Les années folles, vraiment?

Oui, les années à venir nous apparaissent folles, mais peut-être pas pour les raisons que nous aurions souhaitées ? Alors que la pandémie frappait de plein fouet en 2020, j’en étais à préparer les célébrations entourant un changement de décennie tant attendu. D’abord bouleversée de devoir amorcer ma quarantaine pratiquement en quarantaine (!), je me suis ressaisie, convaincue que je fêterais plus fort, plus longtemps, plus tard. Peut-être mon optimisme était-il inconsciemment influencé par celui de nombreux analystes économiques qui, au fil des mois ayant suivi l’appui financier massif des gouvernements dans leurs économies locales, nous ont promis une reprise économique forte et vigoureuse.

Jamais les particuliers n’ont eu autant d’épargne, nous disait-on alors. Lorsque la pandémie sera dernière nous, les consommateurs voudront rattraper le temps perdu en dépensant sans compter pour vivre de nouvelles expériences (autres que la rénovation et la reprise des fêtes de famille mises entre parenthèses, si vous voyez ce que je veux dire !).

Le seul hic, c’est que cette foutue pandémie s’est tellement étirée qu’elle a laissé le temps à l’inflation de s’installer. Les difficultés avec les chaînes d’approvisionnement, la rareté de la main-d’œuvre, les liquidités massivement injectées dans l’économie par l’État et, dernièrement, le conflit géopolitique opposant la Russie à l’Ukraine ne sont que quelques-uns des facteurs qui expliquent que cette inflation — caractérisée au départ de temporaire — risque aujourd’hui de se prolonger. Au point que le mot «récession» est maintenant sur toutes les lèvres. Les années folles n’ont pas eu le temps de commencer que le party est déjà terminé.

Des hausses prévisibles mais non planifiées ?

Cette semaine, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a déclaré que l’inflation n’était maintenant plus considérée comme temporaire et que les Canadiens devaient s’attendre à ce que les taux d’intérêt continuent de monter jusqu’à des taux plus normaux, toujours considérés dans la fourchette 2-3 % qui prévalait avant la pandémie.

Concrètement, le taux directeur passant à 1 % s’est rapidement transformé en des hausses de taux d’intérêt offertes par les banques. Concrètement, toujours, les hausses de taux profitent aux épargnants et font mal aux emprunteurs, vous le savez sans doute. Si vous avez signé une hypothèque à taux variable, vous payez soudainement beaucoup moins de capital sur votre emprunt. J’ai, dans le cadre de cette même chronique, mis en garde les ménages contre la tentation de dépenser cette épargne supplémentaire afin de conserver des finances saines dans les prochains trimestres et les prochaines années.

Paniquer ou rester calmes ?

Bien que parfois difficiles à affronter pour les ménages, les hausses de taux sont nécessaires pour ralentir la surchauffe économique. Il vaut donc mieux vous ajuster rapidement plutôt que de paniquer. De plus, bien que la politique monétaire soit requise pour la gestion de l’inflation, nos choix de consommation y participent également, puisque le prix est également influencé par l’offre et la demande. Vous aurez toujours le choix entre épargner davantage ou acheter une maison avec surenchère, rénover à tout prix malgré le prix des matériaux en hausse ou changer de voiture malgré une hausse des prix vertigineuse… En ce qui concerne l’alimentation et les autres biens de base, nous sommes évidemment davantage limités dans nos pressions de consommateurs.

Vous commencez à me connaître ; je ne fais pas partie des adeptes des scénarios dramatiques, mais je préconise l’optimisme prudent. Bien que certains économistes parlent encore d’un retour à des cycles économiques normaux dès 2023, je préfère vous conseiller d’aborder les prochaines années avec réalisme.

Réviser. Il sera important de privilégier votre épargne plutôt que les dépenses discrétionnaires. Révisez votre budget personnel en conséquence, mais surtout diminuez vos emprunts de consommation si vous en avez.

Planifier. Si vous possédez de l’immobilier locatif, détenu personnellement, ou si vous êtes travailleur autonome et que vous avez toujours des emprunts personnels aux intérêts non déductibles, consultez un planificateur financier afin de mettre en place une stratégie de mise de côté de l’argent.

Résister.Par prudence, résistez aux achats non essentiels, reportez vos travaux non urgents et, surtout, faites des choix de consommation responsables, en priorisant l’achat local et la qualité plutôt que la quantité.

Consulter. Si vous avez un prêt à taux variable ou dont l’échéance est imminente, consultez un courtier hypothécaire pour choisir la meilleure option dans votre situation personnelle.

Patienter. Soyez patients pour ce qui est des investissements immobiliers, surtout s’il s’agit de votre premier achat. Qui sait, peut-être qu’une récession vous offrira de meilleures occasions…

Oui, ma réflexion des derniers jours m’amène à dire que nous vivons depuis deux ans des années bien particulières. Des années folles, mais pas nécessairement faciles, nous attendent peut-être. Et pour les célébrations à retardement de mes 40 ans, non, je n’ai plus du tout l’espoir de réaliser ce fameux voyage à bas prix !

À voir en vidéo