Stress salarial

Les pressions haussières sur les salaires restent vives, oscillant entre rattrapage inflationniste, rétention des employés et postes vacants records à pourvoir. Très peu de signaux émergent encore de l’impact qu’aura la récession dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre.

La 40e enquête annuelle de LifeWorks sur les projections salariales touchant les employés non syndiqués fait ressortir une hausse moyenne anticipée du salaire de base de 3,93 % (excluant les gels salariaux) l’an prochain à l’échelle canadienne. Pour 2022, les projections initiales portaient sur une hausse moyenne de 2,67 %, mais les tensions sur le marché du travail combinées à la montée du coût de la vie expliquent que l’augmentation réelle a été de 4,01 %.

Le Manitoba (4,75 %), la Nouvelle-Écosse (4,22 %) et le Québec (4,16 %) sont les trois provinces où l’on prévoit la plus forte augmentation du salaire de base moyen pour 2023, indique la firme de consultants en ressources humaines.

À titre de comparaison, cette hausse annuelle du salaire de base s’est maintenue autour de 2,6 % de 2018 à 2021 à l’échelle canadienne.

Quasi-absence de gels salariaux

 

Fait intéressant, l’année 2023 devrait être marquée par une quasi-absence de gels salariaux. Un fait presque sans précédent. Ainsi, à peine 1,5 % des organisations sondées indiquent prévoir geler les salaires, alors que 12 % demeurent indécises. Cette année, 5,7 % des organisations ont emprunté la voie du gel salarial, contre 12 % en 2021, 36 % au plus fort du déclenchement de la pandémie en 2020, et 4 % en 2019.

Dans sa présentation, LifeWorks ajoute que 91,9 % des employeurs du Québec qui ont participé à son enquête ont dit non à un gel salarial en 2023.

L’inflation et la pénurie de main-d’oeuvre maintiennent ainsi leur pression sur les employeurs. D’ailleurs, 65 % des organisations indiquent une augmentation des coûts de rémunération résultant de la pression du marché. Et 58 % évoquent le besoin de rajuster les salaires des employés actuels pour être équitables avec celui des nouveaux employés.

Avant LifeWorks, l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés avait également publié ses projections pour les employeurs du Québec. On y anticipait des augmentations salariales moyennes de 4,1 % l’an prochain, légèrement supérieures aux prévisions pour l’ensemble du Canada. « La hausse moyenne prévue au Québec est la plus élevée enregistrée depuis au moins 2008, souligne l’Ordre. Ces prévisions se situent par ailleurs dans la continuité des augmentations salariales réellement accordées en 2022. Selon les derniers sondages éclair provenant des firmes-conseils qui participent à l’enquête, l’augmentation moyenne des budgets variait entre 3,7 et 4,5 %. »

Main-d’oeuvre et coût de la vie

La rareté de la main-d’oeuvre pèse de tout son poids. À un point tel que les budgets supplémentaires visant les embauches concurrentielles et la fidélisation d’employés clés ou performants restent très élevés dans la politique salariale des entreprises.

S’ajoute la flambée du coût de la vie, devenue la principale cause du stress financier des employés.

L’Institut national de la paie disait mardi qu’avec les taux d’intérêt et l’inflation en hausse, les bureaux maintenant rouverts et les dépenses en augmentation, l’effet de richesse engendré par la pandémie se dissipe rapidement. Le sondage annuel de l’Institut, enrichi par une analyse du Laboratoire de bien-être financier du Canada, « révèle que le nombre de personnes vivant d’un chèque de paie à l’autre a augmenté de 26 % par rapport à l’année dernière ». Certes, les ménages à revenu plus faible sont dominants dans le groupe se disant en difficulté financière, mais « il reste encore une proportion importante (41 %) de ceux du groupe en difficulté financière déclarant un revenu annuel du ménage supérieur à 100 000 $», ajoute l’institut.

Tous ces enjeux salariaux sont désormais à mettre dans la perspective d’une dialectique récession-pénurie de main-d’oeuvre record.

D’ailleurs, Statistique Canada soulignait également en juin que les plus forts gains salariaux ont été constatés parmi les emplois non syndiqués — près du simple au double avec les employés syndiqués —, tout en rappelant que « bien que la couverture syndicale puisse accroître la capacité des employés à négocier des hausses salariales plus marquées, ces augmentations peuvent être retardées jusqu’à l’expiration des conventions collectives et jusqu’au début d’un nouveau cycle de négociations collectives ».

Selon une extrapolation faite à partir des données du ministère québécois du Travail, plus du tiers des conventions collectives enregistrées arriveraient à échéance en 2022 et 2023.

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