Réforme financière d'Obama - Trop peu trop tard

Au cours de l'allocution qu'il a prononcée devant le gratin de la finance, le président Obama s'est montré ferme sur les principes, mais bien timide ou modeste pour ce qui a trait à la traduction dans les faits de ces mêmes principes. En clair, un an après la déconfiture de Lehman Brothers, pratiquement rien n'a changé.

Il y a un an et un jour, Lehman Brothers sombrait. Dans les 48 heures suivant sa mise en berne, le géant de l'assurance AIG évitait la guillotine des marchés grâce à un prêt octroyé, à petit prix, par le gouvernement fédéral. Le montant? 85 milliards. Simultanément, les autorités forçaient la vente de Merrill Lynch à Bank of America en plus de débloquer une ligne de crédit, à faible intérêt, d'un montant avoisinant les 800 milliards. Pour le bénéfice de qui? Des mastodontes ayant pignon sur rue à Wall Street et non à Main Street à Pittsburgh ou à Cleveland.

De cette tragédie financière, car c'en est une, deux ou trois aspects doivent être rappelés. Tout d'abord, que Bear Stearns et Lehman se sont noyés pour avoir consommé davantage de produits dérivés que leurs concurrents dans l'espoir de les rattraper. Ensuite, que les interventions du gouvernement ont été commandées par le principe du too big to fail (trop gros pour tomber). Autrement dit, les gros joueurs de Wall Street ont été les principaux bénéficiaires de l'action de l'État. Enfin, les cultures de salaires et primes étaient pointées du doigt parce qu'ayant encouragé une prise du risque irresponsable. Quoi d'autre? Ici et là, on se promettait de nettoyer les écuries d'Augias du grand capital en lui administrant une bonne leçon d'éthique.

Un an plus tard, ou plus exactement après le discours d'Obama, un constat s'impose: les patrons des établissements financiers et les courtiers drogués aux primes se déclinant en millions peuvent dormir tranquilles. La réformette envisagée par Obama ne devrait pas altérer leur quiétude. Certes, une loi balisant l'émission de cartes de crédit et une autre interdisant le short selling, la vente à découvert, ont bien été votées. Mais pour le reste, l'essentiel, ce sera business as usual.

Prenons l'annonce selon laquelle une agence de protection des consommateurs sera créée. En fait, l'agence en question va regrouper les diverses administrations chargées au sein de diverses institutions publiques de protéger le consommateur. Là, on est plus dans la logique, la rationalité que dans l'innovation. Les produits dérivés, les produits toxiques conçus pour être incompréhensibles au commun des mortels et que l'on sait être en grande partie responsables de la crise étaient dérégulés, et... vont le rester!

En ce qui concerne les agences de notation qui méritent la note que l'on inflige aux cancres pour avoir ignoré, pour avoir sous-évalué les risques inhérents et non afférents aux subprimes, on demeure dans le vague, le nébuleux. Enfin, les salaires et primes des cadres et courtiers. Sur ce sujet, le chef de l'éxécutif prévoit une loi permettant aux actionnaires d'approuver ou non les montants. Il n'est donc toujours pas question de les plafonner.

Sur ce front, il faut s'attendre, voire espérer, que lors du G20 qui se tiendra à Pittsburgh la semaine prochaine, les Européens du continent attaquent frontalement les États-Unis. Sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy d'abord et d'Angela Merkel ensuite, les pays membres de la zone euro ont décidé de limiter les salaires et primes en mettant l'accent sur leurs conséquences perverses. En tant que responsables d'une crise financière ayant traversé les océans, les États-Unis ont l'obligation de modifier leur position. Si tel n'est pas le cas, c'est qu'ils se sont abonnés discrètement au cynisme.