La retraite de l’entrepreneur

La valeur des actions de votre société peut être estimée à 2 millions de dollars et être inscrite à votre bilan. Toutefois, la réalité est que cette valeur demeure hypothétique tant que vous n’aurez pas trouvé un acheteur sérieux pour vous verser ce montant. Dans le cadre d’une démarche en planification financière à long terme, les scénarios de retraite devraient d’ailleurs vous permettre de visualiser votre situation sans cette option idéale. C’est bien là la part de risque de l’entrepreneuriat, et vos stratégies financières devraient vous permettre de vous enrichir tout au long de votre vie en évitant d’injecter toutes vos liquidités dans l’entreprise.

Établir un plan sur quelques années

Si votre entreprise est mature ou que vous sentez l’appel de la retraite, peut-être vous demandez-vous s’il est possible de transformer votre entreprise, dans laquelle vous avez investi « corps et âme », en régime de retraite ? Bien que ces calculs soient faciles à réaliser, la vente d’une entreprise devrait toutefois se préparer avec un plan sur plusieurs années, idéalement.

Avez-vous bien identifié votre acheteur ? Viendra-t-il de l’extérieur ou de l’intérieur de l’entreprise ? Dans le premier cas de figure, votre engagement personnel sera moindre, mais les chances de réussite de la transaction seront probablement plus faibles, à moins qu’il ne s’agisse d’un compétiteur connaissant bien votre secteur d’activité. Il faut aussi tenir compte des risques associés au financement par balance de vente, selon lequel l’acheteur ne vous payera qu’une partie du prix de vente après une certaine période.

Il semble naturel que la transition vers un membre de votre équipe actuelle permette de diminuer votre exposition aux risques, pour la simple raison que vos activités devraient être moins affectées par une vente à un employé clé. Par ailleurs, la vente à un membre de la famille comporte des facteurs humains supplémentaires et des considérations fiscales devant être intégrées à votre plan. Dans la mesure où vous souhaitez vendre vos parts à un coactionnaire, il importe de bien comprendre votre convention d’actionnaires d’une part, mais également de valider l’intérêt pour l’autre de les racheter d’autre part. Un doux mélange de stratégie et de communication est ici de mise. Sinon, vous aurez avantage à bien connaître les mécanismes prévus à la convention en cas de vente à un tiers.

Que l’acheteur soit clairement identifié ou non, ce type de transaction gagne à être préparé sur une période de deux à cinq ans, et vous gagnerez à faire appel aux nombreux services spécialisés dans la relève d’entreprise.

Le traitement fiscal de la vente

Si vous êtes chef d’une grande entreprise, je n’ai aucun doute que vous êtes depuis longtemps accompagné d’une équipe ayant fait évoluer votre structure d’entreprise. Toutefois, il se peut que, si vous êtes à la tête d’une PME, vous ayez concentré vos efforts et votre temps sur le cœur de votre entreprise et ses activités. Cela ne change rien au fait que vos actions peuvent avoir pris de la valeur, mais il faut alors considérer qu’une évaluation fiscale est requise pour valider certains éléments, notamment s’ils se qualifient à la déduction pour gain en capital et parfois pour justifier la valeur de la transaction aux autorités fiscales. Ou alors si la transaction est réalisée à une valeur marchande justifiée en vendant à une personne liée. Par exemple, vous pourriez détenir des biens immobiliers ou des placements non utilisés activement pour l’exploitation de votre entreprise qui disqualifieraient vos actions.

En préparant la vente plusieurs années d’avance, vous aurez le temps de « purifier votre société opérante », pour reprendre le dialecte de mes partenaires fiscalistes. Certaines transactions de vente exigent parfois de procéder à une réorganisation, de discuter de la possibilité de réaliser la vente d’une clientèle ou d’un achalandage, qui représentent des actifs, plutôt que de vendre les actions, par exemple. En vous entourant d’une équipe compétente, tant en planification financière qu’en fiscalité, vous serez capable d’optimiser fiscalement votre projet en visualisant les différents effets de toutes vos options sur votre planification financière.

La valeur de vos actions

Une entreprise est souvent comme notre bébé. L’entrepreneur donne la vie et ne compte pas ses heures. Ainsi, lorsque vient le temps de définir la valeur marchande de leur « précieux » bien, certains propriétaires donnent parfois sans s’en rendre compte un prix irréaliste. En cas de vente à un coactionnaire, vous devrez vous référer à votre convention, dans laquelle la méthode d’évaluation des actions est incluse. Malheureusement, dans de nombreux cas, la convention contient une annexe qui n’a pas été mise à jour depuis longtemps. Enfin, dans quelques cas catastrophiques, la convention mentionnera que la valeur sera la valeur comptable ajustée. L’enjeu est important puisque la valeur comptable — celle inscrite à votre bilan — n’est peut-être pas aussi grande que ce que vous pensez pouvoir obtenir sur le marché.

L’évaluation des actions est réalisée selon différentes méthodes en fonction de votre type d’entreprise. Il n’y a pas de formule unique et magique. Au final, le prix de vente se soldera selon la valeur convenue entre vous et l’acheteur. Le recours à une évaluation externe vous permettra d’adapter vos stratégies de négociation et, également, vos scénarios de retraite.

Financer sa retraite

Une fois la valeur des actions établie, une question demeure en tête : « Aurai-je assez d’argent ? » Évidemment, la réponse dépendra de votre situation personnelle et conjugale dans son ensemble, mais aussi de vos objectifs de retraite (de combien avez-vous besoin par année pour vivre), de votre profil d’investisseur, de votre âge, etc. Dans la majorité des cas, la réponse est oui, mais dans l’éventualité où elle serait négative, vous serez encore plus heureux d’avoir réfléchi à la vente de votre entreprise avant d’être « prêt ».

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