200 boîtes, 2 poules et des rénos

Maka Kotto et Caroline St-Hilaire avec une de leurs «filles», Juliette, dans leur maison fraîchement rénovée. Cocooning et cocos au programme.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Maka Kotto et Caroline St-Hilaire avec une de leurs «filles», Juliette, dans leur maison fraîchement rénovée. Cocooning et cocos au programme.

Au moment où ces lignes sont écrites, ils sont peut-être encore en train d’en découdre à propos des boîtes de Maka. On y reviendra. Mais ils se sont mariés pour le meilleur et pour le 95 % de tuiles qu’on n’imagine pas nous tomber dessus. C’est aussi cela, l’engagement. En politique comme en amour, Caroline St-Hilaire et Maka Kotto, les deux ex-politiciens bloquistes, apprécient les défis et les joutes. Et pourtant, une excavatrice dans la maison, ça te brasse les fondations de n’importe quelle union, même après 17 ans. Ils ont surmonté l’épreuve du chantier durant 20 mois, taxés par l’incompétence d’un entrepreneur sur fond de pandémie mondiale et de confinement qui a pris les allures de camping : matelas pneumatique au sous-sol et vaisselle dehors.

C’est peu dire qu’au moment où des millions de personnes se voient forcées de fuir leur foyer, leur pays, nous trouvons de plus en plus refuge dans le cocooning. La pandémie aura aussi donné de l’allant au secteur de la rénovation.

Makaroline, leur surnom affectueux, viennent de publier un récit savoureux rempli d’autodérision, qui pourrait bien être une bouée (ou une mise en garde) pour des amoureux déterminés à entreprendre des rénos. Rénover sa maison sans démolir son couple raconte les péripéties d’un duo qui en a vu d’autres. Caroline aime bien évoquer les soirs de pleine lune au Conseil municipal de Longueuil parmi ses sources d’insomnie. Mais elle n’avait jamais fait d’attaque de panique avant de perdre momentanément ses repères en 2020.

J’ai fait la connaissance il y a trois ans, en Gaspésie, du couple St-Hilaire–Kotto et je suis tombée sous le charme. C’est la première fois que je mettais les pieds dans leur chalet en Estrie, une « passoire » qu’ils ont retapée de fond en comble pour en faire une chaleureuse demeure qu’ils occupent désormais à temps plein. Ce chalet a réuni leurs six enfants d’unions précédentes depuis 2005, et ils y organisaient des courses pour ramasser l’eau de pluie… à l’intérieur !

Maka et ses « filles »

Leur alliance fascine, car au-delà des apparences — elle, blanche terra-cotta (Sico, 6070-21), lui, brun centenaire (6083-83), elle, Québécoise, lui, Camerounais —, Caroline et Maka sont intrinsèquement différents sur tous les plans. Maka explique le sort de l’humanité en évoquant l’ère du Verseau, la métaphysique, et privilégie l’approche holistique tout en bénissant les ancêtres avec de la sauge. Il dit avoir intégré sa mortalité à l’âge de sept ans. Caroline, pragmatique, songe à faire des provisions en vue d’une guerre mondiale. « On n’a rien en commun, rien, rien, rien. Mais nous sommes complémentaires », lance la dynamo du couple.

Tout les oppose, mais deux poules les unissent alors que le dernier de leurs six poussins a quitté le nid l’année dernière.

Les deux partenaires de vie ont beau préparer des omelettes bien baveuses lorsque vient le temps de débattre, leurs pushers, leurs « filles », s’appellent Juliette, la noire, et Germaine, la rousse.

En tout cas, l’idée du poulailler était de Caroline, et Maka, fort de ses récentes compétences manuelles, leur a construit un petit condo adjacent à la maison. Des poules de luxe. Depuis, ils tentent la communication comportementale, et il ne viendrait pas à l’idée de Maka de les manger même si Juliette lui monte sur la tête comme une girouette qui cherche le nord.

Dans leur maison, le mantra post-rénos s’est arrêté à « La vie est belle », slogan décliné sur les tasses à café, la boîte de mouchoirs, un panneau de bois au-dessus de la porte, un coussin, partout. « On tient les choses facilement pour acquises », explique Caroline. « Les humains ne sont pas parfaits, mais la “source” l’est… », philosophe Maka de sa belle voix grave. « Il faut se le rappeler, car 95 % de l’univers échappe à notre connaissance. Avec le 5 % qui reste, on se crée des artifices pour donner du sens à notre existence. La matière est tangible, et l’intangible fait peur. » Maka cite la phrase socratique (ou la chanson de Gabin) : « je sais que je ne sais rien ».

Certes, « la vie est belle » devant cette tarte aux betteraves et féta que Caroline a repiquée à Ricardo, puis avec le couscous aux légumes inspiré par Ottolenghi. L’hospitalité est aussi un art. Maka y ajoute un peu de piment El Yukateco. Une vie fade, pas pour lui. Voilà pourquoi il a choisi Caroline, qu’il compare à un perce-neige.

Sérieusement, savez-vous combien de blancs existent ?

