Mythes et utilités du REER

Ne pas vous entretenir de REER en plein mois de février ? Serais-je anticonformiste à ce point ? La vérité, c’est que j’allais oublier le sujet incontournable des « 60 premiers jours de l’année » puisque cet outil de préparation à la retraite, j’en fais l’enseignement tout au long de l’année. Mais puisque pour de nombreux épargnants, la date butoir du 1er mars suscite de nombreuses questions, voici quelques affirmations étonnantes à propos du REER et quelques situations qui justifient de cotiser en rattrapage dans les prochains jours.

« Je ne crois pas à ça, moi, les REER. » Croyez-le ou non, j’entends cela régulièrement. Comme si le fait de cotiser à un REER était un acte de foi, basé sur les convictions de votre voisin ou de vos collègues de travail (« On m’a dit que cela n’est pas bon »)…

Pour la majorité des gens, le revenu imposable est plus élevé pendant la vie active qu’à la retraite. Puisque le rendement s’y accumule à l’abri de l’impôt, c’est le véhicule à privilégier lorsque vous épargnez à long terme. Les gens avec de faibles revenus pourraient privilégier le CELI afin d’éviter la récupération de la Sécurité de la vieillesse, par exemple.

Encore une fois, il ne s’agit pas de s’en remettre à la croyance, mais d’en faire une analyse rationnelle avec un professionnel, si vous en doutez. Il importe de tenir compte du fait que l’efficacité ne se limite pas au remboursement d’impôt anticipé au printemps, mais aussi à la diminution de votre taux d’imposition applicable, incluant plusieurs mesures sociofiscales.

« De toute façon, je vais payer des impôts aux retraits. » Effectivement, la cotisation REER faisant diminuer votre revenu imposable sur votre déclaration de revenus dans l’année de la déduction, son retrait entraînera l’effet contraire au moment du retrait. Le REER permet de reporter l’impôt dans le temps et non de le faire disparaître !

Mais une des règles de base en fiscalité est de reporter l’impôt le plus loin possible dans le temps. Vous vous enrichirez davantage à réduire la facture fiscale chaque année, surtout si vous utilisez le remboursement d’impôt pour des stratégies financières.

Par exemple, vous devriez cotiser au REER pour l’année suivante, investir dans un REEE pour vos enfants ou encore, rembourser de « mauvaises dettes ».

« Un REER, ça ne rapporte rien. » Cette affirmation courante illustre une incompréhension de la distinction entre le traitement fiscal de votre cotisation et le choix de l’investissement en tant que tel. Plusieurs me disent avoir déjà eu un rendement médiocre dans leur REER, mais le rendement n’est pas explicable par le fait même d’investir dans un REER. Le rendement varie selon le choix d’investissement.

Si vous utilisez un compte d’épargne stable enregistré ou un compte bancaire enregistré offert en ligne ou en succursale par votre institution bancaire, par exemple, vous devez comprendre que ces produits avec capital garanti n’offrent que des rendements très faibles.

Qu’ils soient utilisés dans un REER ou non, le résultat sera le même. Même logique pour un fonds d’investissement médiocre : il le sera, qu’il soit détenu dans un CELI ou non.

En somme, la pertinence du REER se définit par des critères fiscaux et son rendement, par la qualité des choix de placements qui seront détenus dans votre régime.

 

Une cotisation s’impose d’ici le 1er mars. Voici quelques exemples de situations justifiant sans hésiter de recourir au REER d’ici le 1er mars. Bien sûr, cette liste n’est pas exhaustive.

Vous avez vendu une entreprise ou réalisé un gain en capital important sur la vente de biens en 2021. Si la transaction dépassait le montant maximal de déduction pour gain en capital (892 218 $) ou ne s’y qualifiait pas, il pourrait s’agir d’une bonne année pour rattraper massivement vos droits de cotisation.

Vous êtes un nouveau travailleur autonome et vous n’avez pas versé d’acomptes provisionnels. Une simulation vous permettra d’estimer les impôts à payer le 30 avril prochain, basée sur l’état de vos revenus et dépenses au 31 décembre dernier.

Vous pourriez en effet devoir régler une facture fiscale salée puisque contrairement à la rémunération par salaire, aucun impôt n’est prélevé à la source sur vos revenus de travail indépendant. Si vous avez des droits de cotisation au REER inutilisés, il s’agit probablement d’un bon moment pour y recourir afin de diminuer cette facture, mais également de réduire le montant des acomptes provisionnels à verser en 2022.

Vous avez des enfants à charge. Rappelons que la majorité des programmes de soutien aux familles, comme l’Allocation canadienne pour enfants, sont basés sur le revenu familial imposable.

En plus du traditionnel « retour d’impôts » qui vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à une cotisation au REER, vous devez inclure dans les calculs d’efficacité fiscale cette augmentation de revenu disponible pour votre ménage.

Votre employeur vous offre une prime. Félicitations ! Saviez-vous que s’il dépose celle-ci dans votre REER, il n’a pas l’obligation de déduire des impôts sur ce montant ? Vous pourrez ainsi jouir du plein montant comme investissement plutôt que de recevoir seulement la moitié du montant après déductions.

Vous n’avez jamais cotisé ou avez très peu d’épargne personnelle. Il n’est jamais trop tard pour commencer ! Vous bénéficierez à instaurer un programme d’investissement automatique chaque mois ou chaque paie, ne serait-ce que pour des déductions en 2022.

Le recours à un prêt REER pourrait aussi vous permettre un certain rattrapage pour la retraite ou d’acquérir une première propriété dans les prochaines années.

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