Fragile accord

Après un an d'impasse politique ponctuée d'affrontements sanglants, les factions rivales palestiniennes du Fatah et du Hamas ont conclu leur rencontre de La Mecque par un accord.

Essentiellement, pour ne pas dire seulement, celui-ci prévoit la formation d'un cabinet d'union nationale d'ici cinq semaines. Reconduit à son poste de premier ministre, Ismaïl Haniyeh va présider à ce processus qui s'annonce aussi complexe que délicat. Et ce, pour deux raisons: Israël et la direction de la sécurité palestinienne. Commençons avec Israël.

Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas avait exprimé son souhait que le Hamas «adhère» aux principes contenus dans les ententes signées par l'OLP et Israël. Ce souhait s'est transformé en contrariété. Plutôt que de donner satisfaction à Abbas, la direction du Hamas a opté pour le louvoiement, du reste très sibyllin: on «respecte» mais on n'adhère pas. Ainsi, le Hamas évite ou plutôt refuse encore une fois de reconnaître l'existence d'Israël.

Ce faisant, il place Abbas devant un mur de difficultés. En effet, c'est à lui, en tant que président de l'Autorité palestinienne, qu'incombe la responsabilité des affaires extérieures. Autrement dit, il est responsable des pourparlers avec Israël, bien évidemment, mais également avec les États-Unis et l'Union européenne. Bref, avec le Quartette. Or ce dernier a toujours dit et répété que l'allocation de soutien matériel et financier, gelée depuis la victoire du Hamas aux législatives de l'hiver dernier, était conditionnelle à la reconnaissance du droit d'Israël à l'existence.

De fait, il serait étonnant que le président Abbas obtienne une levée de l'embargo, décrété par le Quartette, lors des discussions qu'il aura dans une dizaine de jours avec la secrétaire d'État Condoleezza Rice et le premier ministre Éhoud Olmert. Car, outre la reconnaissance d'Israël, le Hamas s'est bien gardé de donner des gages sur le front de la sécurité.

En effet, cette organisation a pris un soin particulier à ne pas emprunter une voie qui l'aurait tôt ou tard obligée à remettre ses armes et à ordonner à ses militants d'intégrer les forces officielles. On se rappellera que selon les termes de la Constitution palestinienne, les affaires internationales et la sécurité sont la chasse gardée du président et non du premier ministre.

Toujours est-il qu'à La Mecque, le Fatah et le Hamas ont convenu de ceci: c'est au premier ministre que reviendra le droit de proposer la nomination d'un individu appelé, si le Fatah l'accepte, à être ministre de l'Intérieur. Signe particulier: il ne devra pas être membre du Hamas ou du Fatah. Mais le bouquet de cette histoire est sans contredit ce qui suit: le Hamas et le Fatah n'étant pas dans l'obligation de désarmer, ce ministère se résumera à une coquille vide.

Cela étant, lorsqu'on fait la somme des accords intra-muros morts-nés que les organisations palestiniennes ont signés par le passé, on peut se demander si le dernier de la série dépassera le temps d'une saison. En effet, s'il a permis de consolider la dernière trêve, il n'annonce pas la reprise sur des bases solides des négociations avec Israël. Pour l'heure, le doute l'emporte sur l'espoir.
1 commentaire
  • David Fitoussi - Inscrit 10 février 2007 11 h 50

    Accord dites-vous?

    Le prétexte du boycott du gouvernement Hamas était à l'origine la non reconnaissance de l'État d'Israël, la stratégie la violence et le non respect des accords de paix précédents. Conclusion : Aucun des derniers points n'a abouti à un accord. Tout au mieux, il s'agit d'une avancé pour créer un gouvernement national afin de ralentir les tensions inter palestinienne et recouvrer l'aide financière du Quartet.

    Or, comme le souligne votre article, non seulement l'accord est fragile mais en plus il met le quartet et Israël dans l'embarras. En ce qui concerne le quartet celui-ci risque d'être mis en accusation de ne pas être sensible à la souffrance des palestiniens et incidemment de perpétuer les tensions inter palestinienne s'il ne redistribue pas l'aide financière. D'un autre coté rétablir l'aide financière sans reconnaissance de l'État d'Israël serait d'un point de vue occidental comme une stratégie pour renfoncer le Fatah de Mahmoud Abbas considéré comme plus modéré.

    Pour le Hamas, par contre, ce serait tout simplement une victoire politique pour justifier son irrédentisme politique. Pour les États du Quartet plus favorables à la reprise du soutient financier (la Russie et la France notamment) le principal argument serait de percevoir un progrès du Hamas - même modeste- vers une reconnaissance implicite de l'État d'Israël et un terme des souffrances du peuple palestinien.

    Pour les américains et les israéliens cette dernière stratégie permettrait de renforcer le Hamas sur le plan politique et militaire. En somme, les israéliens voient dans l'accord du gouvernement palestinien d'union nationale une « libanisation » politique qui à défaut de renforcer les modérés renforce les extrêmes. En effet, tous échecs des négociations entre les israéliens et le Fatah serait alors la preuve pour le Hamas que sa stratégie reste la seule alternative. En cas d'accord par contre le Hamas serait assez puissant pour ne pas les accepter.

    Comme quoi la démocratie dans le monde arabe en général et plus spécifiquement au sein de la société palestinienne est loin d'être le principal promoteur d'un dénouement pacifique du conflit israélo-arabe. Mais il s'agit d'un autre débat.

    David. F
    Gan-Yavneh
    Israël