Le portefeuille responsable

Cette semaine, la demande d’un couple a retenu mon attention. « Nous sommes un couple dont les valeurs personnelles [lui] dictent de passer à un portefeuille entièrement responsable. Nous aimerions savoir à quel point nous devons sacrifier du rendement et comment procéder pour y arriver. Nous nous posons aussi beaucoup de questions sur les risques d’écoblanchiment. »

L’intérêt des épargnants pour l’investissement responsable (IR) ne fait aucun doute. Pour les nouveaux investisseurs, la décision de miser sur l’IR se prendra facilement. Il suffit de s’informer sur les options disponibles auprès d’un spécialisteet d’adopter une politique de placement qui répond à la fois à ses objectifs financiers personnels, à sa tolérance au risque et à ses valeurs.

Dans la vaste majorité des cas, la transition vers un portefeuille dit « responsable » entraîne toutefois questions et réflexions. Plusieurs s’interrogent sur l’option de faire une transition complète, alors que d’autres envisagent l’intégration graduelle de l’IR au fil des nouveaux achats. Voici quelques éléments que vous devriez évaluer avant de passer à l’action.

Voir plus loin que le rendement

Dans un premier temps, j’ai procédé à l’analyse comparative de l’ancien portefeuille du couple et du portefeuille modèle 100 % IR utilisé chez nous. L’analyse fait ressortir qu’à court terme, le rendement du portefeuille IR est légèrement supérieur ; en 2020, le portefeuille IR a donné des rendements très alléchants. Annualisé sur plus de trois ans, le rendement diffère moins. Toutefois, cette comparaison a ses limites, puisque certains fonds du portefeuille IR ont été créés très récemment. Il est en outre impossible de savoir si les résultats alléchants de 2020 ne sont pas attribuables à un certain effet de nouveauté et d’engouement.

Le couple doit aussi savoir que la comparaison de deux portefeuilles ne doit pas se limiter à la comparaison des rendements passés. L’écart-type permet d’évaluer le risque d’un portefeuille, en mesurant l’évolution de la valeur d’un actif par rapport à son rendement moyen sur une période donnée. Un écart-type plus élevé suppose un placement plus volatil et un rendement plus incertain. Dans le cas qui nous intéresse, l’écart-type est supérieur de quelques points de base pour la version IR du portefeuille. Les ratios de capture à la hausse et à la baisse sont aussi à considérer lorsqu’on hésite entre deux fonds ou deux portefeuilles.

L’idéal est de retenir des fonds qui captent la plus grande hausse possible de leur indice boursier de référence, et le moins possible des fonds qui sont en baisse. Globalement, dans la comparaison réalisée pour nos lecteurs, la capture nette était légèrement plus favorable au portefeuille IR. Enfin, pour aider notre couple à prendre une décision, le ratio d’information a aussi été comparé. Celui-ci mesure le rendement « actif », soit la performance du gestionnaire dans la sélection des titres, par rapport à un indice de référence. Cette confrontation avantageait aussi légèrement le portefeuille IR.

L’incidence réelle du portefeuille IR

Je comprends la crainte des investisseurs concernant l’écoblanchiment. Leur première arme pour s’en prémunir est de bien comprendre les différentes stratégies utilisées par les gestionnaires de fonds dits responsables, fonds qui intègrent des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Il ne faut pas penser que tous les fonds qui n’utilisent pas la stratégie d’exclusion ne sont que marketing. De plus, limiter ses choix de fonds ne permet pas de se doter d’un portefeuille bien diversifié, ce qui demeure la plus grande qualité d’un portefeuille à long terme.

En ouvrant ses options pour inclure les fonds utilisant par exemple la stratégie thématique ou l’intégration des facteurs ESG à l’analyse financière, on doit toutefois faire preuve de prudence et s’intéresser à l’incidence réelle des fonds proposés. Par exemple, l’épargnant peut vérifier auprès de son spécialiste de l’IR comment la méthode de sélection des titres et de gestion active du ou des fonds traduit son engagement à l’égard des questions ESG. Il est également possible de quantifier la part d’un portefeuille que représentent les placements dans des secteurs positifs, comme la gestion de l’eau, les énergies renouvelables et la santé, et, à l’inverse, de tenter de retenir les placements dont l’exposition dans les secteurs défavorables, comme l’agriculture intensive, l’armement ou le pétrole, est plus faible. L’analyse réalisée pour nos lecteurs a ainsi pu faire ressortir qu’au-delà du rendement, leur portefeuille actuel est beaucoup plus présent dans les secteurs néfastes que le portefeuille modèle IR.

Pas de mauvais choix

En somme, notre couple devrait se voir rassuré par cette analyse. Son portefeuille actuel est très bon, mais mon analyse montre que passer à un portefeuille reflétant entièrement ses valeurs comme il le désire n’est pas risqué. Ainsi, il a le choix ! Il peut même s’attendre à des rendements comparables, avec une prise de risque légèrement supérieure. Enfin, il doit faire appel à un spécialiste de l’IR afin de distinguer l’écoblanchiment du fait qu’un portefeuille IR peut utiliser différentes stratégies ayant des retombées différentes. S’il demeure difficile d’évaluer parfaitement l’incidence des fonds dits responsables, il est aussi faux de penser que toutes ces options de placement ne sont qu’écoblanchiment.

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