L'offensive saoudienne

Rarement l'Arabie saoudite aura été aussi active en matière diplomatique que ces temps-ci. Entre son rôle au Liban et les aller-retour d'émissaires de Riyad à Téhéran en passant par Le Caire, sans oublier l'organisation d'une rencontre palestinienne à La Mecque, le royaume wahhabite s'agite sur bien des fronts afin de contrer la montée en puissance de son ennemi héréditaire: l'Iran chiite.

Très récente, cette fièvre politique a une origine aussi datée qu'officielle, c'est-à-dire le sommet des principales nations sunnites à Riyad en juin dernier. Au terme de celui-ci, les chefs d'État saoudien, égyptien et jordanien avaient alors confié une inquiétude: que l'Iran parvienne à dominer une région partant des provinces de l'est de l'Afghanistan, là où les chiites sont majoritaires, au littoral libanais de la Méditerranée, sans oublier la Syrie. Pour reprendre l'expression du roi jordanien, on craignait «l'émergence d'un croissant chiite».

Au cours des mois antérieurs au sommet de Riyad, les autorités saoudiennes avaient noté de la part de la minorité chiite de leur pays une effervescence politique qui contrastait passablement avec la passivité qui l'avait jusqu'alors caractérisée. Sous l'impulsion de l'Iran, plus précisément du président Mahmoud Ahmadinejad, les chiites saoudiens, aux prises avec une ségrégation quotidienne, se sont mis à revendiquer l'égalité de traitement avec les sunnites. Cet éveil à la contestation avait alors passablement inquiété le gouvernement saoudien. D'autant plus...

D'autant plus que celui-ci observait une réduction de son influence aussi bien au Liban que dans les territoires palestiniens, au profit de l'Iran. Mais c'est évidemment l'évolution des événements en Irak qui a fini par convaincre les princes saoudiens qu'ils ne pourraient pas faire l'économie d'un autre rapport de force avec Téhéran. Autrement dit, ils se sont retrouvés dans l'obligation de réagir à visage, si on ose dire, découvert.

Il faut préciser que, fort de sa réalité géographique, l'Iran a disposé ses pions de façon à être la puissance géopolitique des environs. Si on s'attarde à la situation, toujours géographique, de ce pays et de l'Arabie saoudite, on constate, au vu des résultats, que l'Iran a fait sien l'adage selon lequel tout pays est condamné à mener la politique de sa géographie.

Ce retard par rapport à son principal concurrent, les wahhabites essayent depuis peu de le combler. Dans un premier temps, ils ont procédé à un changement des dirigeants et hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères et de la Sécurité. Après quoi ils ont pris l'initiative, du reste assez spectaculaire, de convoquer les chefs du Hamas et du Fatah à La Mecque.

Si l'accord portant sur la formation d'un gouvernement d'union nationale, signé hier soir entre les parties, tient la distance, alors évidemment l'Arabie saoudite en retirera tous les avantages. Pour l'heure, elle semble avoir gommé un peu de l'ascendant que l'Iran détient sur le Hamas.
2 commentaires
  • Féridoun Babai - Abonné 9 février 2007 09 h 36

    L'Iran et l'Arabie ne sont pas des ennemies héréditaires

    Je lis vos articles et souvant je les trouve avec des préjugés contre l'Iran et le monde islamique.Je vous conseille de lire les articles de votre collegue F.B. et autres sources non-americaines, pour équilibrer un peu votre opinion sur ce monde compliqué et complexe.
    F.Babai

  • nilo - Inscrit 9 février 2007 15 h 56

    Un plan alternatif?

    Une alternative aux GES ?

    Une clef parmi d'autres d'apaisement au Moyen-Orient se cache en Amérique du Nord. Nos voisins, les USA, représentent 6% de la population mondiale. Ils consument dans l'atmosphère 26% des hydrocarbures de la planète. S'il avait une population comparable aux USA, le Canada ferait-il mieux ? Le président Bush vient de s'engager à réduire la dépendance Américaine du Moyen Orient de 75% au cours de la décennie... mais cela change-t-il la donne, cela soulage-t-il la pression sur les communautés humaines ?

