Krach crypto

Leurs défenseurs aiment bien rappeler qu’elles sont nées dans la foulée de la crise financière de 2008. Ils voyaient en elles un élément d’actif non corrélé au marché traditionnel et lui conféraient tant le rôle de valeur refuge que de diversification. L’effondrement de 60 % du marché des cryptomonnaies depuis novembre leur retire tous ces attributs présumés. Ce qui n’empêche pas ces monnaies virtuelles, critiquées pour leur minage énergivore, de souffrir toujours d’un manque de légitimité et d’acceptabilité dans sa forme de monnaie d’échange. Et d’être la cible de tous les avertissements.

Au plus fort de leur popularité en novembre, les cryptomonnaies composaient un marché offrant une capitalisation dépassant la barre des 3000 milliards de dollars américains et comptant plus de 200 millions d’adeptes. Cet univers abritait près de 13 800 monnaies virtuelles et 429 plateformes d’échange, selon CoinMarketCap, un marché demeurant toutefois concentré autour du bitcoin, qui retenait alors 42 % de la capitalisation, suivi loin derrière de l’ethereum, avec un poids de 19 %.

Aujourd’hui, la capitalisation globale atteint les 1200 milliards, soit 60 %, ou 1800 milliards de moins qu’il y a six mois. On dénombre un peu plus de 10 000 cryptomonnaies et 309 plateformes de négociation.

Pour nombre d’adeptes cités par La Presse canadienne, ce krach avec un bitcoin à 29 710 $US — en baisse de 25 % sur un an, mais de 56 % depuis son sommet à 66 930 $US — représente un moment opportun d’entrer sur le marché. Il offre également l’occasion d’épurer le marché, de séparer le bon grain de l’ivraie et de dévoiler les valeurs pouvant mériter le titre de « première qualité ». L’occasion est aussi offerte de consolider l’industrie autour des firmes les mieux établies.

Mais pour d’autres, l’effondrement dans la foulée des « stablecoins », adossés à une monnaie fiduciaire ou à un actif réel, a provoqué une véritable onde de choc. Ils n’écartent plus la possibilité que la cryptomonnaie puisse s’enliser dans un marché fondamentalement baissier (« bear market ») s’étendant sur un an ou deux.

Longue liste de risques

 

Et pour les régulateurs, l’occasion est une nouvelle fois offerte de revenir sur les risques que présentent ces actifs. Cette semaine, l’alerte est venue de la procureure générale de l’État de New York, Letitia James. Sujettes à des variations de prix extrêmes et imprévisibles, les cryptomonnaies figurent parmi les investissements les plus risqués sur le marché. Plusieurs de ces risques se sont matérialisés le mois dernier, secouant tant les nouvelles monnaies que celles plus établies, a-t-elle précisé.

La liste est longue. On y retrouve la volatilité et le risque de perte potentielle venant de piratage, de fraude et de vol. L’on parle de valeur hautement spéculative. Facile à créer, la valeur sous-jacente se veut trop souvent subjective, sans lien avec le réel (sauf pour les « stablecoins », mais encore, ajoute-t-elle), soumise à l’influence des plateformes de médias sociaux. Ces éléments d’actif souffrent d’un manque de liquidité, et peuvent être difficiles à vendre. Ils peuvent souffrir de l’absence de garantie de trouver un preneur et de l’absence de mécanismes d’arrêt des transactions en période de forte tension, comme on peut retrouver sur les plateformes de négociation réglementées.

S’ajoutent à la liste les coûts de transaction parfois élevés, certaines plateformes de négociation exigeant des frais sur des transactions tels que les transferts de fonds et les retraits, des frais pouvant varier selon le montant de la transaction et la taille du volume négocié. La procureure évoque aussi les coûts cachés découlant d’une valeur de la cryptomonnaie ou du cryptoactif amplifiée ou gonflée sous le jeu des transactions automatiques programmées (ou bots, en anglais).

Elle parle également de « stablecoins » plutôt instables. Malgré leur nom, il n’y a aucune garantie que ce type de monnaie virtuelle apporte une protection contre une perte de valeur. La nature et la qualité de l’actif sous-jacent peuvent varier grandement.

Sans oublier les conflits d’intérêts potentiels, plusieurs opérateurs de plateforme qui détiennent des cryptos utilisent leur plateforme à des fins personnelles, sans surveillance. « Des rapports récents indiquent également que de grands investisseurs ont bénéficié de traitements de faveur, comme des encaissements hors marché », a-t-elle ajouté.

Enfin, la surveillance de ce marché est très limitée, avec l’absence de lieu de négoce réglementé comme la Bourse de New York ou le Nasdaq. Les plateformes sont opérées ici et là sur la planète, plusieurs n’étant accessibles à aucune forme de surveillance et de contrôle réglementaire. En cas de fraude ou de malversation, la victime se retrouve trop souvent avec peu ou pas de recours. Et plusieurs émetteurs de crypto ne sont pas réglementés, échappant ainsi à toute vérification et à toute exigence de capital.

Une longue liste, disait-on, que l’on ressort de « bear market » en « bear market ». Le dernier pour les cryptos remonte à 2018.

 

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