Mieux vaut être riche et en santé qu’assuré et malade

Il n’existe pas d’incitatifs autres que les bénéfices personnels en matière de prévention de la santé. Sur le plan collectif, toutefois, ces adeptes de la course contribuent à désengorger le système de santé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il n’existe pas d’incitatifs autres que les bénéfices personnels en matière de prévention de la santé. Sur le plan collectif, toutefois, ces adeptes de la course contribuent à désengorger le système de santé.

Chaque matin, je sors mon pot de jus vert du congélateur. C’est un rappel et un idéal davantage qu’une potion magique, mais mon organisme me réclame son carburant. Ma motivation à m’investir en prévention de la santé est venue d’abord d’incitatifs financiers. La santé est une richesse, quiconque a déjà frayé avec la maladie le sait. Comme travailleuse autonome, je n’ai pas d’assurance privée, ni pour le physio ni pour l’orthésiste ou le dentiste. Je ne prends aucun médicament, sauf urgence. Je n’ai pas de congés de maladie non plus. 2014 m’a coûté cher : 13 semaines d’absence pour un cancer. La carte d’assurance maladie ne couvre pas tout.

J’ai écrit un livre sur la prévention en santé, et le plan de relance du ministre de la Santé m’interpelle. Durant sa conférence de presse de la semaine dernière, Christian Dubé (considéré comme un excellent gestionnaire par bien des gens du milieu) a rappelé que le vieillissement de la population et le manque de personnel seraient des enjeux inégalés dans l’avenir. Citant le président du Collège des médecins au sujet du système hospitalier : « On a souvent posé le diagnostic, maintenant, il faut soigner le patient. »

Avec tout le respect que j’ai pour le ministre et certains de ses prédécesseurs, un élément capital est passé en vitesse sous le radar de ce branle-bas de combat à 8,9 milliards : la prévention.

Michel Clair (ex-président de la Commission d’étude sur les services de santé et les services sociaux) en parlait il y a 20 ans, le regretté Dr Jean Rochon aussi. M. Dubé a mentionné qu’avec de saines habitudes de vie, nous n’aurions pas besoin de guérir les gens. Il a même cité en exemple la Norvège et le Danemark. Le hic, c’est que dans ce plan de relance, 188 millions sont octroyés à la prévention (on ajoute 47,9 millions pour la prévention des pandémies).

Seulement 2,7 % du budget pour essayer de ne pas transformer un problème (énumérez toutes vos mauvaises habitudes, ça devrait le faire) en symptômes, puis en diagnostic, puis en médicaments, en mois d’attente pour voir un spécialiste, obtenir une chirurgie ou un traitement, jouer aux essais-erreurs (un jeu dont le vocable « science » ne vous épargne pas), vivre avec des effets secondaires légers ou débilitants — voire létaux — ou une qualité de vie diminuée. Et ça, c’est quand il existe un traitement ou un médicament, ou qu’on a posé le bon diagnostic.

Tout va bien, docteur !

Un médecin me racontait récemment qu’un patient lui a répondu qu’il « allait bien » à une question de routine. Elle a fait imprimer sa liste de médicaments : trois pages !

Il allait bien, docteur… mais sous influence. Des patients boostés artificiellement, gavés de molécules chimiques avec des effets secondaires divers s’imaginent qu’ils « vont bien ». Christian Dubé parlait d’un changement de culture et mentionnait que « ça prend du temps » ; on ne saurait si bien dire. Le Devoir faisait état le 1er avril dernier du tiers des Québécois de 65 ans et plus qui prennent au moins une dizaine de médicaments d’ordonnance dans l’année, selon l’Institut national de santé publique.

Le problème avec la prévention, c’est qu’elle est difficilement quantifiable et qu’il n’existe aucun incitatif pour nous y encourager dans le système actuel. On ne reçoit rien parce qu’on ne fume pas, qu’on fait de l’exercice et qu’on mange ses légumes.

Le médecin du futur ne donnera pas de médicaments ; il formera ses patients à prendre soin de leur corps, à la nutrition et aux causes et à la prévention des maladies

 

« Le problème, c’est le diagnostic », me souligne Éric Simard, docteur en biologie et président de l’Association professionnelle pour la santé intégrative. « Il n’est pas possible d’avoir des recommandations de saines habitudes de vie si l’on est en santé, puisqu’aucun diagnostic ne précise les lignes de prise en charge. » Ce chercheur spécialisé en vieillissement constate que le système de santé n’a pas de spécialiste de « la » santé, que des spécialistes de la maladie. « Ce qui se rapproche le plus d’un tel spécialiste, c’est un naturopathe. Mais il y a du n’importe quoi dans ce domaine ; tu peux faire ton cours en ligne en trois heures. Il y en a d’excellents, mais la profession doit être encadrée. »

En médecine intégrative — enseignée à Harvard depuis plus de 30 ans —, dont les bases reposent sur l’implication du patient et la pluridisciplinarité, on retrouve davantage cette idée de préserver les acquis en santé. « Ce que fait le ministre de la Santé, ça équivaut à construire des casernes de pompiers, mais à ne pas installer de détecteurs de fumée. En conférence, je raconte toujours que les gens attendent un diagnostic grave pour changer. Moi, je dis “changez maintenant !” »

Culture de la pilule, suivez le $

 

On souhaite tous des changements dans un système qui y est profondément allergique ; pensons aux fameux fax… On retrouve trois fois moins de personnel au ministère de la Santé en Suède pour 10,4 millions d’habitants, soulignait le Dr Yves Lamontagne, ex-président du Collège des médecins, dans Le Journal de Montréal.