 

Le Cameroun dans le garage

Maka est venu vivre au Québec à l’invitation de Dany Laferrière, qui en a fait son Bouba dans le film Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, en 1988. D’ailleurs, Maka ne parle pas de couple « mixte » avec sa compagne : « Nous sommes un couple, point ! » Tant pis pour le wokisme.

Dans un coin du salon, leurs deux fauteuils de député au Parlement, rachetés comme souvenirs, rappellent leur rencontre. Un chapeau colonial trône sur celui de Maka. La mise en scène parle. Une bibliothèque garnie d’ouvrages nationalistes veille. C’est le cinéaste Pierre Falardeau qui a converti Maka au drapeau fleurdelisé.

Malgré tout, il refuse la partisanerie politique. « Quand tu es partisan, tu ne donnes pas toute l’info. Tu es dans le clientélisme. Tu es dans la corruption intellectuelle. »

L’ex-mairesse de Longueuil fulmine. L’ambiance se réchauffe. Mais moins que lorsqu’il est question des 200 boîtes d’archives de son mari, déménagées à quelques reprises. J’ai l’impression d’agir comme médiatrice entre Marie Kondo et le Dalaï-Lama (qu’ils ont d’ailleurs rencontré dans un temple bouddhiste de Longueuil).

Caroline peste encore contre ces boîtes qui moisissent dans le garage… qui n’a de garage que le nom. Maka se rembrunit (Brun distingué, 6084-73) ; il conserve tout de son passé de comédien, de député, de ministre de la Culture. Ses archives sont un héritage pour ses petits-enfants.

C’est vraiment marrant pour moi de magasiner un blanc…

 

J’ose interférer entre eux, au péril de notre amitié : « Mais Caroline, Maka est un expat. En bon immigrant, il conserve tout, précisément parce qu’il n’a aucune référence autour de lui. Toi, tout ton paysage culturel te rappelle qui tu es. Pour lui, le Cameroun est dans le garage. » Caroline tâte encore sa Kondo intérieure (Douce aphrodite, 6050-11). Maka conclut : « Voilà. Il manque un chapitre à notre livre. »

Ou peut-être simplement un « La vie est belle » sur la porte du garage ?

cherejoblo@ledevoir.com

 

Instagram : josee.blanchette

Joblog | Ces illusions perdues

Quel régal pour l’esprit que le film de Xavier Giannoli, Illusions perdues. Un beau moment de cinéma où la perfidie, la flagornerie et la mesquinerie des hommes copinent avec les beaux atours, les riches tapisseries et une langue fleurie. J’avais acheté le roman Illusions perdues, de Balzac, m’y suis perdue dans les longues descriptions un peu laborieuses du début. Mais cette partie délicieuse du livre ramassée par le réalisateur nous donne à voir le Paris pédant et dandy du XIXe siècle où les hommes jouent de leur pouvoir et les femmes tirent les ficelles derrière, en haute société. Le journalisme, et la littérature qui y fait son entrée, y sont joyeusement écorchés par Balzac, qui se plaisait à dire : « Si la presse n’existait pas, il faudrait ne pas l’inventer. »

« — Ha ! Çà, mon cher, apprends ton métier, dit en riant Lousteau. Le livre, fût-il un chef-d’oeuvre, doit devenir sous ta plume une stupide niaiserie, une oeuvre dangereuse et malsaine.

— Mais comment ?

— Tu changeras les beautés en défauts. »
bit.ly/3hPJT6F


Dévoré les quatre premiers épisodes de la série Libre échange avec Marie-Claude Guérin et Louis Morissette. Filmée par Francis Leclerc, cette adaptation britannique de State of the Union se déguste rapidement, soit dix épisodes d’une dizaine de minutes. Cet échange de couple, chaque semaine au même endroit, avant leur thérapie de couple, est honnête et décapant. Morissette est toujours aussi excellent en mâle quarantenaire dépassé par la promesse du couple et de la famille modèle. Depuis jeudi, sur Tou.tv. bit.ly/3vWRcle

Aimé la récente chronique de Maka Kotto dans le Journal de Montréal, « Nos barbaries et celles des autres », sur toutes ces guerres qu’on tente d’oublier. Il se demande si la vie des citoyens du Yémen ou de la Libye a moins de valeur que les autres. bit.ly/3tEaedg

Salué la parution du livre La facture amoureuse, de Pierre-Yves McSween et Paul-Antoine Jetté. Tout sur le couple et l’argent. Avant de vous lancer dans l’achat (et les rénos) d’une maison, mieux vaut parler franchement $$$. On fait mention des rénos faites bénévolement par un conjoint et dont on doit tenir compte à la séparation. En fait, le livre ne donne aucune envie de partager son patrimoine et encore moins de se marier… Les finances sont un tue-l’amour, mais en cas de divorce, on apprécie les papiers. Il faut néanmoins accepter que rien ne sera jamais 50-50. Pour éviter de dire « avoir su »... bit.ly/35NXmcG


Rénover sa maison sans démolir son couple

Caroline St-Hilaire et Maka Kotto, Les Éditions de l’Homme, Montréal, 2022, 216 pages.



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