Se rafraîchir la mémoire

La décision du gouvernement québécois de faire de la fête de la Reine la «Journée nationale des Patriotes» aura fait sourciller certains. Ne nions pas que le premier ministre Bernard Landry ait pu vouloir faire vibrer la fibre nationaliste des Québécois pour qui la Rébellion de 1837 demeure un moment repère de leur histoire. Peut-être même a-t-il voulu faire un pied de nez au Canada anglais qui tient si fort au symbole que représente la monarchie. Chaque peuple fondateur a droit à ses symboles et on ne chicanera pas les Québécois de préférer les Patriotes de 1837 à Victoria montée sur le trône britannique la même année.

L'institution de cette «journée nationale» vient combler un vide. Aux États-Unis, les fêtes à caractère historique sont nombreuses. On célèbre ainsi le 12 octobre la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. Les jours anniversaires de la naissance de George Washington, de Abraham Lincoln et de Martin Luther King sont jours fériés. Ici, à part nos deux fêtes nationales du 24 juin et du 1er juillet qui se font concurrence, il n'y avait pas de jour de fête qui aurait pu donner un sens à notre devise «Je me souviens». La pauvreté de notre culture historique étant ce qu'elle est, on ne contestera pas cette décision si tant est qu'elle nous permet de nous rafraîchir un peu la mémoire.

Une réaction spontanée venue du président d'Alliance Québec, Brent Tyler, illustre bien cette méconnaissance de notre passé. Y voir un «appel à l'aspect ethnocentrique de notre histoire» n'est certainement pas fidèle à la réalité. Non, M. Tyler, les communautés anglophone et francophone n'ont pas toujours été dans des camps opposés. En 1837, elles partageaient un même désir d'émancipation à l'égard de la métropole. S'ensuivit ce que l'on sait: la pendaison de 12 rebelles, la déportation d'une soixantaine d'autres, le rapport Durham, le régime d'Union, puis la Confédération.

L'émancipation réclamée par les Patriotes de 1837 est chose acquise depuis longtemps, diront certains. D'autres prétendront qu'elle ne le sera complètement que lorsque le Québec sera indépendant. Ces divergences de vue sur l'avenir ne sont pas une raison pour occulter une période de notre histoire porteuse de grands changements.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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