Pratiquer le double codage en classe

Cela fait quelque temps que je ne vous ai pas emmenés faire un tour du côté de la recherche en éducation. Cette semaine, je vous propose une intéressante stratégie d’enseignement qui mérite d’être mieux connue (elle ne l’est pas beaucoup, surtout chez les francophones…) et correctement pratiquée, car elle est alors efficace. On l’appelle en anglais le « dual coding », en français le « double codage ». En prime, je vous parle d’une intéressante recherche sur cette stratégie et les supposés « styles d’apprentissage ».

De quoi s’agit-il ?

Cette idée de double codage provient de travaux d’Allan Paivio (1925-2016), un psychologue canadien. En termes simples (je vous propose en référence des textes pour en savoir plus), l’idée est que, pour apprendre et stocker des choses dans notre mémoire à long terme, nous possédons deux sous-systèmes cognitifs — deux canaux, si vous voulez — particuliers mais reliés. Le premier traite l’information visuelle, et le second l’information verbale. Ces informations sont traitées par la mémoire de travail puis, on l’espère, sont conservées pour être retrouvées plus tard.

L’idée importante (et pratico-pratique) est que si des informations sont adéquatement et simultanément présentées de ces deux manières — visuelle et verbale — , elles ont plus de chances de laisser des traces et d’être retenues. Pour les enseignants, ce qui compte donc, c’est que cette combinaison d’images et de mots soit bien présentée.

Comment procéder, alors ?

Le double codage en pratique

 

Commençons par un exemple de manière particulièrement incorrecte — et donc peu efficace — de procéder : lire à haute voix un texte qui apparaît simultanément sur un écran, comme vous en avez sans doute déjà été témoin avec des présentations PowerPoint. Cela produit ce qu’on appelle un effet de redondance, qui surcharge la mémoire de travail, ce qui n’est certainement pas bon pour apprendre. Le même mauvais effet se produit si l’on explique une image avec du texte qui s’y trouve.

Ce qu’il faut viser, c’est de combiner ce que l’on présente en mots (oralement ou textuellement) avec un visuel qui illustre, explique et concrétise le concept exprimé. Il faut donc choisir avec soin ce visuel ; il doit être pertinent et ne doit pas surcharger la mémoire de travail.

À ce propos, il est utile de se rappeler que ce qu’on appelle couramment « le visuel » peut prendre de nombreuses formes, des formes qu’il faut connaître et utiliser judicieusement. Il peut s’agir de graphiques, de schémas, d’iconographie, d’affiches, de dessins, de croquis, de notes de synthèse, etc. Chaque fois, on cherche à faciliter le passage d’une représentation concrète à un concept qui, lui, est par définition abstrait.

On peut aussi mettre les élèves à contribution. Par exemple, on peut leur demander de se créer une image mentale de ce qui a été enseigné — ce peut être un concept, un personnage de théâtre, etc. On peut aussi leur suggérer de faire un diagramme d’un concept et de ses sous-concepts, créant ainsi une très utile carte conceptuelle. On peut encore leur demander de décrire ou de commenter un contenu visuel.

Je n’ai pas ici la place pour entrer dans les détails, mais on consultera avec profit les articles cités plus bas pour plus d’idées quant à la manière d’appliquer le double codage en classe.

Je pense que bien des enseignants ont déjà une certaine idée de l’efficacité de cette façon de faire et la pratiquent déjà intuitivement — elle est, par exemple, à la base des illustrations dans les manuels. Le modèle du double codage confirme cette intuition et propose des manières plus rigoureuses de la mettre en application.

J’ignore si ça existe, mais ce serait bien d’avoir chez nous une banque de données accessibles de doubles codages éprouvés, classés par matière et concept…

Une recherche

 

En lisant ce qui précède, certains feront un rapprochement avec le modèle des styles d’apprentissage, pour lequel il n’y a pas de preuve expérimentale solide démontrant qu’adapter son enseignement afin de l’accommoder n’apporte pas d’avantages quelconques.

Une étude publiée en 2017 jette un intéressant éclairage là-dessus. Elle part de ceci : « Le double codage fait une prédiction contradictoire avec celle de l’hypothèse des styles d’apprentissage. Le double codage prédit que tous les apprenants devraient bénéficier de la superposition d’informations visuelles à des informations linguistiques. Cela contraste avec la prédiction des styles d’apprentissage, qui suggère que les apprenants auditifs obtiennent de meilleurs résultats lorsqu’on leur présente des informations verbales et linguistiques, tandis que les apprenants visuels obtiennent de meilleurs résultats lorsqu’on leur présente des instructions visuelles. »

La conclusion ? « Les implications de ces résultats suggèrent qu’un enseignement qui se fonde sur les styles d’apprentissage est une méthode inefficace, mais que l’incorporation des principes du double codage sera beaucoup plus bénéfique pour l’apprentissage des étudiants. »

Pour en savoir plus sur le double codage

En anglais, sur le blogue 3-Star Learning Experiences : un texte de Paul A. Kirschner.

 

En français, sur le blogue Par temps clair : un texte de Didier Goudeseune.



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