Gros problème

La lutte contre le surpoids a longtemps été une quête individuelle; elle est maintenant une préoccupation de santé publique, d'autant plus importante que l'augmentation du nombre d'obèses ne se dément pas, comme vient encore de le démontrer l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de Statistique Canada. Qu'attend-on pour mettre en oeuvre des politiques conséquentes?

L'enquête bisannuelle de Statistique Canada sur la santé regorge de données, mais ce sont les perspectives qu'elle ouvre sur demain qui sont les plus révélatrices. Ainsi, on y constate que les jeunes écrasent: ce n'est plus à la mode de fumer (du tabac, du moins... ) parce que ça pue, ça fait jaunir les dents, c'est mauvais pour la santé, etc. L'intérêt de cette «tendance», c'est qu'elle aura des effets durables puisque 80 % des adultes qui fument ont commencé très tôt. Traverser l'adolescence sans avoir touché à une cigarette — ce qui est maintenant le cas de 82 % des jeunes —, c'est être inoculé à vie contre un produit nocif. C'est la meilleure politique antitabac qui soit.

Par contre, nos jeunes aux poumons roses s'arrondissent: en deux ans, c'est même chez les adolescents qu'on a enregistré la plus forte hausse de l'obésité au pays. En 2003, 16,6 % des jeunes de 12 à 17 ans pouvaient être qualifiés d'obèses; en 2005, c'est le cas de 17,9 % d'entre eux. Cette donnée devient encore plus inquiétante quand on prend en compte le contexte dans lequel elle s'inscrit.

Au Canada, on comptait 14 % d'obèses en 1978, selon des mesures prises sur la balance par des enquêteurs de Statistique Canada. En 2005, toujours à partir de mesures réelles, ce pourcentage atteint les 24 %. En fait, jamais les populations, collectivement, n'ont pesé aussi lourd: le phénomène, d'abord associé à l'Amérique du Nord, a rejoint l'Europe et commence à s'étendre au monde entier. Les experts se chicanent sur les différents aspects du phénomène, mais un fait est avéré: il suit la route d'implantation des McDo!

En riposte se multiplient donc les démonstrations en ce qui a trait à l'importance de bouger, de bien s'alimenter, et aux risques, sérieux, du surpoids pour la santé. Cette stratégie a eu un impact dans la lutte contre le tabagisme; en matière d'alimentation, c'est un échec total. Plus que jamais auparavant, les gens ont une «alimentation de congélateur», consommant à satiété des produits transformés, quitte à les compléter de carottes bio de temps à autre. Et rien n'indique qu'un renversement de tendance poindrait à l'horizon. Au contraire! Il est d'ailleurs remarquable, dans l'enquête de Statistique Canada, de voir que depuis 2003, la consommation quotidienne de fruits et légumes n'a presque pas bougé: 41 % des Canadiens disent en manger au moins cinq fois par jour, contre

39 % deux ans plus tôt. Quant à l'activité physique, on en est au même point: 51 % des répondants se disaient actifs en 2005; ils étaient 50,3 % à répondre de même en 2003!

Dès lors, les solutions ne sont pas si nombreuses. Le prêchi-prêcha, on le constate, n'a pas d'effet, et stigmatiser les gros est tout aussi inefficace, comme l'illustre à merveille l'industrie de la mode. Depuis les années 60, celle-ci porte aux nues les filiformes et les quasi-anorexiques en méprisant toute autre silhouette. Résultat: la cliente ne maigrit pas, elle déprime!

Il reste donc à agir sur l'environnement. Au sens propre d'abord: il devient de plus en plus inconcevable que l'aménagement de nos villes, et surtout des banlieues, soit toujours conçu en fonction de la voiture. Alors qu'il faudrait remettre la population en marche, nos élus ouvrent les bras à Wal-Mart, où on ne se rend pas à pied, sous-financent les transports en commun, investissent dans un pont vers Laval et laissent bâtir des champs de condos plutôt que de favoriser la conception de quartiers qui ont une vie.

De façon plus générale, une foule de politiques pourraient être imposées à l'industrie alimentaire et de la restauration. Ainsi, une enquête menée par des chercheurs danois, dont Le Devoir faisait état en avril, a démontré qu'à travers le monde comme au sein d'un même pays, le taux de gras trans des frites varient — fortement! — d'un McDo à l'autre. Voilà la preuve, en dépit des objections de l'industrie, que la chose se contrôle! Mais à la condition de forcer la main aux entreprises qui — une autre enquête, britannique celle-là, l'a aussi démontré récemment — ne bougeront pas autrement.

Justement, on attend ces jours-ci le rapport d'un groupe de travail fédéral sur les gras trans. Que recommandera-t-on au gouvernement: d'oser imiter le Danemark et de carrément les interdire au pays? Parions que ce sera trop demander à un gouvernement de droite. C'est pourtant la voie qui s'impose. Hélas, en ces matières — on l'a vu à Québec, qui n'a même pas su trancher sur la malbouffe dans les écoles —, nos élus sont vraiment en retard d'une taille ou deux.

jboileau@ledevoir.ca
1 commentaire
  • Michel Trahan - Inscrit 15 juin 2006 09 h 07

    Combattre l'obésité par $$$

    Je suis des gens qui supporte le concept de l'utilisateur payeur, du genre vous avez un mauvais dossier de conduite et bien votre permis et votre assurance devraient coûter plus chère. Si l'on applique la même logique à l'obésité, les « grosses » personne devraient avoir une surtaxe à payer puisque qu'ils sont plus à risque! OK-ok, j'entends déjà les groupes de pressions dire que c'est du harcèlement et de la discrimination.

    Alors pourquoi de pas donné un crédit d'impôt aux gens qui font attention à leur corps et à leur santé? Il ne faut pas ce le cacher, l'obésité est un choix. Le choix de mal s'alimenter, le choix de prendre de trop grande portion, le choix de ne pas faire assez d'exercice.

    Michel,
    Montreal.