Payer des frais ou pas

J’affirme parfois à la blague que ma carte professionnelle pourrait arborer le titre supplémentaire de « traductrice », puisque ma contribution au succès des clients passe par un rôle de pédagogue : expliquer et vulgariser les différents relevés de placement et documents financiers. Bien que différents sondages récents révèlent que la majorité des investisseurs croient qu’ils paient trop de frais sur leurs investissements, une minorité d’entre eux est, dans les faits, capable de distinguer clairement les différents types de frais.

Depuis 2017, avec la deuxième phase de la réforme du modèle de relation client-conseiller, la sensibilisation des investisseurs quant aux frais associés à leurs placements est bien amorcée. Si, auparavant, nombre d’entre eux ignoraient qu’ils en payaient, l’obligation de divulgation faite à l’industrie a changé la donne. La couverture médiatique de ces changements réglementaires importants a également fait comprendre aux investisseurs qu’ils devaient, avec raison, comprendre mieux où va leur argent.

D’ailleurs, « quels sont les frais ? » est probablement devenue la première question à laquelle doivent répondre les conseillers, avant même d’avoir pu expliquer leurs recommandations. Le retour du balancier nous aurait-il fait basculer d’un extrême à l’autre ?

Quelques pistes pour s’y retrouver

Cette conversation sur les frais est nécessaire, bien qu’exigeante, autant pour le conseiller que pour le client. Les obligations réglementaires font que les informations à transmettre sont nombreuses lors de l’ouverture d’un compte ou d’une rencontre de suivi, par exemple. Certains conseillers travaillent avec des honoraires, d’autres sont payés par des commissions de suivi, ce qui fait varier les frais de gestion des produits recommandés. Les frais de transactions varient d’une institution financière à l’autre. Les possibilités sont multiples et présentent toutes certains avantages et désavantages selon le type et l’ampleur du compte. Voici quelques définitions précieuses.

Frais de gestion et d’exploitation. Tous les fonds présentent des frais de gestion, peu importe leur structure (frais d’achat, de rachat), et ils sont présentés dans l’aperçu des fonds. Les rendements publiés comprennent ces frais.

Honoraires. Certains courtiers utilisent des fonds dont les frais de gestion et d’exploitation sont réduits et facturent eux-mêmes les clients pour la gestion du portefeuille. Vous devez donc additionner les honoraires aux frais de gestion des fonds.

Frais de transaction. Cette catégorie comprend les frais à payer pour les virements, pour l’ouverture de comptes, pour les transferts, pour les dépôts directs, les frais annuels. Ils sont variables d’un courtier à un autre ou selon la plateforme en ligne.

Corrélation entre frais et rendement

 

Cette corrélation est directe, dans la mesure où chaque dollar payé pour les frais est un dollar de rendement en moins. Il importe donc de comprendre l’incidence des frais sur le rendement. Des frais élevés ne sont pas synonymes de rendement élevé. Toutefois, j’ajouterais aussi que des frais peu élevés ne le sont pas davantage. Il est donc plus stratégique de comparer les rendements nets de frais.

Ainsi, lors de la construction d’un portefeuille, je crois que la sélection des fonds ne doit pas être surtout basée sur ce critère de sélection. Pour un ratio de frais de gestion (RFG) plus élevé, certains fonds vont tout de même présenter un rendement net plus intéressant. Il est donc important de s’assurer que son portefeuille « économique » est plus performant que celui utilisant des fonds avec des frais plus élevés. Si vous êtes investisseur autonome, vous êtes peut-être déjà tombé dans le piège.

Avant de vous demander si vous payez trop de frais, rappelez-vous les raisons pour lesquelles vous le faites. Même Vanguard, société reconnue pour ses produits aux frais de gestion très faibles, estime à 3 % sur le rendement après frais et impôts la valeur ajoutée potentielle en travaillant avec un conseiller. L’alpha du conseiller réside dans son expertise pour la construction de portefeuille et la gestion de patrimoine (pensez aux rééquilibrages ou aux stratégies de décaissement, par exemple). Il consiste également à encadrer le comportement de l’investisseur, qui a une relation très (parfois trop) émotive qui lui fait prendre les mauvaises décisions au mauvais moment.

Gare à la tentation de penser que, si les frais étaient nuls, vous auriez un plus grand rendement (je ferai une chronique sur l’investissement autonome bientôt). La gestion de patrimoine requiert toute une équipe, des structures et des connaissances variées et multidisciplinaires qui ont une valeur marchande. La valeur que vous accorderez aux conseils variera toutefois selon votre expérience d’investisseur…

Enfin, le rapport annuel sur les frais est une belle façon pour vous de vous instruire sur tous ces frais. Comme investisseur, vous devriez toutefois déployer tout autant d’intérêt et de temps pour comprendre votre politique de placement.

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