Traitement du cancer - Pharmacoéconomie

La pharmacoéconomie, qui mesure la pertinence d'un médicament sous l'angle coût-efficacité, est une science essentielle mais au caractère impitoyable. Le voici qui s'entrechoque violemment avec les valeurs guidant le traitement des patients atteints de cancer, au point où des médecins s'interrogent sur le prix de la vie au Québec. La question, malheureusement, n'a rien de démagogique. Le contexte la justifie.

La toute nouvelle liste de médicaments approuvés pour traiter le cancer par l'INESSS (Institut national d'excellence en santé et services sociaux) fait sortir de ses gonds la Coalition priorité cancer au Québec, car des traitements manquent à l'appel. Ailleurs au Canada, des médicaments destinés à soulager et prolonger la vie des patients sont remboursés. Ils ont obtenu l'approbation de Santé Canada. Les recherches cliniques font état de bienfaits possibles, d'effets secondaires atténués, de progression moins rapide de la maladie. Dans certains cas, le Comité québécois de l'évolution des pratiques en oncologie (CEPO), formé d'experts, a même recommandé l'utilisation d'un traitement. Mais dans le collimateur de l'INESSS, où se croisent les valeurs thérapeutique et économique d'un médicament, tout bloque. La démonstration du coût-efficacité n'est pas probante. Résultat? Re-fu-sé!

Bien sûr, il est nécessaire que l'État s'interroge sur les moyens dont il dispose pour financer des médicaments. La pharmacoéconomie est donc essentielle. Mais elle doit venir en appui à une prise de décision guidée d'abord par l'équité, la justice, l'éthique aussi.

À cet égard, certains signaux sont inquiétants: comment le Québec en est-il arrivé à passer de «chef de file pour l'accès aux médicaments en oncologie» — l'évaluation de la Coalition priorité cancer — à l'«un des pires» au Canada? Pourquoi Santé Canada approuve-t-il des médicaments que l'INESSS écarte? Comment la valeur thérapeutique d'un traitement peut-elle différer à ce point lorsque soumise au regard du CEPO et à celui de l'INESSS? Cette portion de l'équation est troublante, disons-le. Elle en conduit même certains à dire que les évaluations de l'Institut sont trop sévères.

Dans l'opinion publique, certaines «pilules» seront toujours impossibles à avaler. Par exemple le refus d'un médicament pourtant jugé efficace parce qu'il «coûte trop cher». Deux mois de vie additionnelle n'ont pas de prix lorsqu'on vit ses derniers instants, n'est-ce pas? Les médecins ragent, car ce sont eux qui portent justement l'odieux d'annoncer simultanément que oui, un traitement existe pour atténuer la maladie, mais que non, le Québec ne l'a pas retenu. L'obsession coût-efficacité fait des ravages sur le plan humain, même si elle génère des économies.

Il faut donc espérer que c'est une véritable brèche qu'a ouverte hier le ministre de la Santé, Yves Bolduc, lorsqu'il a convenu qu'il rencontrerait sous peu les responsables de l'INESSS pour s'assurer que la valeur thérapeutique d'un médicament prédominerait toujours sur sa valeur économique. Cette attitude est pleine d'espoir, un espoir sans limites, comme celui des patients
8 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 6 octobre 2011 07 h 51

    Parlant de prix

    Si la vie n'a pas de prix, le traitement des maladies en a tout un. Sur tous les plans.

    Si la vie avait tellement de prix pour «nous, les humains, mortels et amants de mortels», en plus d'une Coalition priorité cancer, nous nous donnerions une ÉNORME Coalition priorité prévention.

    Je suis plein de compassion pour les personnes vivant avec un cancer; j'en suis.

    Je suis aussi assez lucide pour voir les nombreux intérêts en jeu, dans le traitement des maladies.

    Notre idéal : le seul intérêt du patient et de son intention.

    À quand le Sommet québécois sur la prévention du cancer?

  • Notsag - Inscrit 6 octobre 2011 09 h 19

    La vie n'a pas de prix. Vraiment???

