Enracinement inflationniste

L’inflation se montre plus tenace que prévu par les banques centrales. Le ton durcit, les scénarios de taux d’intérêt aussi.

Statistique Canada est venue rappeler mercredi comment les perturbations des chaînes d’approvisionnement ont changé la donne. Encore en novembre, l’inflation telle que mesurée par l’Indice des prix à la consommation (IPC) dépassait, de loin, les cibles, touchant 4,7 %.

Tout au plus peut-on se réjouir qu’elle se situe au même niveau qu’en octobre. Que la hausse de 0,3 % de la version désaisonnalisée entre octobre et novembre se veut la plus faible progression mensuelle depuis juin dernier, ont noté les économistes du Mouvement Desjardins.

Ou encore qu’en excluant les composants les plus volatils que sont l’énergie et l’alimentation, l’augmentation de l’indice enregistre son rythme le plus lent en cinq mois, ont souligné ceux de la Banque Nationale.

Érosions du pouvoir d’achat

Mais il reste que la hausse de l’IPC d’ensemble de 4,7 % d’une année à l’autre en novembre surpassait de loin la progression moyenne de 2,8 % des salaires au cours de la même période. Au Québec, l’augmentation de l’IPC s’est chiffrée à 5,2 % contre une hausse de 3,2 % du salaire horaire médian. Cette érosion du pouvoir d’achat est venue, le mois dernier, de l’augmentation de 43,6 % des prix de l’essence, de 8,7 % du prix des meubles, de 5 % du prix des logements et de 4,4 % de celui des aliments.

Fait marquant : « les consommateurs ont payé plus pour leurs épiceries, les prix des aliments achetés au magasin ont augmenté à un rythme plus rapide en novembre (+4,7 %) qu’en octobre (+3,9 %). Il s’agit de la plus forte augmentation enregistrée depuis janvier 2015 (+5,4 %) », écrit Statistique Canada.

À titre d’illustration, les prix des légumes frais affichaient en novembre une première hausse annuelle depuis février 2021, sous la persistance des effets des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, mais aussi de l’augmentation des frais de transport.

Le mois de novembre était le huitième de suite à voir l’inflation d’ensemble se hisser au-dessus de la limite supérieure de la fourchette cible de la Banque du Canada. Cette situation ne s’était pas produite depuis une séquence qui avait pris fin en décembre 1991, peut-on lire dans un texte de La Presse canadienne.

 Avec le nombre record de postes vacants, les employeurs misent, pour l’heure, sur la hausse de la rémunération et des avantages sociaux pour attirer les candidats recherchés. Certains revoient également les exigences de scolarité de certains postes, « peut-être dans l’intention d’offrir de la formation compensatoire en cours d’emploi », suggère Statistique Canada.

Cette hausse de la rémunération priorise toutefois davantage les difficultés de recrutement que le maintien en poste des employés, mais le jeu des rapports de force laisse croire à un élargissement à l’ensemble des travailleurs.

Cette incrustation d’une inflation qui s’étend de mois en mois et qui pourrait engendrer une spirale prix-
salaires avec l’approche du plein emploi sur un marché du travail aux prises à des pénuries sectorielles appelle une action convaincante des banques centrales. Ce à quoi Wall Street a applaudi mercredi, saluant l’attitude déterminée de la Banque centrale américaine face à l’inflation.

Une remontée de ses taux directeurs

Déjà au début du mois, lors de sa présence devant la commission bancaire du Sénat, le président de la Fed, Jerome Powell, disait que « le moment est probablement venu de ne plus utiliser ce mot [temporaire] », ajoutant que « les risques d’une inflation plus persistante s’étaient accrus ». Mercredi, la Fed a reconnu son erreur et a retiré définitivement ce qualificatif pour tracer la voie à une remontée de ses taux directeurs qui sera toutefois plus musclée.

Pour ce faire, elle s’appuie sur des prévisions économiques revues à la hausse et sur une atteinte plus rapide du plein emploi alors que l’inflation devrait passer de 5,3 % cette année à 2,6 % en 2022. La majorité des membres du Comité monétaire prévoit désormais trois hausses de taux d’un quart de point de pourcentage chacune en 2022, un scénario similaire en 2023 et deux hausses en 2024, poussant le taux cible de la Fed au-dessus de 2 %.

Au Canada, les yeux sont présentement rivés sur une première hausse du taux cible en avril. Dans son analyse de mercredi, Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint à la Banque Nationale, prévoit pour sa part cinq hausses l’année prochaine, la première se manifestant en mars. Le tout est sujet à révision selon les effets que le variant Omicron aura sur l’économie.

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