Du programme au quotidien financier

La semaine dernière, je lançais un appel à résister aux promesses faciles et au marketing alléchant des baisses d’impôts dans notre réflexion électorale. Mais la fiscalité n’est pas la seule dimension des programmes des partis à prendre en considération quand il s’agit d’en mesurer l’impact sur notre quotidien financier. Cette semaine, je propose donc de faire cet examen du point de vue des familles.

L’éducation reste parmi les délaissés de la campagne, alors qu’elle devrait trôner à la cime de nos priorités. Selon le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec, l’augmentation de la diplomation facilite non seulement l’accès à des emplois plus intéressants, mais favorise aussi l’amélioration des conditions de vie, une espérance de vie plus longue et une vie citoyenne plus riche.

S’il est vrai qu’un diplôme n’est pas nécessaire pour créer de la richesse ou réussir en affaires, une population éduquée fait de meilleurs choix économiques et financiers, tant collectifs qu’individuels. En parcourant le programme des partis, on constate que les engagements en matière d’infrastructures sont plus ambitieux chez ceux qui sont plus discrets quant aux défis entourant la formation d’enseignants de qualité et la qualité des prestations. C’est à réfléchir.

Chose certaine, il faudrait profiter de la dernière semaine de campagne pour aborder le débat sur ce que plusieurs appellent le « système à trois vitesses », particulièrement observable au secondaire. Il est légitime qu’individuellement, nous souhaitions offrir le meilleur à nos enfants. Mais, collectivement, ne gagnerions-nous pas à favoriser l’ensemble des enfants de tous les milieux ?

Je vois régulièrement des parents qui sont déchirés par le fait de consacrer des sommes importantes pour éduquer leurs enfants au privé au détriment de leur propre sécurité financière et de leur préparation à la retraite. J’en vois d’autres multiplier les détours — avec pertes de temps et d’argent — pour permettre à leurs enfants de fréquenter une école publique dotée de programmes particuliers plus attrayants.

Québec solidaire est clair sur ce sujet : la formation souhaite mettre fin au financement des écoles privées, alors que le Parti libéral du Québec s’engage à offrir l’accès gratuit à un projet pédagogique particulier dans les écoles publiques, jusqu’à concurrence de 5000 $. 

Une dernière petite chose à propos d’éducation. Serez-vous surpris de lire que le cours d’économie de 5e secondaire a été parmi mes préférés ? J’y ai appris comment préparer un budget (et j’ai compris que la vie coûtait pas mal plus cher que je ne le croyais !) et les bases du système économique. Je lance l’appel naïf aux candidats pour qu’ils s’engagent en faveur de son retour dans le cursus !

Être capable de se nourrir

 

Le panier d’épicerie coûte et coûtera de plus en plus cher, les familles n’y échapperont pas. Nous sommes heureusement « bénis » de vivre dans un environnement aussi riche avec des productions agricoles diversifiées gérées par des familles d’entrepreneurs locaux. Applaudissons les mesures qui visent à soutenir leur travail et à protéger nos terres agricoles.

La Coalition avenir Québec souhaite investir dans l’agriculture durable et ajouter 50 millions de dollars pour aider la relève à acquérir des terres agricoles. Elle veut aussi élargir le programme « L’agroalimentaire s’invite à l’école » afin que les élèves du primaire aient l’occasion d’entrer en contact avec les producteurs locaux et d’en apprendre davantage sur l’alimentation, le compostage, le jardinage et l’achat local.

Le chef, François Legault, compte investir 175 millions de dollars supplémentaires dans l’autonomie alimentaire du Québec. Une politique d’achat alimentaire local dans le secteur public serait implantée par QS, avec une cible de 70 % d’aliments locaux et de 50 % de repas d’origine végétale. Le parti bloquerait aussi l’étalement urbain et « l’empiètement des villes » sur les terres agricoles.

Fonder une famille

 

Combien ça coûte, faire des enfants ? La réponse varie d’une famille à l’autre, mais il est évident que cela coûte plus cher que de ne pas en avoir. Tous les partis disent vouloir bonifier et/ou solidifier le réseau des places en garderie subventionnée et en CPE (sauf le Parti conservateur du Québec). Par ailleurs, la CAQ a annoncé son intention de bonifier le programme d’allocations familiales, le PLQ souhaite doubler la mesure pour l’achat de fournitures scolaires, alors que QS et le PCQ s’entendent pour relever le versement du Régime québécois d’assurance parentale au plein salaire pendant le congé parental.

QS propose aussi d’éliminer les frais scolaires au primaire et au secondaire, y compris le coût des programmes sportifs ou artistiques, alors que le PCQ suggère de ne pas appliquer la TVQ sur l’achat d’équipements sportifs ou l’inscription au gym et aux activités sportives.

Avec l’étape de la famille, l’accès à la propriété devient un défi de taille. Les obstacles pour les premiers acheteurs ou les familles à plus faibles revenus sont plus grands que jamais. Le PLQ promet une abolition de la « taxe de bienvenue » et les droits de mutation, en plus de vouloir mettre en place une politique pour limiter la surenchère sur les propriétés rénovées. Une taxe de 0,5 à 1 % sur les logements vacants serait imposée.

QS propose un fonds antispéculation de 1 milliard géré par la Société d’habitation du Québec dans le but de remettre en état 10 000 maisons et condos qui seraient revendus à un prix abordable. Le PCQ promet l’annulation des droits de mutation lors de l’achat d’une maison pour une famille qui compte au moins deux enfants mineurs. La CAQ avait déjà annoncé au printemps son intention de doubler le crédit d’impôt pour l’achat d’une première maison. Le PQ s’est engagé à construire les 10 000 logements en retard dans le programme AccèsLogis et de construire 5000 logements par année pendant cinq ans.

Peu importe qui sera au pouvoir le 3 octobre prochain, chaque citoyen devra continuer de gérer ses finances personnelles avec rigueur et de faire les meilleurs choix possibles en fonction de sa réalité. Puisqu’il n’est pas toujours possible de faire des liens entre les promesses et notre réalité individuelle, l’idéal sera de voter selon vos valeurs fondamentales.

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