On consacre encore davantage de ressources pour faire tenir le mastodonte de 300 000 employés alors qu’il faudrait réduire le volume de patients en amont, notamment par l’éducation en prévention. « Nous sommes dans une culture de la pilule, constate Éric Simard. Mais la population est intéressée par la prévention. Le problème, ce sont les données. Les pilules, c’est démontré avec une étude placebo. Par contre, sauter d’un troisième étage, il n’y a pas d’étude sur les conséquences, mais tu sais que tu vas te faire mal. »

Il est temps d’arrêter de chercher à optimiser le système de santé et d’optimiser la santé de la population

 

Ce spécialiste de la longévité mentionne que 32 % des gens de 85 ans sont touchés par une forme de démence, et les femmes sont surreprésentées. « Le taux de démences va tripler en 2050 en chiffres absolus ! Nous ne pourrons soutenir ça collectivement. On sait que, juste avec l’alimentation, on peut atteindre une réduction de 50 %, et avec l’exercice aussi. Il existe des études sur le renversement de l’alzheimer avec la diète cétogène, des gens se remettent à travailler et gagnent quelques années d’autonomie. Les habitudes de vie peuvent avoir un gros impact sur les maladies chroniques. Malheureusement, il n’y aura pas d’étude clinique où on va dire à quelqu’un : reste sur un divan, on va te payer la bière ! »

Dommage, il y aurait des volontaires à la pelle.

 

cherejoblo@ledevoir.com

Instagram : josee.blanchette

Joblog

J’ai déjà écrit ici tout le bien que je pense de la chercheuse en oncologie intégrative (plusieurs approches pour une maladie qu’on comprend mal) Kelly A. Turner. Cette diplômée de Harvard et de l’Université de Californie a déjà publié Rémission radicale sur le tronc commun, qui a permis à des patients condamnés par leur médecin de vaincre le cancer en employant de multiples méthodes. Son ouvrage inspirant fut un best-seller.

Elle remet ça ce printemps avec Espoir radical. Les 10 facteurs clés dans les rémissions de cancer. Sans jamais condamner les approches conventionnelles, Kelly A. Turner continue de donner la parole à des patients hors du commun. « Toute personne qui s’est guérie d’un cancer en déjouant le pronostic des médecins a quelque chose à nous apprendre au sujet de cette maladie et du système immunitaire. […] Nous étudions les rémissions radicales, mais ne les prescrivons pas. » Toutefois, les témoignages sont éloquents (dont celui d’une oncologue atteinte), et certains se sont guéris dans la foulée de la sclérose en plaques ou de l’alzheimer en éliminant leur cancer.

Une étude est déjà en cours sur ces cas avec l’Université Harvard. La réponse dans 50 ans… bit.ly/3r9c3yz


Apprécié le reportage de la journaliste Madeleine Roy à l’émission Enquête sur l’hormonothérapie féminine. Depuis la diffusion de l’émission, jeudi dernier, les cabinets de médecins font face à une grande demande et l’information n’est pas toujours au rendez-vous sur les hormones bio-identiques. bit.ly/3x9gcX5 À ce sujet, l’émission Loto-Méno produite et animée par Véronique Cloutier sera présentée à Radio-Canada les 11, 12 et 13 avril prochains à 21 h, puis disponible sur Tou.tv gratuitement.

Aimé La cuisine tonique, de Jocelyna Dubuc et l’équipe du Spa Eastman. À cheval entre la diète anti-inflammatoire et la diète cétogène, mais avec des glucides, sans gluten et sans produits laitiers, cette approche a été élaborée avec des naturopathes, des cuisiniers et des nutrithérapeutes, ainsi qu’avec la collaboration du pharmacien Jean-Yves Dionne. 80 recettes et des explications utiles pour apprendre à changer d’alimentation dans un esprit gastronomique. Des plats végés également et quelques desserts à la fin de l’ouvrage. Un livre qui mise sur la prévention et vise à rester dans son assiette. bit.ly/3JjrKcC 

Reçu Bougez ! Pour un cerveau en santé, de Richard Chevalier, spécialiste en physiologie de l’exercice et ex-enseignant en éducation physique. Avec le vieillissement de la population, on ne peut demander à Pierre Lavoie de tout faire. Ce livre nous démontre noir sur blanc les avantages de l’exercice sur la santé mentale, l’anxiété, la dépression, le TDAH, l’alzheimer ou le parkinson. Avec 20 minutes par jour, on obtient déjà des résultats et les molécules joyeuses font leur travail. Notre consommation d’antidépresseurs est assez importante (et elle a augmenté de 20 % durant la pandémie au Québec) pour s’y attarder, notamment chez les moins de 14 ans, pour contrer l’anxiété. Un désastre sociétal. bit.ly/370pU3e



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