous êtes le roi du village, et que vous devez faire faillite, c’est difficile. »

Devant tant de franchise, le représentant du Parti québécois Pierre Karl Péladeau n’a pas manqué d’accuser le ministre de se montrer « irrespectueux » à l’endroit des entrepreneurs en région, et de dénoncer le fait que les libéraux n’ont « aucune politique économique depuis leur arrivée au pouvoir ». Ce qui est aussi vrai.

En fait, tout le monde sait que ces deux adversaires sont aussi à droite l’un que l’autre. Mais si ni l’un ni l’autre n’est porté sur l’interventionnisme à la sauce des années 70, tous les deux n’hésiteront pas à utiliser les fonds publics à des fins partisanes, sans trop de logique économique.

Le ministre Daoust a beau dire ce qu’il veut, son gouvernement reste le plus interventionniste de tous les gouvernements du Canada. Par rapport à l’Ontario, l’aide fiscale du Québec aux entreprises est globalement trois fois plus généreuse, sans que l’emploi s’en porte mieux. Pourquoi si peu de rendement ? Où sont les études qui démontrent l’intérêt de telle ou telle forme d’aide ? Quel est le plan ?

De son côté, le Parti québécois a toujours été reconnu pour son activisme économique. Il n’a jamais eu peur d’adopter des politiques de ceci et de cela, mais il ne craint pas non plus de les mettre de côté quand ses propres intérêts le demandent. Après tout, à quoi bon avoir des principes si on est pour perdre le pouvoir ?

Cela l’a parfois conduit à des bourdes monumentales comme la Gaspésia et la SGF ou encore la dernière vague d’appels d’offres pour de l’énergie éolienne et la cimenterie de Port-Daniel. Deux décisions coûteuses pour les contribuables… que les libéraux se sont pourtant empressés de reconduire.

Si le ministre de l’Économie lui-même n’est pas prêt à plancher sur une politique cohérente qui fixe des priorités et intègre les différents modes d’intervention possibles d’un État moderne, est-ce parce qu’il a une confiance inébranlable dans la sagesse du marché ou parce qu’il n’a aucune idée de ce qu’il est possible de faire de plus pour développer l’économie de son pays ?


 
4 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 5 mars 2015 08 h 12

    Quel beau et surtout pertinent...

    ...menu d'intelligentes questions que celles posées dans votre «papier» du jour monsieur Sansfaçon! Lorsqu'il est question d'argents publics, c'est toujours de notre argent dont il est question. Sa saine gestion est une affaire de responsabilité sociale individuelle et collective. En sommes-nous, à tous les niveaux sociétaux, conscients ? À cette époque où un néolibéralisme s'agite, cogite, s'articule. s'anime, comment entrevoir «...la sagesse du marché» dans un contexte de justice sociale ? J'appréhende...
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Jacques Gagnon - Abonné 5 mars 2015 10 h 19

    Dur dur

    Dur dur être chroniqueur «économique». Quand donc comprendrez-vous que les gouvernements sont interventionnistes par défaut ? L'emploi ne se porte pas mieux. Qui vous dit que cela en dépend ? Rien. Le gouvernement fédéral encourage et fait la promotion de l'industrie automobile, du pétrole albertain. Qui vous dit que ces aides ne comptent pas dans la balance ? Qui vous que cela ne pourrait être pire ?

    Il faut cesser de parler d'interventionnisme. Les gouvernements doivent s'occuper des intérêts de leurs commettants et participer aux «deals» pour lesquels ils sont toujours bénéficiaires privilégiés. Il faut qu'ils cessent de se comporter comme des monarques. Ils sont sur le même pied que nous. Nous en avons marre de ces petits barons qui n'ont rien dans leurs bagages entrepreneurials et qui font la morale.

    Une différence très reconnue entre les américains et nous, c'est le respect pour les entrepreneurs. Chez-eux on comprend que le succès dépend de trop de facteurs et on donne une chance aux entrepreneurs. Savez-vous, avez-vous la moindre idée de ce que c'est que d'être entrepreneur au Québec, surtout quand on entend les Daoust de ce monde dénigrer ceux qui en arrachent ?

  • François Beaulé - Inscrit 5 mars 2015 19 h 43

    Le ministre de l'Économie est aussi nul que le reste du gouvernement

    Ce gouvernement est sans projet et sans vision. Il ne sait pas ce qu'est une société. Il ne voit que des individus qu'il imagine absolument libres, orientant l'avenir par le simple jeu du marché économique.

    Son seul objectif est de balancer les comptes. Encore que les «investissements» dans de nouveaux hôpitaux, dans la reconstruction de l'échangeur Turcot, du pont Champlain ou d'autres infrastructures routières alourdiront la dette sans faire de déficits directement mais sans augmenter la capacité de production.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 5 mars 2015 22 h 19

    Bizarre

    je n'ai rien vue de choquant dans les propos de Mr Daoust... il a raison la plupart des faillites sont le fait (exception confirmant la regle.).. des gestionnaires qui n'ont pas pu s'adapter...et evoluer.
    C'est triste mais c'est la Loi de Darwin...
    Heureusement d'ailleurs, car des cendres des perdants naiissent des projets et des societes plus prometteurs! Sinon on irait a Quebec en Canoe ou en caleche...