La gouvernance séparatiste

À l’approche de la campagne électorale, le PLQ ressort l’épouvantail qui avait fait sa fortune pendant un demi-siècle. Selon Dominique Anglade, l’offensive que le premier ministre Legault a lancée en fin de semaine dernière pour forcer le gouvernement Trudeau à céder au Québec de nouveaux pouvoirs en matière d’immigration vise à instaurer une «gouvernance séparatiste».

Plusieurs croient que M. Legault est simplement un vire-capot qui pratique un nationalisme de façade pour assouvir ses ambitions et que, même si l’occasion se présente, il n’osera pas aller jusqu’au bout, à l’instar de Robert Bourassa qui n’a pas su profiter de la fenêtre ouverte par l’échec de l’Accord du lac Meech.

D’autres craignent, comme la cheffe libérale, ou espèrent, comme les nombreux souverainistes qui se sont joints à la Coalition avenir Québec (CAQ), que M. Legault n’ait jamais renoncé à l’indépendance et que, prétextant chercher à assurer la prospérité du Québec et à préserver son identité, il s’emploie en réalité à réunir les «conditions gagnantes».

Pendant son premier mandat, on ne peut pas dire qu’il se soit comporté comme un cryptoséparatiste. Les professions de foi dans le fédéralisme auxquelles il a dû consentir manquaient un peu de ferveur, mais ses revendications s’inscrivaient dans la continuité de celles de ses prédécesseurs, et il a essuyé les rebuffades d’Ottawa avec ni plus, ni moins d’impatience. Ses homologues des autres provinces n’ont rien eu à lui reprocher quand il a assumé la présidence du Conseil de la fédération.

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Il est toujours possible d’imaginer que la fin de non-recevoir prévisible et catégorique opposée par Ottawa à ses demandes concernant l’immigration, l’évocation de la Louisiane, la relance du débat linguistique et la constante exaltation de l’identité québécoise s’inscrivent dans une stratégie soigneusement planifiée.

Il y a cependant une autre condition à laquelle M. Legault revient invariablement depuis qu’il est devenu le premier ministre. Chaque fois qu’il est question de souveraineté ou de référendum, il objecte que «l’acceptabilité sociale» fait toujours défaut. Manifestement, elle doit aussi être cultivée et il est sans doute le plus apte à le faire.

Dans un texte publié dans le dernier numéro de L’Action nationale, l’ancien sous-ministre à la Réforme électorale sous le gouvernement Lévesque, André Larocque, dit voir dans l’actuel premier ministre le véritable héritier de René Lévesque.

« Pour ce qui est probablement le facteur le plus important pour la mission qu’il s’est donnée, François Legault, à l’exemple de René Lévesque, s’est positionné au cœur de la vie politique en démocratie, non pas d’abord au niveau de la défense des idées, mais d’abord et fermement au niveau du peuple lui-même, dont il parle constamment avec grande fierté de la solidarité, de la ténacité, de la discipline, de la résilience », écrit-il.

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Quand il était au PQ, plusieurs — et non des moindres — regardaient un peu de haut ce comptable issu du monde des affaires, moins habile à manier les grands concepts comme l’autodétermination des peuples ou le nationalisme civique qu’à aligner les colonnes de chiffres. Encore aujourd’hui, certains trouvent un peu simpliste sa façon dire que «c’est comme ça qu’on vit», mais tout le monde comprend.

Que tout cela fasse partie d’un plan bien arrêté de « gouvernance séparatiste » ou non, Mme Anglade n’a peut-être pas tort de s’inquiéter. En disant les choses aussi simplement, il se peut que M. Legault arrive à convaincre les Québécois qu’il ne s’agit pas d’une autre de ces chicanes fédéral-provincial qui semblent être le passe-temps de politiciens désœuvrés, mais qu’il y a réellement péril en la demeure.


La chronique de Michel David intitulée «La gouvernance séparatiste» et publiée le 2 juin 2022 citait un extrait du dernier numéro de l'Action nationale. Sous la plume de l'ex-sous-ministre André Larocque, on y retrouvait un questions-réponses attribuant au premier ministre François Legault des citations sur ses allégeances indépendantistes. Après vérification de la source, il appert que le questions-réponses tel que publié n'existe pas, et nous n'aurions pas dû le reproduire. Nos excuses.

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