L’investissement en temps de guerre

Vous retrouvant après deux semaines de relâche, j’aurais sincèrement voulu vous présenter une étude de cas technique ou quelques conseils pour préparer votre déclaration de revenus. Toutefois, avec le conflit en Ukraine, mes dernières chroniques portant sur des sujets comme les REER ou l’assurance salaire m’apparaissent aujourd’hui, avec le recul, trop techniques, voire superficielles. Je vous avoue fort humblement que je souhaitais que le président russe, Vladimir Poutine, recule, mais puisque l’invasion se poursuit, voyons ensemble s’il y a des impacts concrets dont il faudrait tenir compte dans la gestion de vos finances personnelles.

L’invasion de l’Ukraine fait la vie dure aux actifs plus risqués, comme les actions. Puisque nul n’aime les incertitudes liées aux actes de guerre, vous éprouvez probablement une certaine crainte, tout à fait légitime, face à l’avenir. Il faut donc, de façon très rationnelle, se rattacher aux faits. L’histoire nous montre que les conflits ont rarement des impacts à long terme sur les marchés. Les données passées indiquent que, peu importe l’élément déclencheur d’une crise, une forte reprise s’installe une ou deux années après celle-ci.

Par exemple, l’indice Dow Jones du secteur industriel ($US) affichait un rendement de 23,6 % un an après le début de la guerre du Golfe, en août 1990. Et ce rendement grimpait à 31,3 % deux ans après. Un an après l’invasion de l’Irak de 2003, le rendement de l’indice était de 29,9 %, et il était de 34,7 % après deux ans.

Dans le cas des attaques du 11 septembre 2001, la reprise a toutefois été plus longue, soit un rendement de 2,9 % du même indice deux ans après l’effondrement des marchés.

De plus, nous savons que l’indice boursier S&P 500 a varié de façon négative durant les périodes précédant les événements géopolitiques et militaires ayant eu lieu entre 1939 et 2014. La moyenne de la baisse de l’indice était de 1,5 % trois mois avant un conflit, alors que celui-ci était en hausse de 3,7 % en moyenne trois mois après les événements. La donnée inconnue est donc ici la durée du conflit. Plus il sera long, plus la reprise pourrait être longue. Toutefois, rappelez-vous que, bien que nous n’ayons aucune certitude quant à la durée d’un conflit géopolitique et de ses impacts sur les marchés, l’histoire montre que suivre le plan établi et investir à long terme demeure une stratégie gagnante.

Les effets des différentes pressions économiques

 

La hausse du prix de l’essence à la pompe est exacerbée par les pressions politiques et économiques exercées sur la Russie actuellement. De plus, le conflit fait monter également le prix des produits de base, augmentant l’inflation, qui était déjà en voie de s’installer à la suite de la pandémie. L’effet est donc direct sur votre budget personnel. Si ce n’est déjà fait, il est impératif de revoir celui-ci et d’ajuster vos postes de dépenses discrétionnaires en fonction du coût de la vie rajusté.

L’objectif, ici, est de vous assurer d’être dans une position financière saine si le conflit devait dégénérer et si la situation économique mondiale devait être davantage affectée. Concrètement, cela signifie qu’il faut éviter l’endettement, puisque la lutte contre l’inflation entraînera inévitablement des hausses de taux d’intérêt consécutives au cours des prochains mois. Par ailleurs, maîtriser vos dépenses vous offrira les liquidités requises pour poursuivre ou accélérer votre habitude d’investir à long terme.

Le test des valeurs

 

Pratiquement tous les secteurs d’activité sont en baisse depuis le début de l’année sur les marchés boursiers… Sauf celui des énergies non renouvelables.

Ainsi, si, comme moi, vous avez ces dernières années priorisé certains fonds d’investissement responsable privilégiant les énergies propres ou excluant les combustibles fossiles, certains fonds de votre portefeuille peuvent avoir performé sous l’indice MSCI, qui inclut des sociétés du secteur de l’énergie ayant obtenu des rendements importants dans le contexte du conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Toutefois, je vous mets en garde contre la tentation d’investir dans le pétrole actuellement, car le prix est influencé par les événements géopolitiques plutôt que par les entreprises. À long terme, la hausse des prix de l’énergie devrait au contraire favoriser un regain d’intérêt pour des entreprises d’énergie renouvelable.

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