    Qu'il suffise de penser aux effets de la décision du président Bush sur le Canada et la santé de l'air des Canadiens. Le feu vert à l'exploitation des Sables bitumineux de l'Alberta contraint le premier ministre Harper à s'opposer à Kyoto, à devoir déclarer que « la protection de l'environnement ne se fera pas au détriment de "l'économie" », avec, à la clef, la posture conséquente du ministre de l'environnement, qui doit manoeuvrer le bateau canadien pour insérer le nucléaire dans la filière d'extraction des sables bitumineux, question de moins polluer... ce qui relègue les énergies renouvelables à la maternelle. Les experts nous disent que les réacteurs nucléaires actuels sont jugés jusqu'à 200 fois moins efficaces que les réacteurs projetés pour l'an 2050. Se pourrait-il que Gentilly soit un dinosaure à remettre dans sa caverne, avant que nos descendants nous houspillent?

    Même à cela, la voie nucléaire, évoquée clairement par monsieur Bush, ne changerait rien à l'escalade de pollution atmosphérique, car même servis plus efficacement avec du pétrole canadien « nuclear clear », nos voisins du sud continueront à bouffer plus ou moins le quart des hydrocarbures de la Planète et de subir eux-mêmes en premier les effets sociaux et sanitaires dévastateurs de la pollution atmosphérique engendrés par le pétrole des voitures et des systèmes de climatisation, et nous, Canadiens, d'avoir des GES à ne savoir qu'en faire dans nos poumons. Et puisque nous vivons les effets des politiques de nos voisins, et puisque nos échanges commerciaux sont énormes, nos comportements de consommateurs et d'automobilistes seront sensiblement les mêmes qu'eux.

    Quand monsieur Harper déclare que l'environnement ne devra pas causer de préjudice à l'économie, il nous envoie un signal d'alarme important à entendre, car on se serait plutôt attendu à un énoncé contraire. En effet, un élève de secondaire V vous dira qu'il lui convient de vivre moins richement s'il a droit en contrepartie à un air sain et de se passer plus tard de pompes pour asthmatiques qui coûtent un bras en plus du handicap.

    Le noeud du problème, le président Bush l'a clairement exprimé lors d'une audience devant le Congrès. "We are addict to oil". Cette addiction, il ne l'a cependant pas décrite comme une maladie sociétale, ni comme une cible. Il l'a plutôt utilisée comme arme de persuasion pour sa politique intérieure (vous ne manquerez de rien) et comme justification de sa politique extérieure (j'ai un plan alternatif pour sécuriser nos approvisionnements). Et c'est là que se situe le problème... Pas que monsieur Bush ait à ce moment tourné le regard vers le Canada, ni même que sa condition ait été que le raffinage se fasse au Canada, parce que les Sables Bitumineux sont trois fois plus polluants que le pétrole conventionnel, mais problème quand même, parce que la donne environnementale demeure inchangée. Un jour, lointain ou prochain, les Etatsuniens comme les Canadiens devront se rendre compte qu'ils sont amenés, qui par habitude, qui par conditionnement, à jouer chaque jour entre le "high" de plaisir que procure l'automobile et le "down" de peur que de manquer de pétrole, assorti de la gêne de notre comportement. Devoir brûler énormément de pétrole pour se déplacer et jouir de moments de détente et devoir brûler énormément de pétrole pour sécuriser, par des dépenses de guerre, des approvisionnements pétroliers sans issus pour l'avenir humain.

    Pourtant, s'il est vrai l'adage selon lequel « tout pays est condamné à mener la politique de sa géographie », alors les USA comme le Canada, mènent une politique anachronique. En effet, quel pays au monde a la chance d'avoir une vue ouverte sur l'Atlantique et le Pacifique, un accès commercial au St-Laurent, via le Canada et le Québec. Quel pays au monde a la possibilité immédiate et sans contrainte, d'aller de l'avant avec la filière marée motrice, la filière éolienne, la filière solaire. Chaque État Canadien ou Américain jouit de l'autonomie politique et juridique pour ce faire. C'est probablement en ce sens que vont les démarches des sénateurs et congressmen des États de la Nouvelle Angleterre qui ont prié le Gouvernement Américain de regarder de plus près la manne éco-énergétique que recèle la géographie unique du pays, le leur, tout comme le Canada et le Québec.

    Au demeurant, ce sont les citoyens électeurs Américains et Canadiens, et chez nous, les Québécois, qui avons ce pouvoir immense de faire baisser la pression internationale en prenant conscience que nous avons chez nous de quoi vivre plus que décemment, tout simplement en acceptant de nous doter de politiques qui soient en harmonie avec notre géographie.

    Oneil Bouchard