« Please come back! »

« Beaucoup de gens de la communauté anglophone vont se reconnaître dans cette plateforme », a déclaré Dominique Anglade à une journaliste anglophone qui lui rappelait le sentiment de trahison que plusieurs membres de sa communauté éprouvent face au Parti libéral du Québec (PLQ).

Il est vrai que la cheffe libérale n’a pas ménagé ses efforts pour se faire pardonner sa tentative de flirt manquée avec la majorité francophone. C’est qu’il y a sérieusement péril en la demeure. Selon les projections du site Québec125, de nombreuses circonscriptions du sud-ouest de Montréal, où le vote anglophone constituait un appoint garantissant l’élection du candidat libéral, que ce soit Marguerite-Bourgeoys, Marquette, Verdun ou encore Saint-Henri–Sainte-Anne, sont menacées par la Coalition avenir Québec.

Le PLQ se présente comme « un parti à nette prépondérance francophone », mais le chapitre de sa nouvelle plateforme consacré à langue française aurait bien pu s’intituler Please come back!. L’essentiel des mesures, déjà insuffisantes, qui ont été introduites par la loi 96 pour freiner le déclin du français disparaîtrait sous un gouvernement libéral.

Au cours de la dernière année, une grande partie du débat a porté sur l’opportunité d’étendre la loi 101 au niveau collégial. Le gouvernement Legault s’est contenté d’imposer un plafond à l’inscription au cégep anglais, mais le PLQ reviendrait au libre choix, qui a eu pour effet que près de 60 % de ceux qui le fréquentent sont soit des francophones, soit des allophones.

La plateforme libérale prévoit également que tous les projets d’infrastructure dans le réseau de l’éducation soient réalisés en fonction des besoins plutôt que de la langue. Autrement dit, on facilitera les choses aux étudiants non anglophones qui désirent poursuivre leurs études collégiales en anglais en s’assurant qu’il y a de la place pour tout le monde. Bien entendu, un gouvernement libéral donnerait le vert au projet d’agrandissement du collège Dawson.

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Il y a belle lurette que le PLQ a renoncé à demander une réouverture de la Constitution. Il promet de défendre « avec force et vigueur » les champs de compétence du Québec, mais la solution qu’il préconise laisse pour le moins sceptique.

Comme Mme Anglade l’avait réclamé durant la dernière campagne fédérale, il propose que la Chambre des communes légifère pour encadrer le « pouvoir de dépenser » qu’Ottawa utilise abondamment pour empiéter sur les compétences des provinces.

Il faudrait donc que le gouvernement fédéral renonce volontairement au plus sûr moyen dont il dispose pour assurer l’homogénéité des services offerts aux Canadiens d’un océan à l’autre en imposant des « normes nationales » et poursuivre ainsi l’entreprise de nation building en cours depuis des décennies. Qui peut croire à une telle chimère ?

Le PLQ s’engage également à « s’assurer du maintien du poids démographique du Québec au sein de la fédération » et, conséquemment, à la Chambre des communes. À moins d’une nouvelle « revanche des berceaux », totalement impensable, cela nécessiterait de suivre Justin Trudeau dans sa volonté de hausser massivement les seuils d’immigration.

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Non seulement un gouvernement libéral renoncerait à inclure la disposition de dérogation dans ce qui resterait de la loi 96, comme dans la loi 21 sur la laïcité, mais le PLQ s’engage aussi à ne pas l’utiliser de façon préventive dans quelque projet de loi que ce soit.

Il partage ainsi le souhait du ministre fédéral de la Justice, David Lametti, et des défenseurs de la préséance de la Charte des droits et du pouvoir des juges sur celui des élus. À défaut de pouvoir abolir le recours à la « clause nonobstant », le but est évidemment d’en rendre l’utilisation si odieuse qu’on finirait par y renoncer.

Il est pathétique de voir un parti qui prétend que « l’héritage de Robert Bourassa reste gravé dans son ADN » en être rendu à vouloir priver le Québec de l’ultime moyen qui lui reste pour se soustraire aux diktats d’une charte qui lui a été imposée de force précisément dans le but de diminuer ses pouvoirs.

Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, souhaite maintenant la tenue d’une « conversation collective » sur les chartes, canadienne et québécoise, et sur l’utilisation de ce qu’il appelle les « dispositions de souveraineté parlementaire ». Une conversation qui risque d’éloigner le PLQ encore un peu plus de la majorité francophone.

Tout cela suffira-t-il à sauver les meubles en ramenant la communauté anglophone au bercail ? Depuis deux ans, les positions du PLQ et de sa cheffe ont semblé fluctuer bien plus en fonction de leurs intérêts électoraux que de ces « valeurs » qu’ils prétendent défendre. Peu importe sa langue, personne ne fait confiance aux girouettes.

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