Que faire avec ma société incorporée à la retraite?

Cette semaine, nous nous intéressons à la question de notre lectrice, Simone, qui nous écrit : « J’ai accumulé au fil des années des placements (environ 350 000 $) dans la société incorporée via laquelle j’ai facturé mes services de consultation. J’ai maintenant 67 ans et j’hésite entre “vider” la compagnie sur deux ans ou me verser un dividende de 35 000 $ environ sur 10 ans. Je ne souhaite pas conserver la société en activité toute ma vie. Quelle est la meilleure option, sachant qu’il se peut que je continue de facturer des services à des clients pour environ 30 000 $ encore pour quelques années de préretraite ? »

La vraie question

 

Dans le cas de notre lectrice, la véritable donnée à considérer pour déterminer la méthode de décaissement optimale sera circonscrite par ses besoins en liquidités. En clair : combien d’argent aura-t-elle besoin, chaque année, pour combler son coût de vie personnel ?

D’une part, il faut déterminer quels sont ses revenus actuels. A-t-elle déjà demandé sa rente de la Régie des rentes du Québec (RRQ) ? Reçoit-elle la prestation de la Sécurité de la vieillesse (PSV) ? A-t-elle d’autres revenus à prendre en compte (pension alimentaire au conjoint, par exemple) ?

Dans une approche de planification financière et fiscale intégrée, le premier conseil que je pourrais lui donner est plutôt de déterminer le montant de dividende annuel requis pour combler ses besoins, afin de limiter l’imposition au minimum, annuellement.

Selon cette stratégie, il serait en théorie plus avantageux de limiter au véritable besoin en liquidités le décaissement des dividendes, cela, en utilisant en priorité les placements CELI et non enregistrés détenus personnellement.

 

Visualiser pour mieux comprendre

Nous confirmons avec Madame son coût de vie personnel, qui est de 45 000 $ par année. Considérant ces besoins personnels relativement bas, considérant les revenus de rente qu’elle reçoit déjà, les simulations dans un logiciel de planification financière permettent de visualiser efficacement qu’il est plus intéressant pour elle de décaisser sur 10 ans les dividendes plutôt que de devoir ajouter à sa déclaration de revenus 2022 et 2023 un dividende de 175 000 $ !

En effet, dans ce scénario, Madame s’expose à une importante récupération de la PSV puisqu’elle ne possède pas de droits de REER inutilisés (environ 15 000 $ pour 2022) pour diminuer son revenu imposable. De plus, puisque son portefeuille CELI est déjà maximisé, elle doit, dans ce scénario, investir le montant disponible après impôts dans un portefeuille de placements non enregistrés, qui génère du revenu imposable. À l’opposé, le scénario avec les dividendes pendant 10 ans permet de maintenir l’imposition à un taux plus bas, tout en évitant la récupération de la PSV.

Une approche pragmatique

 

Considérant que notre lectrice facture toujours et que des dépôts sont prévus dans les prochaines années, combiné au fait que son style de vie est faible et qu’à 71 ans s’ajouteront des revenus de décaissement du Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR), je serais tentée de vouloir optimiser au maximum la situation de Madame en faisant des scénarios basés sur un dividende minimisant les impôts chaque année.

Toutefois, dans le cas soumis par Madame, il convient de distinguer l’approche théorique d’une approche pragmatique tenant compte de ses buts et priorités. En effet, il semble important pour notre lectrice de dissoudre sa société dans les prochaines années. Elle souhaite une gestion facilitée pour « ses vieux jours » et, de plus, il faut tenir compte du fait qu’elle paie des honoraires comptables pour la gestion de son entreprise.

De plus, elle présente un profil d’investisseur très conservateur, avec un portefeuille de placements garantis (CPG) dont les rendements sont très limités, ce qui élimine la question du meilleur moment pour vendre ses placements dans le contexte des marchés actuels.

À la lumière des informations que j’ai en main, je lui conseillerais plutôt de déterminer le montant de dividende qui permet de ne pas générer de récupération de la PSV. Nous en arrivons à un scénario où elle décaisse sur sept ans au lieu de dix, tout en gagnant trois ans de retraite financée à 100 % de son style de vie.

En conclusion, cette étude de cas démontre que, très souvent, vous pouvez hésiter entre deux scénarios et qu’en fait, la meilleure solution soit ailleurs ! Notez qu’il s’agit ici d’une situation relativement simple puisque les seuls actifs de la société sont des placements.

Dans le cas d’une société possédant des assurances vie permanentes, des actions dans d’autres sociétés et/ou de l’immobilier, vous devrez fort probablement en être l’actionnaire jusqu’à votre dernier souffle !

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