    Votre article présente un biais en faveur des décisions de Santé Canada. Pourtant rien ne prouve que Santé Canada soit infaillible.

    Dans le merveilleux monde de la santé, on connaît trop bien la toute puissance du lobby pharmaceutique. Alors, si un organisme ose leur résister, ils n'hésiteront pas à ameuter l'opinion publique afin que celle-ci exerce des pressions en son nom.

    C'est souvent trop facile à un organisme gouvernemental de se plier à ce chantage, afin de s'éviter des "désagréments", ou parce que certaines personnes y ont trouvés un quelconque "avantage".

    Alors, qu'un organisme tel que l'INESSS ose prendre des décisions qui peuvent prêtées à controverse, pour moi, cela représente un certain courage. Je ne suis donc pas d'accord avec la conclusion que l'INESSS priorise le facteur économique sur le facteur thérapeutique. Ils ont un travail difficile à faire, et semblent avoir le courage de l'assumer.

    Qu'on le veuille ou non, la vie a effectivement un prix. Il est donc important de faire preuve de pragmatisme dans ce domaine.

    "Deux mois de vie additionnelle n'ont pas de prix lorsqu'on vit ses derniers instants, n'est-ce pas?"

    Payeriez-vous $50,000. pour avoir le plaisir d'agoniser deux mois de plus? Sachant que l'issue est inéluctable, ne préféreriez-vous pas léguer cet argent à vos enfants, plutôt que de la donner à une compagnie pharmaceutique?

    "Il faut donc espérer que c'est une véritable brèche qu'a ouverte hier le ministre de la Santé, Yves Bolduc, lorsqu'il a convenu qu'il rencontrerait sous peu les responsables de l'INESSS pour s'assurer que la valeur thérapeutique d'un médicament prédominerait toujours sur sa valeur économique."

    Voilà qui serait une véritable capitulation face au lobby pharmaceutique. Afin de l'aider à assumer ses responsabilités, le ministre a créé un organisme tel que l'INESSS. Voilà qu'il se dit prêt à le renier. C'est désespérant.

  • MCBern - Inscrite 6 octobre 2011 11 h 17

    Lobby pharmaceutique

    Le ministre Bolduc est en train de donner raison aux pressions faites par le lobby pharmaceutique. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui a vérifié qui finance la Coalité priorité cancer? Je vous laisse juger par vous-mêmes...
    http://www.coalitioncancer.com/07/partenaires-fina

  • jeanduc - Inscrit 6 octobre 2011 11 h 27

    Santé et politique

    Vous avez bien raison Mme Chouinard, la pharmacoéconomie est nécessaire. Toutefois, le système de santé est pris en otage par le politique et et le corporatif; la plupart du temps au détriment de clientèles moins politiquement rentables. À l'époque, le Dr Jean Rochon, alors ministre de la santé, faisant face à un tollé de protestations, avait battu en retraite alors qu'il invitait la population à une réflexion sur le constat que 50% des couts de santé d'un individu étaient dépensés dans la dernière année de vie. Ce genre de tabou fait en sorte que les priorités sont souvent dictées par le politiquement rentable; ce fut d'ailleurs le cas pour le financement de la fécondation assistée sous l'influence de figures médiatiques bien en vue. Ce qui est particulièrement irritant dans le rejet des quatre médicaments pour le traitement du cancer, c'est que la décision est faite en dépit d'un comité de spécialistes qui a témoigné publiquement de l'efficacité des traitements. N'étais-ce pas là une balise objective? Les faits démontrent plutôt que le cout/bénéfice n'est invoqué que lorsque la décision n'a que peu d'incidence sur la rentabilité politique. Les balises décisionnelles sont tellement floues qu'on préfère sacrifier des personnes de 45 ans afin d'éviter la pression face aux demandes de traitements curatifs en fin de vie de personnes âgées (et leur famille) qui mouraient beaucoup plus dignement réconfortés par des traitements palliatifs. J'espère que l'aspect cout/bénéfice, ne sera pas esquivé dans le rapport de la commission Mourir dans la dignité, initiée et co-présidée par la députée péquiste de Joliette Madame Véronique Hivon.