Apprendre à vivre avec…

En ce monde, rien n’est certain, à part la mort et les impôts. » Paroles de Benjamin Franklin, l’un des Pères fondateurs des États-Unis. À cela, ajoutons ceci : aujourd’hui, rien de plus certain que la volatilité des marchés boursiers. Oui, « apprendre à vivre avec » sera décidément l’expression sur toutes les lèvres en 2022…

Mes prochaines chroniques auront pour objectif de mieux vous outiller afin que vous soyez prêts à traverser ces périodes de turbulences, peu agréables, certes, mais somme toute normales.

Plusieurs associent à tort volatilité, rendement et/ou crise boursière. La volatilité, c’est plutôt l’ampleur de la variation du cours d’un actif financier. Lorsque les marchés sont très volatils, de fortes hausses et de fortes baisses de certains titres vont alterner. La volatilité n’est pas toujours synonyme de correction boursière, qui est habituellement définie lorsque les marchés baissent de plus de 10 %.

Qu’est-ce qui explique la récente volatilité ?

La volatilité actuelle s’explique principalement par l’incertitude causée par le début du cycle de hausse des taux d’intérêt par les banques centrales mondiales dans l’intention de freiner la hausse de l’inflation. Ces hausses attendues pour contrer l’inflation feront augmenter les coûts d’emprunt de certaines entreprises et devraient conséquemment freiner l’expansion économique.

Tout cela dans un contexte de resserrement des politiques monétaires — les gouvernements ont cessé « d’imprimer de l’argent » — pour la première fois depuis deux ans. Les marchés boursiers réagissent parce que les investisseurs réévaluent actuellement la valeur des actifs qu’ils détiennent. Il faudra vous faire à l’idée que la volatilité sera de plus en plus présente au fur et à mesure que les cycles de hausse des taux se concrétiseront.

Vivre avec le cycle des émotions

 

En comprenant mieux de cycle des émotions de l’investisseur, vous vous outillez pour mieux y réagir.

Les décisions fondées sur les émotions peuvent coûter cher. Plusieurs achats de voiture en sont la preuve, n’est-ce pas ? Blague à part, comme consommateur, vous procédez certainement à un processus de sélection très rationnel quand vient le temps d’acquérir de nombreux biens. Vous allez attendre les soldes, ou essayer de payer le plus bas prix, ou d’obtenir le meilleur rapport qualité/prix. Toutefois, les données démontrent que les investisseurs font le contraire ! Ils ont tendance à acheter quand les marchés progressent, donc à des prix plus élevés, et ne profitent pas des prix plus bas lors des replis.

Théoriquement, l’occasion « maximale-optimale-magique » se trouve dans le creux du cycle boursier, période pendant laquelle la majorité des investisseurs éprouvent un sentiment de panique (« je crois que je vais vendre, pour perdre moins d’argent ») et un désir de capitulation (« j’abandonne, je ne me referai jamais »). La grande majorité des épargnants souhaitent, lorsque les nouvelles sont bonnes, inspirés par un vent d’optimisme, acheter davantage, le faisant ainsi à un prix plus (et parfois trop) élevé.

C’est ce qui explique que le rendement annuel moyen d’un investisseur en fonds commun de placement soit inférieur à l’indice de référence. Une étude menée par DALBAR montre que, sur une période de 20 ans (se terminant le 31 décembre 2020), l’indice S&P 500 a dégagé un rendement annuel de 7,47 %, alors que l’investisseur moyen a obtenu 5,96 %. La conclusion de cette étude est que ce rendement plus bas s’explique surtout par le comportement des investisseurs et les décisions qu’ils prennent en période de tension des marchés. Si vous ne maîtrisez pas le cycle des émotions, veillez à vous faire accompagner par un professionnel pour la gestion de votre portefeuille.

Garder le cap malgré les perturbations

 

De façon rationnelle, il faut tenir compte du fait que les corrections occasionnelles du marché permettent de repérer les actions ayant peut-être largement dépassé leur valeur intrinsèque et donnent l’occasion aux investisseurs sélectifs d’acheter des titres à des coûts plus raisonnables. Vous devez vous rappeler que, généralement, le marché des actions réagit mieux que celui des obligations dans un contexte de hausse de taux.

Gardez la tête froide et rappelez-vous que les corrections ne sont pas rares. Généralement, les marchés boursiers subissent un repli de 10 %, soit une saine correction, deux années sur trois (source : Bloomberg). Dans le passé, des reculs de 10 % au cours des trois mois ayant précédé et suivi des hausses de taux ont régulièrement été observés. En moyenne, les actions gagnent 7 % dans les six mois suivant cette première hausse de taux et 12 % dans les mois subséquents. Ainsi, bien que cela semble difficile parfois, les investisseurs disciplinés sont récompensés.

En conclusion, si vous songez à vendre, dites-vous que c’est au contraire le temps d’acheter ! La semaine prochaine, je vous présenterai les stratégies de l’investisseur rationnel. D’ici là, « accrochez votre tuque » et rappelez-vous que l’émotion n’est pas la clé en matière d’investissement.

Dans une première version de ce texte, il était erronémment inscrit que Benjamin Franklin était un ancien président des États-Unis. Ce passage a depuis été retiré.

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