L’inflation favorable au TSX

Historiquement, l’inflation sied bien à une Bourse de Toronto ayant longtemps subi l’influence du poids des matières premières et du secteur du pétrole et du gaz dans son indice de référence. Il faudra voir si les investisseurs institutionnels vont s’offrir une incartade dans le processus de verdissement de leur portefeuille.

Les économistes Stéfane Marion et Matthieu Arseneau, de la Banque Nationale, proposent un survol historique de quelques rendements annuels réels obtenus lors des périodes passées d’inflation à plus de 4 %. Le pétrole domine largement, avec un rendement moyen de près de 35 % lors de ces épisodes, suivi de l’or (21 %). Puis viennent, loin derrière, le rendement annuel réel de 8 % offert par le cuivre, de 4,2 % par l’indice des matières premières CRB et celui de 4 % par l’immobilier résidentiel canadien.

Sur le marché des actions, il revient à l’indice S&P TSX d’offrir cette protection de l’inflation avec un rendement réel annualisé de 2,3 %, distançant de loin la performance négative de près de 6 % affichée par le S&P 500, la référence de Wall Street. « Si l’on se fie au passé, notre recherche révèle que les produits de base produisent généralement des rendements réels positifs pendant ces périodes inflationnistes, tout comme les biens immobiliers. Du côté des actions, nous trouvons que l’indice S&P/TSX offre une bien meilleure protection contre l’inflation que le S&P 500. »

Ce qui n’est pas sans interpeller les investisseurs institutionnels et caisses de retraite soumis à une obligation fiduciaire de rendement, qui se sont délestés progressivement d’un portefeuille d’actions canadiennes comptant un bon nombre d’émetteurs pétroliers. « Il est intéressant de noter que les grands fonds de retraite continuent de réduire leur exposition aux actions canadiennes même si cette catégorie d’actif a historiquement offert une meilleure protection contre l’inflation », ajoutent les analystes de la Nationale.

« Nous comprenons que les émissions de carbone sont maintenant au cœur des décisions d’investissement et que les considérations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) jouent un rôle clé dans l’affectation du capital, à juste titre d’ailleurs. En même temps, nous ne pouvons ignorer le fait que le secteur de l’énergie de notre pays est en bonne posture pour devenir le chef de file mondial dans le domaine du captage, de l’utilisation et du stockage du CO2. »

Le profil a changé

Ce survol historique porte sur des périodes comprises entre 1972 et 2008. Le profil du marché boursier a changé depuis, sous la présence notamment des géants du numérique. Ne serait-ce que le poids des pétrolières et gazières dans les grands indices, jadis autour de 30 % dans le S&P TSX et aujourd’hui réduit de moitié, ramené sous les 5 % dans le S&P 500. Ne serait-ce aussi que par l’engouement exponentiel pour les occasions d’investissement en forte croissance dans les énergies renouvelables ou à bas carbone. Selon les données de Global Sustainable Investment Alliance reprises par Bloomberg, l’actif en investissement durable totalisait 35 300 milliards de dollars américains à la fin de 2020, en hausse de 50 % par rapport à 2016. Dit autrement, 1 $ sur 3 $ d’actif sous gestion était engagé dans l’ESG.

Cela dit, l’organisation a tôt fait d’apporter des bémols. Quelque 70 % de cet investissement durable entrent dans la catégorie des engagements à intégrer les critères ESG, reflétant ainsi des intentions annoncées davantage que des actions concrètes. S’y greffent les imprécisions dans la normalisation, la définition et l’analyse des critères ESG.

Pourtant, selon les données de l’Institut français du pétrole Énergies nouvelles (IFPEN) publiées en février, les investissements dits verts — regroupant les énergies renouvelables, les transports électriques, la capture du carbone ou encore l’hydrogène — en 2020 ont dépassé pour la première fois ceux dans la production et l’exploration pétrolière et gazière. Ils ont atteint un record de plus de 500 milliards de dollars américains, contre 378 milliards dans les hydrocarbures. Certes, la pandémie, avec l’effondrement des cours pétroliers qu’elle a engendré, a eu son effet. Mais l’investissement dans l’extraction et la production est parti d’un sommet de 884 milliards en 2014 pour chuter à 658 milliards l’année suivante et osciller ensuite entre 500 et 550 milliards, relève l’organisme public.

Mais là encore, une retenue s’impose. Alors que le pic de la demande de charbon a été passé en 2014, l’IFPEN estime que celui du pétrole sera atteint entre 2030 et 2035, et celui du gaz en 2040. « Ce qui fait encore qu’en 2040, l’IFPEN déplore « un mix énergétique qui restera encore très carboné » avec 25 % de pétrole, 23 % de gaz et 16 % de charbon », lit-on dans Novethic, média français spécialisé en économie responsable.

Potentiel pour le TSX

Quant au potentiel que renferme Bay Street… Les économistes de la Banque Nationale soulignent que le S&P TSX se négocie autour de 15 fois le bénéfice prévisionnel, contre 20 fois pour le S&P 500. « Il s’agit du plus grand écart observé à ce jour dans la phase d’expansion du cycle économique. » Et les prévisions de bénéfices continuent d’être révisées à la hausse sur le marché canadien, sous le coup de la flambée du prix de l’énergie. Au cours des trois derniers mois, les attentes de bénéfice par action prévisionnelle sur 12 mois pour l’indice de référence ont été révisées en hausse de 5,3 %, et de 16,1 % pour le secteur énergie.

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