CRTC - Troublantes coïncidences

Au moment où le bureau du premier ministre Harper intervient lui-même dans le processus de nomination du vice-président du CRTC, cet organisme de réglementation des télécommunications est appelé à se prononcer sur des questions qui touchent de près les convictions idéologiques du gouvernement. Difficile de n'y voir qu'une simple coïncidence.

Plus nous nous rapprochons des élections, plus les tactiques du gouvernement Harper s'apparentent aux mêmes vieilles méthodes que tous les partis politiques ont utilisées avant lui: publicité télévisée pour vanter les programmes conservateurs, annonces à répétition de subventions dans les régions, nominations partisanes... Rien de neuf sous le soleil avec ce gouvernement, qui promettait pourtant de réinventer la façon de gouverner.

Dans le cas des nominations récentes à la tête de Radio-Canada et du CRTC, un nouvel élément vient s'ajouter aux raisons qui sont habituellement servies par les élus. Non seulement M. Harper souhaite-t-il remercier des amis de son parti, mais ce qui semble le préoccuper le plus est d'influencer les décisions de ces organisations perçues comme lui étant hostiles.

Dans le cas de Radio-Canada, le nouveau membre du conseil d'administration, M. Pierre Gingras, est un ex-député de l'ADQ, le club-école du Parti conservateur au Québec. Au CRTC, il s'agit d'un criminaliste, M. Tom Pentefountas, ancien président de l'ADQ deux fois défait aux élections provinciales.

Il n'est pas nouveau, ni scandaleux que quelqu'un qui ne connaît pas tous les rouages d'une organisation soit nommé à son conseil d'administration. En revanche, dans le cas du CRTC, le choix de M. Pentefountas comme vice-président à plus de 200 000 $ par année est tout à fait inacceptable compte tenu des exigences de l'emploi. L'homme a beau être «travaillant», disent ses amis, il ne possède aucune des compétences de base attendues pour ce poste très spécialisé. Il ne connaît pas cette industrie et encore moins sa réglementation.

Selon le député néodémocrate Charlie Angus, le milieu des télécommunications savait depuis décembre qu'on allait nommer M. Pentefountas. Cette semaine, en Chambre, le ministre du Patrimoine, James Moore, a tenté de façon bien malhabile de justifier ce choix en expliquant que le manque de connaissances dont on accuse M. Pentefountas le plaçait à l'abri des conflits d'intérêts... Peut-être, mais certainement pas des influences politiques!

La nomination d'un homme trop proche du pouvoir à la tête d'un organisme de contrôle indépendant est plus troublante encore parce qu'elle survient au moment où le CRTC est appelé à revoir plusieurs décisions qui préoccupent le gouvernement, dont celle de modifier la règle qui interdit aux médias électroniques de diffuser des informations qu'elles savent fausses ou exagérées.

Pourquoi ce changement à ce moment-ci, se demandent les fédérations de journalistes, sinon pour laisser libre cours à plus d'informations populistes inspirées de FoxNews, cette chaîne américaine qui fait son pain et son beurre des excès de ses chroniqueurs au sujet de tout ce qui est plus à gauche qu'une déclaration de Sarah Palin.

Après cinq années au pouvoir, le gouvernement Harper est plus méfiant que jamais à l'égard des médias. Cela l'amène à placer ses pions partout où leur intervention peut jouer en sa faveur, y compris dans les cours de justice et les organismes de réglementation. Voilà qui est non seulement troublant, mais de moins en moins démocratique.

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j-rsansfacon@ledevoir.com
 
5 commentaires
  • Marc L - Abonné 9 février 2011 05 h 25

    Absence totale d'éthique

    Certains semblent trouver normal que les postes soient attribuer en fonction de la couleur politique; il s'agit là d'une preuve que l'éthique est absente du processus de nomination des patrons des ministères et des agences fédérales. Un gouvernement qui n'hésite pas à placer ses amis sans compétence pertinente à la tête des différents organismes sous son contrôle démontre que son objectif premier n'a rien à voir avec la bonne gestion des finances publiques. Quel serait alors cet objectif premier des conservateurs ? Obtenir le contrôle total de l'organisme en cause; nommer un ami quelque part, mais assurez-vous que l'ami en question gouverne comme vous le lui avez demandé. La GRC a goutté à cette façon de faire des conservateurs avec la nomination de William Elliott en 2007.

  • Alain D'Eer - Abonné 9 février 2011 07 h 15

    inquiétude

    Je trouve cela très très inquiétant pour la santé démocratique du Québec et du Canada.
    La canadianisation de l'information à Radio-Canada est irritante et déplorable à souhait, mais les nominations partisanes et surtout les changements de règlementations du CRTC sont le présage à une dégradation malsaine et préjudiciable de la qualité de l'information dans la confédération.

  • Claude Archambault - Inscrit 9 février 2011 08 h 57

    M Alain D'Eer

    Vous exprimez votre inquiétude : 'La canadianisation de l'information à Radio-Canada est irritante et déplorable à souhait'

    Ce serait le contraire qui serait inquiétante, qu'une société d'état payé à même avec l'argent des contribuable canadien qui travaillerais contre le pays.
    L'information à R-C se doit d'être soit neutre ou à la rigueur quand la situation le permet être pro canadienne et anti séparatiste. Le mandat de la SRC est l'unité national. Elle s'adresse à tout le pays pas juste au petit Québec!

  • Bernard Gervais - Inscrit 9 février 2011 09 h 27

    Comme le faisaient les libéraux...

    Que ce soit au Sénat , à la direction de la Société Radio-Canada/CBC ou à celle du CRTC, le premier ministre Harper nomme ses amis...

    Exactement ce qu'il reprochait aux libéraux de faire quand ceux-ci formaient le gouvernement !

  • André Loiseau - Inscrit 9 février 2011 16 h 02

    Le renard et ses poules



    Il est nécessaire que le fascisme conserve toujours son vernis démocratique pour sauver la mise au totalitarisme qui s'implante. Harper est un fin renard qui connait l'échiquier. Il a lu d'autres livres que ceux que Yann Martel lui a offert.
    Depuis Machiavel, relisons nos classiques et apprenons de cette "histoire" que l'on ne nous enseigne plus. Les arabes, tant dépréciés, en occident n'aurait jamais enduré pareil gouvernement en Égypte. Il est vrai qu'ils sont moins endormis que nous par le confort et l'indifférence...